Opinion
Daniel Lavoie au Corona - L'art d'imposer de nouvelles chansons pas très bonnes
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Photo: Jacques Grenier
Plus de la moitié de ces chansons, celles de Guirao en l'occurence, sont passablement imbuvables sur disque, baignées d'exotisme de Français vaguement nostalgique de colonies décorées de «paravents chinois», de «pont enluminés» avec des «jonques qui glissent sous leurs bambous», ou encore de «chasseurs de mouches» qui s'offraient des safaris dans des «plaines lacrymales / Où se perdaient souvent / Des plaintes animales». Dans le genre beaux phonèmes gaspillés sur les rives du Yang-Tse, on ne fait pas beaucoup mieux.
Les autres, signées Brice Homs, sont plus palpables, plus touchantes. Sa plus belle s'intitule Violoncelle: au spectacle, elle était si tendre qu'un frisson a parcouru la salle d'échine en échine: «Reste que je te velours / Reste que je te racine / Mon féminin mon amour / Ma route ma routine».
Mais il a fallu tout l'art d'interpréter de Lavoie, toutes les nuances de cette voix capable de force comme de retenue, tout ce magnétisme brut, tout son arsenal de séducteur -- le sourire craquant, l'élégance de l'habit, le regard brillant -- pour imposer tant de neuf, et tant de neuf franco-français de France au sens le plus précieux et pompeux du terme. Constatons qu'il a plutôt réussi, ce qui n'est pas rien, considérant à la fois le matériel et le pari minimaliste de l'instrumentation: un seul musicien, l'extraordinaire Francis Covan, accompagnait le piano-voix de Lavoie aux guitares, au violon, à l'accordéon et aux percussions... sur boîte de carton.
Malgré un décor assez froid, composé de paravents translucides et d'une sorte de ville miniature en carton, Lavoie et Covan remplissaient remarquablement l'espace, et conféraient chaleur et beauté à ces chansons qui, franchement, n'en méritaient pas tant. Le tandem composait une ambiance feutrée qui servait autant le triste lot de nouveautés que les trop rares extraits du répertoire d'hier et d'avant-hier: la belle et bluesée Harlem écrite par Louise Forestier, l'immortelle J'ai quitté mon île, la mémorable Boule qui roule. On finissait par se laisser prendre par les arrangements, par ces lectures de poèmes entre les chansons, par le plaisir patent que Lavoie et son compère prenaient à jouer ensemble. Et l'on ressortait presque étonné d'être contents, pour ne pas dire ravis. «Y a la manière», chantait Lavoie. En effet.
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