Jusqu'où grimpera le huard?
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La parité avec le dollar américain ne serait pas pour demain
Au moment même où dix banques centrales se réunissaient en Suisse hier pour discuter de la glissade du dollar américain, le huard, lui, faisait encore des siennes. Se permettant une petite balade au-delà des 84 ¢US en cours de journée, il a battu en retraite pour finalement s'installer à 83,75 ¢US, tout de même en hausse de 0,25 ¢US. Rien de moins qu'une hausse de 7 % depuis deux mois.En fait, disent-ils, le huard a pris tant de valeur en si peu de temps qu'il est probable que la hausse s'amenuise sous peu ou que sa croissance en 2005 soit beaucoup plus modérée. Le dollar canadien a maintenant repris 26 % depuis son creux historique de 62 ¢US au début 2002, notamment grâce à la vigueur relative de l'économie canadienne, à la hausse des prix des matières premières et du pétrole (stimulés par la forte demande en Chine et en Inde), et au fait que les taux d'intérêt ont été plus élevés au Canada qu'aux États-Unis. Armé de ces conditions favorables, il a également grugé du terrain devant plusieurs autres grandes devises depuis le début de 2004, comme l'euro (5 %), le yen (11 %) et la livre sterling (4 %).
Plus récemment toutefois, il a profité de la baisse du dollar américain. Celui-ci pâtit de la lourde dépendance des États-Unis envers les importations et des niveaux astronomiques du déficit fédéral. En dehors de tout cela, certains économistes parlent évidemment d'une part de spéculation.
«Le dollar pourrait grimper encore plus, mais il faut savoir que les devises ont tendance à bondir un peu trop fort ou plonger un peu trop profondément, un peu comme il l'a fait ces dernières années lorsqu'il était si faible», dit Sal Guatieri, économiste principal à la Banque de Montréal, qui s'attend à ce que le huard glisse de nouveau sous les 80 ¢US au cours des six prochains mois. Un dollar à 90¢ US, concept farfelu il n'y a pas si longtemps, n'est pas impossible mais «improbable».
Une telle hausse, dit M. Guatieri, rendrait la tâche plus difficile pour les exportateurs, tout en plaçant le Canada dans une position où ses importations seraient plus importantes que ses exportations. Cela engendre généralement une baisse de la devise.
Scénario extrême
À plus long terme, malgré le fait que le retour vers un dollar canadien à parité rendrait complexe la gestion de l'économie, que faudrait-il exactement pour s'y rendre? Le scénario est si peu probable que les spécialistes l'estiment presque impossible avant cinq ans, voire 10 ou 20 «peut-être». Ils acceptent tout de même de répondre à la question, ne serait-ce que par fantaisie.
«D'ici quatre ou cinq ans, on pourrait théoriquement être à l'aise avec le concept, mais il y a beaucoup de conditions», dit Clément Gignac, économiste en chef à la Financière Banque Nationale, qui faisait sourciller il y a quelques mois lorsqu'il prédisait un dollar à 85 ¢US. «Il faudrait des baisses d'impôts pour réduire l'écart fiscal entre le Canada et les États-Unis et une augmentation de productivité des entreprises canadiennes. Mais il faut distinguer une montée spéculative et une montée soutenable. Depuis deux mois, ça sent un peu la spéculation contre le dollar américain.» M. Gignac hésite à réviser ses prévisions avant les prochaines données économiques canadiennes, et prévoit pour l'instant entre 83 et 85 ¢US en moyenne en 2005.
En plus des gains de productivité, François Dupuis, économiste en chef adjoint au Mouvement Desjardins, se tourne vers le sud de la frontière. «Ça prendrait un choc majeur, par exemple si Bush reconduisait les baisses d'impôts temporaires ou bien continuait de dépenser au chapitre militaire.» Outre-mer, il faudrait un «boom soutenu» du marché des matières premières et une absence de tout dérapage en Chine ou en Inde, alors qu'au pays la condition de base serait celle d'une rigueur budgétaire exemplaire. D'ici là, M. Dupuis voit le dollar en dents de scie au cours des prochains mois avant de finir 2005 à 85 ¢US.
Impact à venir
Mais ce scénario, que certains qualifient de «catastrophe» pour un ensemble de raisons, a peu de chances de se rendre au grand écran, disent-ils. Entre-temps, l'effet du dollar est très réel. Le textile, le vêtement et le meuble, qui ne bénéficient pas d'une hausse des prix, sont plus durement frappés, par exemple, que les entreprises qui importent beaucoup et ont vu leur pouvoir d'achat augmenter, comme les télécoms et la câblodistribution.
Dans l'ensemble, 85 % des exportations canadiennes prennent le chemin des États-Unis. Malgré tout, au cours des neuf premiers mois de 2004, elles étaient en hausse de 5,1 % par rapport à 2003, ce que certains économistes associent à un phénomène de rattrapage.
M. Gignac signale qu'il faudra attendre avant de tirer des conclusions précises. «Il se passe plusieurs mois avant de juger l'impact sur les entreprises. Par exemple, la récente hausse se répercutera dans les résultats du quatrième trimestre. Or on ne les aura qu'en janvier et février.»
«Pour certaines, le seuil de tolérance est de 78 ¢US, alors qu'il est de 85 ou 90 ¢US pour d'autres. Je suis surpris de voir les gens crier au loup, car ce n'est plus comme au début des années 90. Il n'y a pas de récession aux États-Unis, et les entreprises d'ici ont un bilan beaucoup plus sain.»
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