L'expansion des banlieues menace la sécurité alimentaire des Québécois

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Fabien Deglise
Édition du mardi 09 novembre 2004

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Les résidences somptueuses qui se construisent au bord des autoroutes autour de Montréal seraient-elles en train de menacer la sécurité alimentaire du Québec? La question peut surprendre. Et pourtant... pour une vaste coalition pour la protection du territoire agricole la réponse ne fait aucun doute: le courant expansionniste qui touche actuellement les banlieues risque à moyen terme d'engendrer des pénuries de salades, de blé ou même de fraises, a-t-elle dénoncé hier.

Les chiffres sont sans équivoque. De 1975 à 2000, l'espace construit a augmenté de 60 % dans la grande région de Montréal faisant perdre au milieu agricole pas moins de 27 600 hectares de terres arables. Et les projets de construction dans ces coins de l'agglomération où la croissance des ménages se confirme ne laissent rien présager de bon pour l'avenir des agriculteurs.

«Partout autour des grandes villes du Québec, la prédation est en marche, a expliqué Laurent Pellerin, président de l'Union des producteurs agricoles lors d'une conférence de presse tenue à Montréal. Que ce soit le projet de prolongement de l'autoroute 30 ou les lotissements résidentiels de Sainte-Julie, les terres agricoles disparaissent sous l'effet de l'étalement urbain. Et si l'on perd ces terres, on perd aussi la production.»

L'équation est simple. Mais la coalition, qui, outre l'UPA, réunit entre autres organismes l'Ordre des agronomes du Québec (OAQ) et l'Union québécoise pour la conservation de la nature (UQCN), s'appuie aussi sur une réalité difficile à saisir sur un territoire aussi étendu que le notre.

Au Québec, en effet, à peine 2 % du territoire est propice au développement de l'agriculture. Seulement 2 %, avec des sols de qualité, un climat en harmonie avec la rythme de croissance des plantes et surtout la proximité des marchés, ont le malheur de se situer aujourd'hui dans des zones fortement convoitées par les spéculateurs immobiliers et par les municipalités en quête de taxes.

«À elles seules, les municipalités de Sainte-Julie et de Boisbriand réclament aujourd'hui le dézonage de 730 hectares agricoles [pour la construction de commerces et de résidences], c'est l'équivalent de 1330 terrains de football», a souligné M. Pellerin.

Le hic, renchérit Claire Bolduc, présidente de l'OAQ, c'est que «chaque hectare perdu dans le sud du Québec ne peut pas être récupéré ailleurs» dans la province. D'où l'importance de les protéger, mais aussi de placer «ce patrimoine» au coeur des priorités gouvernementales, ont asséné hier les membres de la coalition.

Comment? En mettant un frein à l'étalement urbain, estime pour sa part Harvey Mead président de l'UQCN. Étalement qui, rappelle-t-il engendre inévitablement une augmentation des coûts d'infrastructures et des congestions routières.

La coalition espère également que Québec résistera à l'avenir aux demandes d'affaiblissement de la Loi sur la protection du territoire agricole (LPTA), demandes orchestrées par des municipalités en mal de plus-value et de promoteurs en mal de terrain de jeu à transformer en royaume pour grosses demeures de style néo-châtelain. Car, rappelle M. Pellerin, il est illogique de spéculer «sur un territoire irremplaçable pour l'agriculture», a-t-il conclu.


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