Congrès annuel de l'Union des producteurs agricoles - Sous le signe de l'embargo
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Photo: Jacques Nadeau
La fédération maintient néanmoins des contacts fréquents avec les propriétaires de l'abattoir, lesquels n'apprécient pas vraiment l'évolution de la situation, mais semblent déterminés à maintenir leur politique actuelle tant et aussi longtemps qu'un prix plancher ne leur aura pas été imposé. D'ores et déjà, Levinoff ferait environ 50 % de ses achats d'animaux hors du Québec. Avant l'embargo américain imposé sur les importations de produits bovins, c'était 40 % des vaches de réforme du Québec qui allaient se faire abattre aux États-Unis; le pourcentage était, semble-t-il, encore plus élevé dans le cas des bovins de boucherie.
Quoi qu'il en soit, les producteurs québécois sont allés livrer jeudi dernier le dernier message avant leur congrès devant une cinquantaine de députés des trois partis politiques représentés à l'Assemblée nationale qu'ils avaient invités à un dîner au steak haché -- c'est ce qu'on fait avec des vaches de réforme: «La crise ne se réglera pas sans l'intervention directe et immédiate du gouvernement, et le Québec ne doit pas attendre le gouvernement fédéral pour le faire. Nous en appelons à votre appui pour sauver le secteur bovin, sans plus attendre. La situation a assez duré.»
Laurent Pellerin, président de l'UPA, a réaffirmé cette position lors d'un entretien avec Françoise Gauthier, ministre de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation du Québec. Selon lui, la ministre peut imposer un prix plancher au Québec, un prix qui s'appliquerait à tous les animaux qui arrivent à l'abattoir et pas seulement ceux des producteurs québécois. Il cite à cet égard des précédents, dont celui de la loi de la pulpe des colons qui a permis d'imposer par décret un prix à tout le bois qui était alors vendu au Québec. M. Pellerin ajoute que la ministre pourrait également recourir à la Régie des marchés agricoles.
Le Québec produit près de 50 % du lait au Canada et, par conséquent, a 50 % des vaches. La situation est donc critique, insiste-t-il. Les producteurs ont enregistré depuis le début de la crise une perte nette de 241 millions, qui aurait été de 391 millions n'eût été des 150 millions versés en indemnités par les gouvernements.
Pour sa part, la ministre rappelle qu'elle est d'accord avec l'idée d'un prix plancher, mais ajoute qu'elle n'a pas le pouvoir d'imposer ce prix pour les animaux non québécois achetés par l'abattoir. En revanche, elle a demandé à son homologue fédéral, Andy Mitchell, de recourir à l'article deux de la Loi sur la commercialisation des produits agricoles afin de lui déléguer le pouvoir d'imposer un prix plancher à tous ceux qui vendent des animaux aux Viandes Levinoff. «La balle est dans le camp de M. Mitchell», ajoutait Paule Dallaire, la porte-parole de la ministre à Québec. Cette façon de faire aurait, dit-on à Québec, l'avantage de permettre de procéder plus rapidement à l'imposition d'un prix plancher que si le ministre fédéral décidait de l'imposer lui-même à toutes les provinces canadiennes.
Et comment réagit-on à Ottawa devant cette proposition? «Nous sommes en réflexion», répond la porte-parole du ministre fédéral, Elisabeth Whiting. On réfléchit à toutes les options possibles au ministère fédéral de l'Agriculture.
Au congrès
Il sera donc intéressant de voir comment la situation va évoluer au cours de la semaine, pendant le congrès de l'UPA, où les ministres de l'Agriculture de Québec et d'Ottawa sont invités à prononcer un discours. D'après l'UPA, M. Mitchell devrait se présenter mercredi matin, en se réservant cependant la liberté d'y aller plutôt jeudi, si jamais les discussions avec les Américains pendant le séjour de M. Bush nécessitaient sa présence à Ottawa. Toutefois, selon Mme Whiting, le ministre n'a pas confirmé sa présence. Il arrive en effet assez souvent que le ministre fédéral se fasse représenter par un collègue ministre ou député du Québec.
Pour ce qui est de Mme Gauthier, elle se réserve en quelque sorte le mot de la fin, en ne venant au congrès que quelques heures avant la clôture, jeudi après-midi. À son bureau, on espère qu'elle aura de bonnes nouvelles à annoncer, en particulier l'accord d'Ottawa pour déléguer son pouvoir d'imposer un prix plancher.
Évidemment, la visite à Ottawa du président Bush sera surveillée avec la plus vive attention, puisqu'il sera certainement question de cet embargo sur le boeuf et du dossier du bois d'oeuvre qui constitue lui aussi une forme d'embargo. Il y a eu des discussions préliminaires la semaine dernière au Chili entre M. Bush et le premier ministre Martin, mais il y a surtout eu en début de semaine l'annonce à Washington que les fonctionnaires avaient commencé une révision finale de cette réglementation imposant un embargo sur les produits bovins canadiens. Dans le meilleur des cas, il faudra encore de cinq à six mois pour l'enlèvement de cette réglementation qui d'ailleurs n'implique pas les vaches de réforme.
On est donc encore loin de la fin de cette crise. Et si jamais la solution du prix plancher n'est pas appliquée ou ne suffit pas à colmater ne serait-ce qu'en partie cette perte de revenus causée par l'embargo américain, il faudrait alors que les gouvernements envisagent des moyens supplémentaires d'indemnisation. À ce jour, les mesures d'indemnisation apportées n'ont pas réussi à atteindre l'objectif visé à cause de l'effondrement des prix.
Ou alors, l'industrie bovine jettera l'éponge. Les producteurs dans les différentes régions du Québec ont déjà dégagé un consensus à ce sujet, soit l'élimination de 600 vaches, si, après le congrès de l'UPA, ils n'entrevoient pas de lumière au bout de leur tunnel. Cela ne se fera pas en public, car les citadins n'aiment pas voir mourir une vache à la télé.
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