Le fédéral prêt à verser 25 millions pour implanter le CHUM à Outremont

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Kathleen Lévesque
Édition du vendredi 19 novembre 2004

Mots clés : outremont, chum

Avant même que Québec ait tranché la controverse autour du choix d'un site pour le futur Centre hospitalier de l'Université de Montréal (CHUM), Ottawa se montre prêt à soutenir financièrement son implantation dans la cour de triage d'Outremont.

Le ministre fédéral des Transports, Jean Lapierre, est disposé à financer le réaménagement des voies ferrées qui traversent la cour de triage du Canadien Pacifique (CP), située dans sa circonscription d'Outremont, afin d'y permettre l'implantation du CHUM. Selon ce que Le Devoir appris de source sûre, la somme en discussion serait de 25 millions de dollars.

Si, au cabinet du ministre Lapierre, on refuse de confirmer cette somme, on reconnaît toutefois que la question est au centre des négociations entre le CP et l'Université de Montréal. «C'est pour ça qu'on continue nos discussions. Mais en tout cas, l'ouverture du président du CP pour déplacer les voies ferrées enchante le ministre», a affirmé hier l'attachée de presse de Jean Lapierre, Irène Marcheterre.

M. Lapierre a rencontré le président du CP, Robert Ritchie, en septembre dernier à Calgary. Depuis lors, le ministre s'est intéressé de près au dossier. Du côté du CP, une équipe formée de spécialistes des divers services de la société (exploitation, ingénierie, immobilier, par exemple) travaille activement sur le dossier. À l'Université de Montréal, dont le recteur Robert Lacroix est le principal promoteur du projet qui permettrait de juxtaposer les facultés de médecine, de médecine dentaire et de sciences infirmières au futur CHUM, c'est Jacques Côté qui agit comme négociateur.

M. Côté est un ancien vice-président de CP. Aujourd'hui, il dirige la Société du Havre, qui voit au développement de ce prolongement du centre-ville. Malgré la mission de son organisme, M. Côté, qui n'a pas rappelé Le Devoir, n'appuie pas le projet d'ériger le CHUM à l'emplacement du pavillon Saint-Luc, au centre-ville.

Chose certaine, les voies ferrées qui ceinturent le vaste terrain de 3,2 millions de pieds carrés constituent un enjeu économique majeur. Sur la cour de triage, on compte trois voies ferrées. Au nord se trouve une voie ferrée qui sert au train de banlieue Blainville-Montréal ainsi qu'au transport de marchandises. Les deux voies situées au sud sont jugées essentielles tant par le CP que par le Port de Montréal.

«À l'origine, nos discussions ne concernaient que la construction de la faculté de médecine, mais le dossier a évolué. Nos discussions portent sur le déplacement sur le site des voies ferrées et donc sur comment jumeler leur projet avec nos activités. Mais c'est sûr qu'il faut protéger le trafic pour le port de Montréal. C'est notre gagne-pain», a expliqué le porte-parole du CP, Michel Spénard.

Au Port de Montréal, le directeur des communications abonde dans ce sens. «C'est vital pour nous. Le CP transporte les trois quarts de nos conteneurs. C'est 45 trains dédiés par semaine. C'est clair qu'on ne veut pas que le lien soit brisé», a affirmé Michel Turgeon.

Pendant ce temps, le ministre de la Santé, Philippe Couillard, qui avait pourtant arrêté son choix en juin dernier pour le site du 1000, Saint-Denis, a décidé de donner une chance au projet Lacroix. Il attend donc l'avis de la commission Mulroney-Johnson ainsi que celui des administrateurs du CHUM à propos du site d'Outremont. Une décision est attendue d'ici fin décembre.

Mais déjà, le projet de créer un complexe de la santé sur la cour de triage d'Outremont et son pourtour prend forme. Comme en rendait compte hier le journal L'Express de Mont-Royal, un «centre professionnel» avec une clinique médicale, divers services de santé à la communauté et la présence de l'entreprise de recherche pharmaceutique Algorithme Pharma deviendra le voisin immédiat du CHUM si celui-ci est bâti à Outremont. L'édifice est en construction depuis environ une semaine, au coût de dix millions. Le promoteur en est le Groupe Accueil International, dont le dirigeant est Yvon Martineau. Ce dernier a été président du conseil d'administration d'Hydro-Québec sous le gouvernement péquiste. Il siège actuellement au conseil d'administration du Groupe Jean Coutu.

D'ailleurs, une immense pharmacie Jean Coutu a pignon sur rue à proximité depuis quelques mois. On retrouve également, sur la rue Beaumont, la première clinique d'urgence entièrement privée, ouverte depuis peu.

Ce développement commercial n'est pas un hasard. Il fait partie de la proposition de l'Université de Montréal, comme le démontre le document de présentation du projet, daté du 28 septembre et dont Le Devoir a obtenu copie. Ce secteur de la circonscription de Mont-Royal, représentée par le ministre Couillard, est présenté comme ayant un potentiel de développement biomédical. Il est également identifié comme le «projet connexe B».

Si tout semble converger vers le choix du site de la cour de triage d'Outremont, certaines oppositions ont tout de même été soulevées. Mercredi, une coalition de 40 organismes communautaires, syndicaux et politiques a dénoncé le travail en catimini du recteur Lacroix et, du même coup, la force politique de son lobby. La même journée, le conseil d'administration du CHUM rendait publiques les conclusions de ses travaux sur la faisabilité du CHUM sur le site du 1000, Saint-Denis. Si le président du conseil d'administration, Me Patrick Molinari, a affirmé ne pas prendre position pour l'une ou l'autre des options, il demeure que le document avait toutes les allures d'une réplique à la proposition de Robert Lacroix.

Ainsi, il ne s'agit plus de présenter la possibilité d'implanter le CHUM au centre-ville mais bien de créer un «quartier santé-savoir» qui ouvre la porte aux «effets de synergie intéressants» de la construction du futur hôpital et d'un nouveau campus universitaire à proximité. De son côté, l'Université de Montréal propose de créer une «cité du savoir et de la santé».


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