«Kerry pourra redonner aux États-Unis leur leadership moral»

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Clairandrée Cauchy
Édition du mercredi 27 octobre 2004

Mots clés :

Le Canada mérite mieux, estime la tête d'affiche démocrate

Détendu et blagueur, le démocrate Howard Dean a prononcé un discours à Montréal hier, à quelques jours de l'élection présidentielle américaine. À ses côtés se trouvait le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe.

Photo: Jacques Nadeau

De passage à Montréal à une semaine de l'élection américaine, l'ex-gouverneur du Vermont et candidat défait à l'investiture démocrate, Howard Dean, invite les Canadiens à ne pas juger le peuple américain d'après les agissements de leur président, advenant la réélection de George W. Bush.

«Les Canadiens méritent mieux que ce à quoi ils ont eu droit depuis l'arrivée du président Bush au pouvoir. Je veux m'en excuser au nom des Américains qui ne supportent pas ce président et la façon dont il traite les citoyens étrangers», a déclaré le coloré politicien démocrate, qui a suspendu brièvement ses activités électorales dans les États du Nord-Est pour s'adresser à un public québécois réuni à Montréal.

L'ex-candidat à l'investiture démocrate est convaincu que son ancien rival, John Kerry, saurait donner un ton plus positif aux relations internationales, «particulièrement dans la relation extraordinaire avec le Canada». «Nous avons perdu le leadership moral, que nous avions depuis la fin de la Première Guerre mondiale, avec l'invasion de l'Irak. Nous devons regagner ce leadership et je crois que le président Kerry saura ramener les États-Unis à la bonne place, dans la famille des nations», a poursuivi le docteur Dean, vantant les mérites du sénateur John Kerry, un ancien fils de diplomate, polyglotte et «passionné de relations internationales».

Le Canada n'a pas été le seul à faire les frais des «humeurs» du président Bush en raison de son refus de participer à la guerre en Irak, a poursuivi M. Dean. Il qualifie de «honte» et de «tragédie», le refroidissement des relations entre les États-Unis et le Mexique: «Il n'y a pas de raison pour que les positions prises par le Mexique et le Canada minent les relations que nous avons avec ces deux pays»

Ne portant vraisemblablement pas sur ses épaules le fardeau de la campagne américaine, le candidat défait à l'investiture démocrate apparaissait détendu et blagueur, allant même jusqu'à suggérer que les Canadiens puissent s'inscrire sur les listes électorales, vu leur orientation politique.

Celui qui rejette le discours trop «diplomate» -- trait de caractère qui lui a peut-être valu la défaite lors des primaires alors que les médias ont fait rouler en boucle un sonore cri de ralliement lancé lors d'une assemblée partisane -- a néanmoins refusé de commenter l'éventualité d'une nomination comme secrétaire d'État: «Ceux qui discutent de ces questions avant l'élection n'ont souvent rien à dire après.»

Équilibre budgétaire

Alors que le clan Kerry est souvent associé à un certain protectionnisme économique, Howard Dean a plaidé que les relations commerciales d'une administration démocrate changeraient peu de visage, si ce n'est que les États-Unis se soumettraient de bon gré aux arbitrages internationaux plutôt que de multiplier les appels.

Le démocrate plaide cependant pour un renforcement des normes en matière d'environnement et de droit du travail dans le contexte de globalisation, ce qui serait à la fois à l'avantage des travailleurs canadiens et américains.

S'employant à différencier les politiques républicaines et démocrates, l'ex-gouverneur a aussi voulu mettre un frein aux attentes économiques à l'égard du gouvernement américain, aux prises avec un déficit accumulé lors de la dernière administration qui se compte en billions. «Mardi, ou mercredi ou dans un mois, quand on saura qui aura gagné l'élection, une dose importante de bonne volonté envers le Canada arrivera dans la capitale. Mais il n'aura pas tous les moyens pour financer cette bonne volonté», a fait valoir M. Dean, arguant que seul un démocrate peut réussir à équilibrer le budget, tous les présidents républicains ayant échoué cette épreuve dans l'histoire politique récente.

Trois États clés

Convaincu que des élections aujourd'hui mènerait à une victoire démocrate, M. Dean ne gage cependant pas sur l'issue du vote de mardi. La victoire repose selon lui sur trois États clés: la Floride, l'Ohio et la Pennsylvanie. Avec les grands électeurs de ces trois États, Kerry l'emporte; si un État manque à l'appel, les démocrates auront alors les yeux rivés sur le Wisconsin et le Minnesota, leurs derniers espoirs.

Quoi qu'il en soit, le décompte risque d'être long et l'intégrité du vote est loin d'être assurée. Howard Dean a rappelé que les fameuses «machines à voter», encore utilisées dans certains États, ont récemment rapporté la participation de 4 millions d'électeurs dans un scrutin municipal en Ohio où seulement 300 électeurs s'étaient effectivement rendus aux urnes.

La conférence de M. Dean s'inscrivait dans le cadre d'un colloque organisé par le Centre d'études et de recherches en relations internationales de l'Université de Montréal, le Conseil des relations internationales de Montréal et l'Institut d'études internationales de Montréal.


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