Opinion
La radio de Radio-Canada est plus distincte et plus publique que jamais
Mots clés :
En août dernier, la radio publique procédait à un remaniement des contenus présentés sur ses deux chaînes. Nous poursuivions alors un objectif clair: en faire plus pour la musique, plus pour la culture, plus pour les jeunes publics.
Le projet a naturellement soulevé certaines critiques, positives et négatives, certaines craintes légitimes aussi chez nos partenaires. Permettez-moi de rappeler l'ambition de ce projet et de réaffirmer le caractère éminemment distinctif de la radio publique dans cette approche.
La personnalité de nos chaînes
La Première Chaîne est plus que jamais une radio d'information et de culture. Trois émissions (un café littéraire, un plateau culturel et un magazine quotidien d'actualités culturelles) sont venues enrichir une programmation qui présentait déjà un contenu hautement culturel.
Espace Musique, de son côté, se démarque de tout ce qui se fait en radio commerciale et son approche est diversifiée: classique, jazz, chanson francophone, musique du monde, musique émergente, etc. Sur ses ondes, le classique reste le genre le plus diffusé dans des créneaux de grande écoute et il est faux de prétendre qu'il est sans cesse présenté dans un «mélange de genres». Cette chaîne représente une avenue alternative pour les auditeurs qui souhaitent avoir accès à un héritage musical plus vaste et un espace unique de découvertes et de diversité.
Le plus large public possible
Les émissions culturelles de la Première Chaîne répondent aux goûts du public le plus large possible, à ses intérêts, à sa quête de découvertes et de plaisirs, sans en occulter ni la qualité ni la profondeur. À aucune autre radio peut-on entendre de grandes séries biographiques comme celle sur Gilles Vigneault, des reportages de fond avec des personnalités aussi différentes que la designer de mode Marie Saint Pierre ou [...] l'écrivain Mario Vargas Llosa. Nulle part ailleurs peut-on assister à des émissions spéciales sur l'héritage de grands cinéastes comme Gilles Carle et François Truffaut ou à des discussions sur des thèmes aussi vastes que la santé du livre au Québec ou l'américanité de notre culture [...]. Bref, le contenu culturel à la radio de Radio-Canada est bien présent, bien vivant, conséquent et pertinent.
D'autre part, je ne saurais assez répéter que les cotes d'écoute ne sont pas le moteur de la radio publique. La Première Chaîne connaît depuis quelques années un succès de notoriété, d'écoute et de fidélité sans précédent. [...] Cela démontre que l'on peut à la fois être une radio de grande qualité et augmenter son auditoire tout en respectant son mandat et sa personnalité.
En ce qui a trait à Espace Musique, nous sommes confiants que l'écoute va croître au fil des prochaines années et que le milieu musical et ses artisans seront les premiers à en tirer un avantage certain.
Le défi de la radio publique est immense. Nous devons constamment trouver une réponse équilibrée à des aspirations citoyennes diverses et parfois contradictoires. Le service public, particulièrement dans le monde de la culture, agit dans des milieux fragiles et peu desservis par la radio commerciale. Les régions, la musique non commerciale, les jeunes créateurs, tous veulent légitimement leur juste part du «bien public». La création de ces équilibres est un exercice aussi délicat que passionnant. Nous devons à la fois créer du «distinctif», de l'«unique», du «meilleur de ce que nous sommes», mais nous avons aussi le devoir de générer une écoute raisonnable, susceptible de justifier les importants investissements publics dans ce média. Le service public doit être un univers de différences, mais il n'y a pas de service public sans public.
Un défi passionnant
Penser ces équilibres, créer ces espaces distincts et améliorer la participation citoyenne à ce vaste projet qu'est la radio publique est un défi passionnant. [...] Éviter la dictature de l'écoute, entendre les préoccupations légitimes de nos partenaires et centrer nos décisions sur le citoyen, c'est ce qui nous permettra de créer du sens et de la cohérence et d'accomplir une mission audacieuse, celle de diffuser dans toute sa diversité la culture d'ici et les plus grandes cultures du monde.
Cette fin de semaine, la radio de Radio-Canada est le diffuseur officiel du Salon du livre de Montréal, où huit émissions spéciales seront diffusées en direct; dimanche débutent les festivités entourant «Montréal, cité de la musique 2004», où neuf grands concerts seront entendus dans plus de 25 pays à travers le monde, touchant près de deux millions d'auditeurs; la semaine prochaine, à l'émission Porte ouverte, on retrouvera une série de grande qualité sur la culture canadienne-anglaise, et je m'arrête ici. N'est-ce pas là le rôle de la radio de Radio-Canada? N'est-ce pas là le contenu même d'une radio qui contribue à l'expression culturelle?

