Opinion

Libre opinion: Accoucher avec son médecin de famille

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Mélanie Béliveau, Omnipraticienne en périnatalité à l'Hôpital Charles LeMoyne

Édition du lundi 06 décembre 2004

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L'article publié à la une du Devoir du lundi 29 novembre 2004, dénonçant le «terrorisque» technologique en matière d'accouchements a suscité chez moi un grand étonnement.

J'ai peine à croire qu'en 2004 une professionnelle de la santé, qui de surcroît oeuvre dans le domaine obstétrical, puisse avoir une conception aussi diabolisée, voire obtuse de la médecine.

À entendre les propos de Céline Lemay, présidente du Regroupement des sages-femmes du Québec, on croirait vivre dans un monde où tout est noir ou blanc, normal ou anormal, où se côtoient l'humaine sage-femme et l'eugéniste médecin spécialiste! Mais où est donc la médecine familiale dans tout cela? En fait, cela fait preuve d'une profonde méconnaissance de la science médicale: bien avant de viser la guérison, le médecin généraliste s'attache à la promotion et à la prévention de la santé au sein d'une communauté.

De fait, assimiler bêtement utilisation massive de moyens technologiques à la pratique médicale contemporaine occulte une réalité beaucoup plus complexe. Le médecin de famille accoucheur, par sa formation, recherche l'accouchement le plus naturel, avec le moins d'interventions possible (primum no nocere, serment d'Hippocrate!).

La médecine a évolué

Dans sa relation avec la future maman, l'omnipraticien pose le principe d'humanité au coeur de son accompagnement. Car la pratique de la médecine a beaucoup évolué au cours des dernières décennies, et heureusement! Aujourd'hui, le conjoint est impliqué dès les débuts; il participe au suivi de grossesse et assiste sa compagne dans tous les efforts qui autorisent le passage à la vie.

Par ailleurs, la femme enceinte ou en travail a toujours le choix parmi les diverses thérapeutiques mises à sa disposition. Dans ma pratique, jamais je n'ai vu un médecin contraindre sa patiente à la péridurale. Mais il est fort heureux que nous puissions, en situation d'urgence, compter sur des moyens thérapeutiques sûrs et approuvés. Comme l'a d'ailleurs déjà mentionné un collègue, «on sait qu'un accouchement s'est bien déroulé une fois qu'il est terminé »...

Enfin, peut-être serez-vous surprise d'apprendre, Mme Lemay, que je suis ouverte à toute forme de collaboration. Toutefois, surtout dans votre position d'autorité, il faut savoir adresser de tels problèmes fondamentaux d'une façon plus respectueuse, dans la perspective d'obtenir l'assentiment de tout collaborateur.

Votre conception manichéenne de la périnatalité porte un sérieux préjudice à celles que vous croyez défendre. Ce n'est pas en fustigeant les pratiques différentes de la vôtre que vous parviendrez à tailler votre place dans le coeur des femmes du Québec. Bien au contraire, c'est en permettant aux femmes d'exercer leur libre choix que nous aménageons l'espace nécessaire à l'épanouissement de la société de demain.


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