Opinion
Libre opinion - Comment faire rester les immigrants
Mots clés : immigrants
Dans une lettre récente («Déclin démographique», Le Devoir, 20 octobre 2004), Gilles Bousquet affirme que les Français rêvent du Québec et que le ministère de l'Immigration (MRCI) devrait tout faire pour encourager l'immigration des familles pour augmenter la population de la province.
Ensuite, il est puéril de croire que si les Québécois ne font plus d'enfants, les immigrants en feront à leur place. On fait plein d'enfants quand le couple va bien, quand les finances vont bien, quand l'avenir est radieux, quand la politique familiale est indéniable et que les valeurs familiales sont prédominantes. Or la société québécoise connaît un recul de sa natalité, une hausse des divorces, un taux alarmant de suicides, un désengagement du gouvernement dans l'éducation et l'aide aux familles et un excès de féminisme dans la pratique comme dans les lois.
Quand on ajoute à ce sombre tableau le fait que la mentalité au Québec souscrit à la mode de l'hédonisme, du célibat, du chacun pour soi, de la liberté et de la carrière avant tout, on comprend que les enfants ne sont pas la priorité quand vient le temps de faire des choix de vie. Et les immigrants qui baignent dans cette «mentalité» l'adopteront tôt au tard, comme les indigènes.
Venir n'est pas s'installer
Tertio, attirer des immigrants ici, c'est bien. Les faire rester, c'est mieux. Or les nombreux reportages dans les médias ainsi que la tendance observée sur le site immigrer-contact.com prouvent que 70 % des Français rentrent au bout de dix ans. Les familles sont les premières à y songer pour la simple et bonne raison que le système de santé est difficilement compatible avec le fait d'avoir de jeunes enfants, que l'éducation publique est déficiente, surtout en comparaison de l'équivalent français, et que la fiscalité ruine le rêve américain.
Les immigrants d'Europe de l'Ouest ont le choix de rentrer, ce que n'ont pas ceux qui viennent d'Afrique, d'Asie ou d'Europe de l'Est. Et croyez-moi qu'ils le font! Le consulat de France à Montréal organise tous les vendredis une réunion d'information pour les retours, et on doit mettre des chaises dans les couloirs!
Pour finir, faire venir ici des familles entières ou de jeunes couples désireux de procréer n'assure pas l'avenir s'il n'y a pas d'emploi pour eux. Or le double discours actuel qui ouvre les portes de l'immigration et ferme celles des emplois qualifiés (protectionnisme, corporatisme, ordres, régies régionales, syndicats, etc.) est à la base du retour de nombreux immigrants qualifiés, ceux-là qui seraient le plus à même de «sauver» le Québec de son déclin, selon la thèse de Jean-François Lisée dans son livre Sortie de secours.
Je suis d'accord avec Gilles Bousquet quand il avance que les Français fantasment sur le Québec. Ils en ont des images d'Épinal bien entretenues par les artistes de talent, les photographies enchanteresses et la langue française de ce coin d'Amérique. Mais une fois le rêve devenu réalité, ils s'en lassent et rentrent, l'expérience vécue et le fantasme réalisé.
Ce ne sera pas aux immigrants de sauver le Québec de sa lente agonie. Ce sera aux Québécois et aux politiciens (quoique les uns cooptent les autres) de renverser la tendance. Cela ne se fera pas à l'aide de mesures improvisées sur des coins de table, comme cela a toujours été le cas. Cela ne se fera pas en voulant imiter la grenouille de la fable de La Fontaine. Cela se fera dans l'effort, le courage et l'abnégation.
La Révolution tranquille a fait croire que la facilité, le gouvernement et les plaisirs amèneraient une société meilleure et plus riche. Mais le prix humain et social à payer pour cette illusion coûteuse, c'est une société malade de ses valeurs et une facture de 130 milliards refilée aux générations suivantes pendant que les grands profiteurs partent vivre sous le soleil des Caraïbes. N'espérez pas que les immigrants sauveront le Québec si lui-même ne veut ni ne peut se sauver.

