Québec achète la paix en Abitibi

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Kathleen Lévesque
Édition du samedi 27 et du dimanche 28 novembre 2004

Mots clés : algonquins

Incapable de négocier avec les Algonquins, le gouvernement a versé 1,6 million aux travailleurs forestiers

Devant la possibilité d'un affrontement entre Algonquins et forestiers de l'Abitibi, le gouvernement du Québec a choisi de verser des compensations financières aux travailleurs. Après trois mois de conflit, l'aide gouvernementale s'élève à 1,6 million de dollars, et rien ne laisse entrevoir un retour rapide à la normale.

Depuis fin septembre, ce sont 70 travailleurs en forêt et en usine ainsi que des entrepreneurs privés qui ont reçu 90 % de leur revenu net pour les uns et 90 % de leurs pertes réelles pour les autres. Le ministre délégué à la Forêt, Pierre Corbeil, a annoncé discrètement par voie de communiqué en Abitibi la mise en place de ce programme d'aide financière le 22 septembre dernier. «On ne pouvait pas se permettre que le dossier s'envenime. On est donc venus en aide aux travailleurs», a expliqué au Devoir l'attaché de presse du ministre Corbeil, Mathieu St-Amant.

L'affaire commence le 30 août dernier. Des Algonquins de la réserve du lac Simon et de Longue-Pointe, au sud de Val-d'Or, érigent une barricade sur un chemin forestier. L'accès aux chantiers ainsi bloqué, les opérations en forêt sont arrêtées; 79 000 mètres cubes de bois déjà coupé attendent d'être transportés vers les usines. Mais faute d'approvisionnement, deux usines de la compagnie Domtar sont affectées. Celle de Malartic est fermée.

Les autochtones estiment que l'industrie forestière nuit à leurs activités traditionnelles comme la chasse et la trappe. Ils réclament la cogestion de la forêt sur leurs terres ancestrales et veulent toucher des redevances sur les ressources qui y sont puisées. Le ministre Corbeil se rend sur place début septembre, mais en vain.

En quelques jours, la grogne des travailleurs privés de leur gagne-pain prend de l'ampleur. Ils ripostent en bloquant la seule route d'accès à la communauté algonquine du lac Simon. Deux barricades et la situation explosive qui s'annonce incitent le gouvernement du Québec à intervenir. Incapable de régler quoi que ce soit par la négociation avec les Algonquins, Québec décide de calmer les travailleurs en les dédommageant financièrement. Jusqu'à jeudi dernier, Québec avait versé la somme de 1 615 000 $.

Concrètement, les entrepreneurs dont la machinerie était immobilisée en forêt ont reçu un montant forfaitaire hebdomadaire et des compensations pour un total de 892 000 $. Le paiement a pris fin le 9 novembre puisqu'on a sorti les équipements de la forêt. De leur côté, les avances versées aux travailleurs jusqu'à maintenant totalisent 722 000 $. Et la décision gouvernementale s'applique jusqu'à ce qu'ils puissent réintégrer leurs emplois.

S'ajoutent à ces sommes les frais de la négociation, estimés à 100 000 $ au minimum, ainsi que les interventions de la Sûreté du Québec.

Ce n'est pas la première fois que le gouvernement du Québec prend cette voie dans un conflit impliquant des autochtones. À deux reprises, le gouvernement du Parti québécois avait agi de la même façon dans des dossiers similaires touchant également la région de l'Abitibi. En 1999, la facture avait grimpé à 2 069 000 $. Trois ans plus tard, le gouvernement avait versé

802 000 $ avant de voir le dossier se régler.

Cette fois-ci, un règlement rapide ne semble pas être possible. «On voulait régler à court terme puis entreprendre des discussions plus larges, mais ça n'a pas marché», a indiqué Mathieu St-Amant.

Le juge Réjean Paul, lui-même un Algonquin, a été nommé médiateur dans le dossier. Début novembre, il a constaté l'échec de son mandat. Dans une lettre qu'il a fait parvenir aux chefs des deux communautés, le juge Paul estime que les réclamations territoriales des Algonquins ne font pas partie de son mandat. Vous «continuez à vouloir manifestement élargir le débat», écrit Réjean Paul. «Il est clair que l'agenda de la coalition est infiniment plus large que l'agenda auquel doivent faire face les autorités gouvernementales québécoises, confrontées au "check point" et à ses conséquences économiques désastreuses pour la région», ajoute-t-il.

Après l'intervention de l'escouade antiémeute en début de semaine pour démonter la barricade autochtone et procéder à des arrestations, le gouvernement a considéré que les conditions étaient réunies pour entreprendre des négociations. Me Robert Archambeault agit comme négociateur.

De plus, la Conférence régionale des élus de l'Abitibi a mandaté un observateur à la table de négociations. De leur côté, les Algonquins ont demandé que les syndicats représentant les travailleurs affiliés à la CSN soient également présents.


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