Les Albertains aux urnes lundi - Le dernier tour de piste
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Ralph Klein sera réélu pour un dernier mandat, mais avec des résultats moins ronflants que par le passé

Photo: Agence Reuters
Il y aura toutefois une ombre au tableau de chasse de King Ralph. Le doyen des premiers ministres provinciaux pourrait terminer sa carrière politique avec des résultats moins ronflants que par le passé.
Sa popularité personnelle a fléchi et celle de son parti aussi. Rien de dangereux, loin de là. L'homme et sa machine dominent largement les enquêtes d'opinion. Il y a quand même un «mais». «Les Albertains commencent à penser que Ralph a été là trop longtemps, qu'il fait preuve d'une certaine arrogance», évoque Bruce Cameron, président de Cameron Strategy Survey. La nonchalance de M. Klein depuis le début de la campagne, son évident manque de passion et d'intérêt, son refus d'exposer une quelconque vision ou de présenter un programme étoffé ont déçu.
Selon un sondage Ipsos-Reid publié hier, 56 % des Albertains approuvent la performance de M. Klein, mais il s'agit de son plus bas score en une décennie. Selon un autre sondage, publié mercredi et réalisé par Cameron Strategy Survey, 36 % des Albertains affirment que leur opinion du premier ministre a décliné depuis six mois.
Le parti, de son côté, recueille dans le sondage Ipsos-Reid 44 % des intentions de vote, comparativement à 29 % pour les libéraux, 12 % pour le NPD et 9 % pour le nouveau parti de droite Alliance Alberta. Mais le PC a obtenu moins de 50 % des votes qu'à une seule occasion depuis que M. Klein est chef, soit lors de la première élection qu'il a gagnée (44,5 % en 1993). Ses appuis n'ont fait que croître par la suite. En 1997, il a récolté 51,2 % des voix. En 2001, année du dernier scrutin, c'est rien de moins que 61,2 % des voix qu'il a accaparées. Cela lui a donné 74 sièges et n'en a laissé que sept aux libéraux et deux au NPD.
Un fin dosage
Les Albertains, dit Tim Olafson, d'Ipsos-Reid, sont des électeurs qui ne réagissent pas de façon abrupte. «Ils ont plutôt tendance à envoyer des avertissements dosés.» Et il voit dans les résultats qu'il anticipe pour les élections, un «signal subtil pour M. Klein, à savoir que c'est peut-être le temps d'un changement, de songer à une nouvelle direction pour le parti». «C'est comme si les Albertains lui disaient: on vote pour toi, mais à la condition que tu prennes ta retraite», renchérit M. Cameron.
Ralph Klein a déjà dit, cependant, qu'il s'agissait de son dernier mandat. Il a affirmé récemment qu'il resterait pendant au moins trois ans, mais pratiquement tout le monde s'attend à ce qu'il tire sa révérence après les célébrations du centenaire de la province en 2005. «Les résultats peuvent cependant amener les gens à se demander combien longtemps il pourra rester en poste après les élections», pense Bruce Cameron.
L'essentiel de la chute de popularité du chef conservateur est survenue au début de la campagne lancée le 25 octobre. Dès le départ, il a soutenu que cette course serait sans grand intérêt. Il a refusé de faire des promesses, notant qu'il procéderait à des consultations une fois les élections passées. Pour épicer le tout, il s'est permis une de ces sorties dont il a le secret. Alors qu'il était talonné par des femmes se disant sévèrement handicapées, il s'est demandé si certaines personnes n'abusaient pas des prestations pour gens sévèrement handicapés et s'il ne fallait pas contrer ces abus.
Le décès de sa mère, à la fin de la première semaine de campagne, l'a soustrait au regard des médias et la controverse s'est essoufflée. Mais même après son retour dans l'arène, le débat n'a jamais vraiment levé. Ralph Klein s'est lancé en campagne en affirmant vouloir un mandat pour tenir tête à Ottawa, une rhétorique antifédérale qui fait aisément recette en Alberta, mais il a vite cessé d'en parler. Les étincelles n'ont pas duré. En fait, aucun thème n'est arrivé à s'imposer.
De sérieux enjeux
Selon Trevor Harrison, expert en sociologie politique de l'université de Lethbridge, tout n'est pas rose pour autant. Certains enjeux préoccupent les Albertains. Il mentionne les questions autour de la place exacte que M. Klein veut laisser au secteur privé dans le système de santé, questions auxquelles il refuse de répondre. Il y a aussi la déréglementation de l'énergie et la hausse des prix qui s'en est suivie, le coût croissant de l'assurance-automobile, la crise de la vache folle qui perdure, le manque d'information sur les intentions du gouvernement et, plus diffus, le débat autour de l'utilisation à long terme des surplus budgétaires afin de se préparer à la fin des revenus pétroliers.
«Il y a un certain mécontentement, mais ce dernier peut-il donner lieu à une mobilisation? Le parti au pouvoir a des moyens énormes, contrairement aux partis d'opposition», relève M. Harrison. Selon Tim Olafson, l'opposition n'a pas été capable, de son côté, «d'articuler des arguments incontestables pouvant justifier un changement de gouvernement».
Résultat, ce fut une «non-campagne», soutient le politologue Steve Patten, de l'université de l'Alberta. Les bulletins télévisés de fin de soirée en ont rarement fait leur manchette, même chose pour les journaux, dit-il. Le public n'est pas engagé, l'opposition n'arrive pas à s'imposer, ce qui l'amène à prédire une faible participation au scrutin de lundi. Ce ne serait pas nouveau. En 2001, seulement 52,8 % des électeurs albertains se sont rendus aux urnes. Depuis 1975, le taux de participation n'a dépassé la barre des 60 % qu'à deux reprises, souligne M. Patten.
L'image qui en ressort est celle d'une province politiquement monolithique et d'une tolérance sans fin pour son premier ministre et ses frasques. Selon la plupart des politologues, il y a plus de diversité qu'il n'y paraît, mais les distorsions occasionnées par le mode de scrutin font en sorte que les résultats électoraux ne la reflètent pas.
Quant à Ralph Klein, «il a tout simplement beaucoup plus de marge de manoeuvre que la plupart des politiciens», note Tim Olafson. Il y a des «poches d'insatisfaction», reconnaît-il, mais les Albertains s'en tirent mieux en général qu'il y a dix ans, un bilan rendu possible grâce aux revenus pétroliers, mirobolants depuis la flambée de la dernière année. Les gens reconnaissent qu'il a éliminé la dette et investi dans la santé et l'éducation, dit Bruce Cameron.
Des libéraux handicapés
Les libéraux ne font quand même pas mauvaise figure dans les sondages, mais ils sont handicapés par de nombreux problèmes: un chef peu connu, une caisse dégarnie, une organisation minimaliste et la compétition du NPD. Les néo-démocrates et eux se disputent les mêmes territoires, en particulier Edmonton. MM. Olafson et Cameron pensent tous les deux que la division du vote de gauche pourrait permettre à certains conservateurs de sauver leur peau dans la capitale albertaine.
Dans les zones rurales, l'Alliance albertaine, née il y a deux ans, grignote le vote conservateur plus à droite. L'hégémonie du PC n'est pas remise en question mais, selon M. Cameron, il y a là un message à plus long terme pour les conservateurs. Leurs partisans plus à droite, parfois frustrés par la modération ou les louvoiements de M. Klein, pourraient, s'ils finissent par avoir une solution de rechange durable, déserter le parti.
À plus court terme, les résultats pourraient avoir une influence sur la course au leadership conservateur, pense-t-il. Il note qu'un des candidats pressentis, Ted Morton, se présente comme le représentant du vote de droite rural et que, même s'il a peu de chance de l'emporter, il est perçu comme une force qu'on ne peut ignorer.
Les Albertains ont toutes les chances de se réveiller mardi comme si rien ne s'était passé, à croire que ces élections ne sont qu'une étape dans la vie du Parti conservateur. Un nouveau pas, en somme, vers une campagne au leadership qui pourrait finalement, selon le choix qui sera fait, avoir plus d'impact sur l'orientation politique de la province et ses rapports avec le reste du pays que la réélection d'un vieux lion à son dernier tour de piste.
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