Le dollar chatouille la barre des 84 ¢US
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Photo: Jacques Nadeau
Cette poussée s'en trouve amplifiée par la glissade du billet vert, notamment sous le jeu des ajustements apportés à la composante nord-américaine des portefeuilles d'investissement.
Mais la grande vedette d'hier a été l'euro qui, en s'approchant du 1,30 $US, a établi un niveau jamais vu (à 1,2987 $US) depuis son lancement, le 1er janvier 1999. «Il faut se demander si l'euro n'est pas en train de prendre sa place. Si l'euro ne se présente pas comme étant une "alternative" au dollar américain», a souligné François Dupuis. Le chef économiste adjoint et stratège au Mouvement Desjardins pense, ici, à ces pétrodollars recyclés depuis peu en euros plutôt qu'en dollars américains. Ou à ces banques centrales asiatiques, notamment en Chine, qui achètent de plus en plus l'euro dans le but éventuel d'arrimer leur monnaie locale à un panier de devises et non plus uniquement au billet vert.
Ce réajustement s'est accéléré depuis la réélection de George W. Bush à la présidence des États-Unis. Soudainement, le double déficit (budgétaire et au compte courant) des États-Unis est revenu à l'avant-scène, et ce, avec d'autant plus de vigueur que, malgré une politique officielle du dollar fort, l'administration Bush est reconnue pour se satisfaire d'une dévaluation du billet vert dans la mesure où le repli est ordonné. Cet accommodement n'est pas pour expliquer un recul graduel de 36 % du dollar américain (par rapport à l'euro) en quatre ans. «Oui, à long terme, le dollar américain est surévalué, mais la correction actuelle est brusque. C'est comme trop. Après tout, le PIB américain est supérieur à celui de la zone euro et le marché de l'emploi est beaucoup plus vigoureux aux États-Unis. Et avec la hausse de 25 points attendue demain, le taux directeur de la Réserve fédérale sera ramené au niveau du taux cible de la Banque centrale européenne (BCE). Il est donc étrange de jouer présentement le dollar américain en baisse», a résumé M. Dupuis.
Actuellement à 1,75 %, le taux sur les prêts interbancaires au jour le jour de la Fed devrait passer à 2 % demain, au terme de la réunion du comité monétaire de l'institution. Il s'agirait d'une quatrième augmentation depuis juin, soit depuis que la banque centrale américaine s'est engagée dans un resserrement progressif de sa politique monétaire.
La poussée de fièvre qui frappe l'euro laisse Washington de glace. Tout au plus le Trésor américain a voulu se faire rassurant en réaffirmant la politique du dollar fort des États-Unis. Les analystes ont aussitôt relativisé ces propos. «L'administration Bush ne va pas se formaliser du recul du dollar», a fait remarquer Marios Maratheftis, économiste à la banque Standard Chartered. Pour lui, si l'administration Bush ne réitérait pas son attachement à la politique du «dollar fort», le billet vert plongerait plus encore. Malgré tout, il est évident que les États-Unis ont besoin que le dollar recule.
L'inquiétude était cependant palpable en Europe. Pour le président de la BCE, les mouvements récents entre l'euro et le dollar «tendent à être brutaux» et ne sont «pas les bienvenus», a déclaré hier Jean-Claude Trichet. Si ces propos ont fait légèrement reculer la devise européenne hier, les cambistes sont d'avis que la progression de l'euro par rapport au billet vert va se poursuivre dans les jours à venir, avec une cible entre 1,33 et 1,36 $US.
Les intervenants sur le marché des changes n'en ont présentement que pour deux données. Celle de 166,2 milliards, qui représente le déficit record inscrit au compte courant au deuxième trimestre. Et tout indique que cette mesure la plus large des échanges entre les États-Unis et ses partenaires commerciaux devrait établir une nouvelle marque cette année, après son record de 542 milliards de l'an dernier. Deuxième donnée dans la mire: le déficit budgétaire de 413 milliards du gouvernement américain en 2004.
«Cette situation n'est pas viable: les États-Unis sont trop dépendants des flux d'investissements étrangers, notamment en provenance de l'Asie, pour financer leur énorme déficit», a résumé M. Maratheftis.
Avec l'Agence France-Presse
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