Bush: usurpateur ou reflet de l'Amérique?

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Jean-Frédéric Légaré Tremblay
Édition du mercredi 27 octobre 2004

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Photo: Agence France-Presse

Malgré une économie mal en point, des pertes d'emplois records, un déficit budgétaire sans précédent et un opprobre international quasi unanime, Bush persiste et signe avec son programme politique avec, semble-t-il, l'approbation d'une majorité d'électeurs américains. Incohérence? Ignorance? Manipulation? Pour comprendre ce comportement électoral, il faut cesser de regarder les États-Unis à travers le prisme de notre propre culture politique, par définition plus à gauche et plus proche de la culture libérale et urbaine du Nord-Est américain, pour observer sans à-priori celle qui prospère dans le reste du pays.

On aura tôt fait d'user de raccourcis et de raisons trop partielles pour expliquer la popularité des républicains à l'heure actuelle. Ainsi en est-il des attentats du 11 septembre 2001. Plusieurs, à l'extérieur des frontières américaines, voient en effet dans le comportement actuel des Américains une aberration, comme si les attentats n'avaient que momentanément changé le visage des États-Unis, comme si, pour un temps, les Américains n'étaient plus tout à fait eux-mêmes. Pourtant, une nuance s'impose. Si les attentats ont effectivement changé le comportement politique des Américains, ils ne l'ont pas véritablement transfiguré: ils l'ont plutôt révélé. Quelles sont donc les origines culturelles d'un tel comportement?

Une bonne partie de la réponse se trouve dans ce qu'on appelle le jacksonisme. Parce qu'elle fait référence au président Andrew Jackson (1830-38), cette culture politique n'est évidemment pas nouvelle. Elle a cependant pris de l'ampleur depuis les années 1960 et domine le paysage social et politique du pays depuis les années 1990. C'est un aspect des États-Unis que nous connaissons peu car, comme le mentionne l'historien Walter Russell Mead, il ne s'agit pas d'un courant intellectuel ou strictement politique mais bien de l'expression populaire de valeurs sociales, culturelles et religieuses que partagent un grand nombre d'Américains. Toutefois, avec George W. Bush à la présidence et tandis que le Congrès est largement dominé par les républicains depuis 1994, l'Amérique jacksonienne se reconnaît plus que jamais dans ses élites politiques washingtoniennes.

Le jacksonisme se traduit en politique intérieure par des valeurs comme l'individualisme entrepreneurial, la foi religieuse, le respect de principes moraux traditionnels, le patriotisme et une relation quasi affective avec les armes à feu. Ce sont là des valeurs qui tranchent, pour l'essentiel, avec celles qu'on retrouve ailleurs en Occident. Par exemple, alors que l'opinion publique mondiale les juge très sévèrement, 72 % des Américains continuent de se dire «très fiers» de leur pays, un taux inégalé dans les autres pays occidentaux. Il en va de même de la religion: 85 % d'Américains se disent croyants et 40 % se réclament du courant évangélique (par définition un mouvement religieux rassemblant des croyants de différentes confessions qui ont rencontré Jésus et effectué une conversion religieuse et morale personnelle).

On associe aisément Bush à ces valeurs. Or ce qui est plus révélateur encore de leur prépondérance aux États-Unis est l'attitude de John Kerry vis-à-vis celles-ci. Au lieu de se distancier de ces valeurs traditionnelles et conservatrices, il cherche plutôt à s'y identifier. Ceci a été manifeste lors du dernier débat présidentiel: John Kerry n'a pas manqué de dire, comme il le réitère constamment depuis quelques semaines, qu'il a été enfant de choeur, qu'il chasse et possède une arme à feu, qu'il estime que le mariage doit être entre un homme et une femme et qu'il veut réduire la charge fiscale de la classe moyenne. Kerry souhaite donc convaincre les Américains que le Parti démocrate est en phase avec la société américaine. À l'inverse, Bush et les républicains se présentent comme les représentants légitimes de ce courant. En effet, la foi religieuse du président Bush, de même que sa posture conservatrice sur les questions sociales et fiscales comme l'avortement, le mariage homosexuel, le port d'armes et les baisses d'impôts, n'est plus à démontrer.

C'est cependant en politique étrangère que la fibre jacksonienne du peuple américain est aujourd'hui la plus manifeste. Le jacksonisme affiche en effet ses préférences pour les solutions militaristes et unilatéralistes. Cette façon de penser orientait déjà les politiques de Bush avant le 11 septembre 2001, notamment avec la hausse du budget militaire et le retrait de plusieurs traités internationaux, mais c'est après cette date, comme on le sait, qu'elle s'est surtout révélée. Si le ralliement autour du commandant en chef s'est atténué depuis, accusant un fléchissement du taux d'approbation de la politique étrangère, il reste que l'«effet 11 septembre» joue toujours en faveur de Bush. Le président sortant demeure aujourd'hui, pour les Américains, le candidat le plus à même de défendre le pays. Ainsi, un État d'allégeance traditionnellement démocrate comme le New Jersey pourrait, lors de cette élection, pencher du côté des républicains tant le souvenir de l'écroulement des tours jumelles reste vivace.

Kerry et ses conseillers semblent conscients de la prégnance de cette culture politique. Le candidat démocrate répète ainsi régulièrement qu'il aura raison des terroristes là où ils seront et qu'il ne laissera jamais les questions de sécurité nationale entre les mains d'un gouvernement étranger ou d'une organisation internationale. L'interventionnisme militaire et l'unilatéralisme font donc partie intégrante de son programme. Mais une fois encore, Kerry paraît être à la remorque de Bush, qui incarne avec une plus grande authenticité ces valeurs jacksoniennes. Vue à travers le prisme de cette culture politique de plus en plus saillante aux États-Unis, la popularité du président Bush dans cette campagne électorale paraît dès lors beaucoup moins saugrenue.

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L'auteur est chercheur-boursier Marc-Bourgie à la chaire Raoul-Dandurand et candidat au doctorat en science politique à l'UQAM.


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Erreur - par McDonald James (jimmcdo@sympatico.ca)
Le mercredi 27 octobre 2004 13:00

Amérique moitié-moitié - par McDonald James
Le mercredi 27 octobre 2004 13:00

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