Qui peut arrêter Karl Rove?
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Conseiller de George Bush, il utilise à la fois la rumeur, l'informatique et ses relations dans le monde médiatique pour arriver à ses fins

Photo: Agence France-Presse
Les pratiques de Rove sont diversifiées: il utilise à la fois la rumeur, l'informatique et ses relations dans le monde médiatique et communautaire pour arriver à ses fins. En 1986, Rove, qui travaille Bill Clements, candidat républicain au poste de gouverneur du Texas, annonce aux médias qu'il a trouvé un système d'écoute électronique dans son bureau, créant ainsi des doutes sur l'intégrité et les intentions du candidat démocrate Mark White. Par la suite, la réélection de Clements n'a été qu'une formalité. Plus récemment, Rove est soupçonné d'avoir été à l'origine de la fuite qui identifiait Valerie Plame, la femme de l'ancien ambassadeur Joseph Wilson, comme agent de la CIA. Il utilisera la machine à rumeurs lorsque le soldat Jessica Lynch commencera à critiquer le Pentagone. Ses ressources semblent infinies: lors des débats présidentiels, Rove aurait rassemblé une dizaine de webmestres et d'analystes politiques chargés de répliquer instantanément aux arguments de Kerry et de mettre en ligne les «rectificatifs» appropriés. Dans le même esprit, l'équipe de Rove aurait submergé les différents sondages en ligne sur les sites des grands médias américains, notamment CNN, laissant ainsi croire aux internautes que Bush dominait les sondages.
Comment un homme aussi redoutable, aussi peu scrupuleux, planifie-t-il la campagne pour la réélection de George W. Bush, un homme dont Rove considère qu'il «exsude plus de charisme qu'un individu devrait être autorisé à avoir»? Tout d'abord en misant sur la plus grande force de Bush, c'est-à-dire son image de «commandant en chef» dans la guerre au terrorisme. Pour ce faire, il a réussi à repousser la tenue de la convention républicaine au début de septembre et à choisir la ville où elle aura lieu, New York: la symbolique est frappante et met Bush en confiance. Deuxièmement, en mettant l'accent sur l'Irak et le terrorisme, Rove s'assure que la stratégie de Kerry -- qui consiste à se mettre en valeur plutôt qu'à attaquer Bush -- ne passera pas; il l'oblige à s'engager dans une campagne très personnalisée et, par ricochet, très «sale», ce que Kerry veut éviter à tout prix. Finalement, en remettant en question ce que Kerry considère comme son principal avantage. Ainsi, Rove aurait engagé des organisations de vétérans qui proclament, par le biais d'annonces publicitaires et de manifestations, que les faits d'armes de Kerry au Viêt-nam sont loin d'être aussi glorieux que celui-ci le prétend. Désorganisé et déstabilisé par les changements stratégiques dictés par Rove, Kerry a remplacé son équipe électorale pour la deuxième fois en dix mois, s'entourant alors d'anciens conseillers de Bill Clinton.
En fait, les adversaires politiques de Karl Rove croient que son but n'est pas seulement de faire réélire Bush. Son plan, en fait, serait beaucoup plus global: assurer la domination du Parti républicain à très long terme, comme l'a fait le Parti démocrate sous Franklin D. Roosevelt. Cela pourrait fort bien se produire: en dix ans, il a réussi à faire élire des républicains à tous les postes gouvernementaux du Texas alors que cet État était démocrate depuis plus de 80 ans. Pour Rove, cela confirmerait que ses convictions politiques et les valeurs conservatrices sont celles dont les États-Unis ont besoin.
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L'auteure est chercheure à la chaire Raoul-Dandurand, candidate au doctorat en science politique à l'UQAM et coauteure de l'ouvrage Les Élections présidentielles américaines, paru aux Presses de l'Université du Québec.

