Aérobic sur deux roues

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Guy Taillefer
Édition du vendredi 12 novembre 2004

Mots clés : sorties, spinning

Le spinning, du vélo stationnaire en gang

Le Sanctuaire, à Outremont, est l'un des centres sportifs où on pratique le spinning.

Photo: Jacques Nadeau

Les vrais pédalent encore dehors. Les autres vont faire du spinning au magasin de bicyclettes Cycle Pop, rue Rachel, à côté du parc Lafontaine. Encore que les deux mondes se recouvrent souvent. Encore aussi que, chez Cycle Pop, on peut spinner comme un fou en regardant, par les grandes fenêtres à droite, les arbres, les autos et les piétons se consumer dans l'heure de pointe hivernale.

Le spinning : un sport créé à la fin des années 80 en Californie -- où d'autre ? -- par un dénommé Johnny G. dont nous ne savons pas grand-chose sinon qu'il a déjà eu le projet impossible de traverser les États-Unis à vélo en 30 jours. Une « science » pas très compliquée au demeurant, qu'on pourrait résumer à la pratique en groupe de la bicyclette stationnaire sur fond de musique et sous les encouragements d'un entraîneur. En deux mots : de l'aérobic sur deux roues.

Ladite bicyclette porte le nom patenté de spinner : un gros vélo sans gadgets digitaux dont la robustesse autorise le monteur à danser à un train d'enfer et à reproduire avec une étonnante efficacité le plaisir de gober des kilomètres de route comme si c'était vrai.

Ce qui donne parfois ceci : quelques secondes pendant lesquelles on est en mouvement en même temps qu'on est immobile. Ce que l'entraîneur Souk Thammavongsa, qui nous emmenait mardi soir dernier, ose appeler des « moments de transe ». Peut-être, mais des moments de transe trop fugitifs, du moins pour celui qui se plie à l'exercice pour la première fois, pour faire oublier qu'on est là pour s'échiner pendant 45 minutes.

Souk qui ? Souk Thammavongsa, un jeune Québécois d'origine laotienne arrivé ici à la fin des années 70, fuyant les violences politiques et qu'Immigration Canada a parachuté avec sa famille dans la région de Maniwaki.

Il a survécu. Il spinne et fait spinner chez Cycle Pop depuis quatre ans. Pédale à l'intérieur ces temps-ci, par déformation professionnelle, davantage l'hiver que l'été.

D'autres centres en font ailleurs, comme celui du Sanctuaire, à Outremont, où on se targue d'être les pionniers de la chose à Montréal. Le « professeur » Souk fait aussi partie des premiers importateurs du concept californien. Et le concept a collé : plus de cent clients réguliers, le double de l'année dernière. Cycle Pop -- nous y sommes allés jeudi soir -- n'a pas le puant aseptisé des gymnases. On « file » en plein magasin, entre la caisse enregistreuse et l'atelier de réparation. Une quinzaine de séances par semaine, le matin et le soir. Dix dollars la séance, petite serviette blanche comprise.

Le dépliant parle d'un « programme mi-yoga, mi-Tour de France » où le cycliste immobile souffle en visualisant ici une montée, là un faux plat. Jamais une descente. « Regardez loin », répète Souk. Moins yoga que Tour de France, dirions-nous, surtout pendant les dix minutes où on s'arrache les jambes et les poumons à gravir en danseuse, debout sur ses pédales.

Un côté Triplettes de Belleville

Cela donne à l'affaire un petit côté Triplettes de Belleville. Que Souk se propose d'ailleurs d'exploiter en installant d'ici quelques semaines un écran pour y projeter des extraits de courses cyclistes.

Le spinning rayonne en Europe et dans les Amériques. On pédale à quinze à Montréal, mais on le fait à cent à Brno, en République tchèque, à Basel, en Suisse, à Guadalajara, au Mexique, et à Munich, en Allemagne.

La discipline a même son rassemblement international, le World Spinning & Sports Conference, qui se tiendra en mai à Miami Beach, en Floride. On a envie de dire : spinneurs de la Terre, unissez-vous ! Pour ceux et celles que cela n'intéresse pas, le truc consiste à rester dehors le plus longtemps possible.

Cycle Pop

1000, rue Rachel Est, (514) 526-2525

www.spinning.com


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