Des dizaines d'Occidentaux ont subi des violences en Côte d'Ivoire

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AFP
Édition du samedi 13 et du dimanche 14 novembre 2004

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Abidjan -- L'exode des ressortissants occidentaux de Côte d'Ivoire s'est poursuivi hier depuis l'aéroport d'Abidjan, où la situation semblait se normaliser après plusieurs jours d'émeutes lors desquelles des dizaines d'Occidentaux ont subi de graves violences, dont plusieurs viols.

Dans un communiqué lu hier soir à la télévision, le gouvernement ivoirien a dit déplorer cet exode «au moment où les autorités ivoiriennes s'emploient à mettre en oeuvre des mesures pour assurer davantage la sécurité des populations ivoiriennes et étrangères».

Selon une source militaire française, «plusieurs dizaines» de femmes blanches ont été violées en Côte d'Ivoire lors des pillages depuis le 6 novembre. Une représentante des Français de l'étranger en Côte d'Ivoire, Catherine Rechenmann, a pour sa part évoqué «37 exactions graves, dont trois à quatre viols avérés» contre les étrangers d'Abidjan. En France, dix plaintes, dont deux pour viol, ont été déposées depuis mercredi soir par des rapatriés français, a-t-on appris de source judiciaire.

Au camp militaire français du 43e bataillon d'infanterie de Marines (BIMa), des soldats ont raconté avoir accueilli des Occidentaux qui avaient été violés, tabassés, blessés à coups de machette ou de couteaux, ou encore en état de choc.

«J'ai vu arriver un monsieur avec un oeil crevé et sept côtes brisées. Il était accompagné d'une Ivoirienne qui a été frappée parce qu'elle était avec un Blanc», a rapporté un témoin sous couvert de l'anonymat.

Environ un millier d'étrangers étaient encore réfugiés hier matin au camp du 43e BIMa, qui a accueilli au total 3000 étrangers, dont 500 seraient finalement rentrés chez eux à la faveur d'une accalmie.

Dans la soirée, deux nouveaux vols avec à leur bord 770 personnes au total, affrétés par le gouvernement français, étaient attendus à l'aéroport parisienRoissy-Charles-de-Gaulle. Près de 1600 personnes ont déjà été évacuées par Paris. Divers gouvernements étrangers ont également affrété des vols pour évacuer leur ressortissants, dont la Grande-Bretagne, l'Italie et

le Maroc.

En ville, Abidjan a retrouvé un visage quasi normal, l'activité économique a repris et la situation a été qualifiée de «calme, stable et précaire» par le colonel Gérard Dubois, de l'état-major français.

Les «Jeunes Patriotes», partisans du président Laurent Gbagbo, n'étaient plus que quelques dizaines rassemblés près de la présidence et du siège de la télévision, dans le quartier huppé de Cocody.

M. Gbagbo, qui a avancé un bilan des émeutes de 62 morts ivoiriens, ne présidera finalement pas aujourd'hui une cérémonie «d'hommage [aux] valeureux combattants de la paix» morts lors de ces violences, officiellement parce qu'elle correspondait aux fêtes de l'Aïd, qui marquent la fin du ramadan.

La Côte d'Ivoire a annoncé qu'elle allait saisir la Cour internationale de justice (CIJ) pour que les auteurs et les «commanditaires» de cette répression, qu'elle qualifie de «crimes odieux», soient «sanctionnés». Ces manifestations s'étaient produites le week-end dernier après la destruction par l'armée française de l'aviation ivoirienne après la mort de neuf soldats français le 6 novembre dans un bombardement sur Bouaké (centre).

Le ministre français de la Défense, Michèle Alliot-Marie, a déclaré qu'une enquête allait être menée pour établir à quel niveau la décision de bombarder la base française a été prise, estimant qu'il n'était «pas logique» que le chef de l'État, Laurent Gbagbo, ait ordonné «cet acte tellement fou».


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