Gaz à effet de serre - L'Arctique fond

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Édition du mardi 09 novembre 2004

Mots clés : environnement, arctique

Une étude multinationale menée par 250 experts confirme l'importance du phénomène et la nécessité d'agir

Edmonton -- Des scientifiques confirment que le réchauffement climatique de l'Arctique s'accélère. Aucune autre région du globe n'est plus touchée par le phénomène, conclut l'Évaluation de l'impact sur le climat de l'Arctique, rendue publique hier.

Cette étude multinationale d'une durée de quatre ans est la plus détaillée jamais effectuée sur les changements climatiques dans l'Arctique et leurs conséquences sur les populations et les écosystèmes de cette région. Elle constate que, au fil des dernières décennies, la température de l'Arctique a crû deux fois plus vite que celles des autres parties de la planète.

Ce phénomène pourrait avoir des répercussions allant de la disparition des ours polaires à l'inondation de vastes portions de la Floride, prévoit le rapport, qui préconise l'adoption de mesures immédiates de lutte contre les gaz à effet de serre.

Pas moins de 250 experts ont pris part à cette étude. Les pays qui l'ont commanditée sont tous riverains de la région: Canada, États-Unis, Danemark, Finlande, Islande, Norvège, Russie et Suède.

Certains espèrent que le Conseil de l'Arctique, formé de ces huit pays, prendra des mesures concrètes en réaction aux dommages projetés aux populations et à l'environnement du Grand Nord. Mais d'autres doutent qu'il se passe quoi que ce soit de significatif avant que l'industrie du Sud ne commence à en ressentir les effets.

«Cela aura un impact quand les gens vivront une catastrophe ou subiront des conséquences économiques», prévoit Pete Ewins, du Fonds mondial pour la nature.

Pourtant, souligne un porte-parole de Greenpeace, Steven Guilbault, les conséquences de la fonte graduelle de la calotte polaire seront nombreuses, et certaines se font déjà sentir. Pour l'organisme, il faut que les gouvernements mettent en place des programmes efficaces visant à réduire les émissions de gaz à effet de serre, une des causes du réchauffement de l'Arctique, tout en prenant des mesures concrètes pour prévenir les conséquences.

Le rapport démontre que la banquise s'est réduite de 8 % au cours des 30 dernières années. La température moyenne annuelle a déjà grimpé de quatre degrés Celsius dans certaines zones de l'Arctique.

Les peuples autochtones, des Inuits canadiens aux Sami finlandais, devront faire face à d'énormes changements économiques et culturels.

Dans cette perspective, Sheila Watt-Cloutier, la présidente du Conseil circumpolaire inuit, estime que le réchauffement climatique concerne les droits de la personne. «Il ne s'agit pas de politiques ou d'institutions, mais du mode de vie d'un peuple tout entier», a-t-elle affirmé à Calgary. «Il y a un lien entre le chasseur inuit qui voit la banquise disparaître et les automobiles que nous conduisons», ajoutait-elle.

Mais il y a plus en jeu que les écosystèmes et les cultures de l'Arctique. Sur la base de projections conservatrices, le rapport constate que l'eau de fonte des glaciers pourrait perturber les courants océaniques qui influencent le climat de la planète. Le niveau de l'océan pourrait s'élever de 90 centimètres au cours du prochain siècle; le sud de la Floride se retrouverait submergé, tout comme des millions de citoyens de villes situées à faible altitude comme Bangkok (Thaïlande) ou Bombay (Inde).

Le rapport associe explicitement changements climatiques et concentrations accrues dans l'atmosphère des gaz à effet de serre, produits par l'utilisation de combustibles fossiles, dont le monde dépend actuellement dans une proportion de 80 % pour son énergie.

Le ministre canadien de l'Environnement, Stéphane Dion, a affirmé que le Canada appuyait le rapport. Il a qualifié les résultats de l'étude de préoccupants.

Cette évaluation «transmet un message à toutes les nations: les changements climatiques sont un problème réel, ils ont déjà commencé et ils représentent un défi mondial. Aucune nation ni région n'est à l'abri de leurs impacts», a-t-il souligné.

Il revient au Conseil de formuler des recommandations à partir du rapport. Plusieurs, comme le professeur Mark Nuttal, anthropologue de l'Alberta et un des principaux auteurs du rapport, estiment que ce sera là un test crucial de l'efficacité de l'organisme, fondé il y a à peine huit ans.

Selon le professeur Pete Ewins, du Fonds mondial pour la nature, les États-Unis ont cherché à adoucir le rapport et n'appuieront probablement pas la nécessité de réformes majeures rapides.


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