Panser à la québécoise

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Louise-Maude Rioux Soucy
Édition du mercredi 03 novembre 2004

Mots clés : argent, pansement

La lutte aux infections nosocomiales pourrait bien connaître un nouveau souffle avec l'adoption d'un pansement combinant l'effet bactéricide de l'argent à l'effet de succion d'une pression négative. L'innovation québécoise, qui a fait un tabac à Paris cet été, s'est avérée particulièrement efficace pour combattre des plaies dues au Staphylococus Aureus, une bactérie souvent résistante qui hante nos hôpitaux avec plus de constance encore que le Clostridium difficile.

Non seulement le pansement, conçu par les infirmières Isabelle Reeves et Marthe Plourde, a-t-il pu réduire de façon significative toutes les souches de bactéries associées aux plaies dites de pression, mais il a également permis d'accélérer leur guérison sans avoir recours aux antibiotiques. Le tour de force est d'autant plus méritoire que Québec ne cesse de demander aux établissements de réduire leur utilisation d'antibiotiques, une surutilisation menant à l'émergence de bactéries multirésistantes.

C'est d'ailleurs cette problématique qui a aiguillé les deux femmes vers le pansement combiné. «On avait un patient qui ne pouvait plus recevoir d'antibiotiques. On a alors pensé à prendre un pansement à l'argent destiné aux grands brûlés et à l'utiliser en combinaison avec un système de succion», raconte Isabelle Reeves, qui assure que l'infection a ainsi été parfaitement contrôlée.

Mieux, les deux femmes ont découvert que leur pansement était aussi capable de réduire et même d'éliminer la présence du Staphylococus Aureus résistant à la méthicilline (SARM) pour revenir à un Staphylococus Aureus sensible, donc non résistant.

Test concluant

Depuis 2001, plusieurs patients ont expérimenté le pansement, notamment à l'hôpital Charles-Lemoyne (HCLM). Ceux-ci ont pu apprécier le changement de pansement aux trois jours, un luxe en comparaison aux compresses traditionnelles qui doivent être changées aux quatre à six heures.

L'innovation sera également précieuse pour les établissements de soins de longue durée où les plaies de lit sont courantes. Les diabétiques sont aussi un public cible. «On a eu deux cas cliniques où des patients diabétiques ont vu leur plaie guérir complètement. Aujourd'hui, plutôt que de subir l'amputation, ils marchent sans peine», a dit Mme Reeves.

Seul hic à ce beau succès, le coût plus élevé du pansement qui, dans certains établissements, agit comme un frein. Une erreur de calcul qui mérite d'être revue et corrigée, croit Isabelle Reeves. «C'est plus dispendieux qu'une compresse régulière, mais, en fait, si on pense aux effets bénéfiques, on voit bien que c'est autrement plus rentable. La guérison est plus rapide, elle nécessite moins d'antibiotiques et l'hospitalisation est plus courte.»


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