Bush et Kerry dans la dernière ligne droite
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Washington -- Plus que huit jours avant ce que les équipes de campagne des deux bords ont convenu d'appeler «l'élection la plus importante de notre vie».
La plupart des enquêtes d'opinion donnent toujours Bush légèrement en tête, mais les sondeurs précisent que les indécis finissent très rarement par voter pour un président en poste. Ainsi, un sondage qui donne 48 %-46 %, comme celui publié par Zogby hier (avec 1 % pour Ralph Nader), n'est pas une mauvaise nouvelle pour John Kerry. Les analystes politiques, pour leur part, ont renoncé à faire tout pronostic tranché. Trop de paramètres sont en jeux: la mobilisation pour enregistrer de nouveaux électeurs a été massive, notamment en Floride ou dans l'Ohio, mais quel en sera l'impact dans les urnes? Les femmes votent généralement démocrate, toutefois une grande partie d'entre elles, baptisées les «security moms» semblent sensibles aux questions de sécurité: au point de changer leur vote?
La démographie a gonflé les rangs des électeurs hispaniques, plutôt pro-démocrates: dans quelle proportion? Les Noirs les plus religieux apprécient les positions de Bush sur l'avortement ou le mariage: iront-ils jusqu'à voter pour lui? Une partie de l'électorat juif, massivement pro-Gore en 2000 pourrait-il voter pour Bush, qui s'est révélé très pro-israël: combien seront-ils à basculer? Personne ne sait trop non plus, dans cette élection qu'on annonce ultra-serrée, quel impact auront les «gâcheurs de voix» («spoilers») que sont les petits candidats comme Ralph Nader ou le libertarien Michael Badnarik.
Souvent en fin de campagne, les candidats se rapprochent tous deux du centre et leurs positions se brouillent. Cette fois, c'est l'inverse qui se produit. Que ce soit sur la guerre en Irak, le rôle des États-Unis dans le monde, la politique budgétaire ou les grands sujets de société (santé, avortement, recherche médicale, place de la religion, droits des homosexuels...), les deux candidats ont des positions très opposées. Dans ses discours, George W. Bush insiste sur la sécurité nationale et sur les valeurs morales, Kerry met l'accent sur la santé et le sort économique des classes moyennes. Ce grand écart reflète deux stratégies très différentes: Kerry cherche à séduire le centre, Bush semble estimer au contraire que la Maison-Blanche reviendra à celui qui dynamisera le plus sa base. Les politologues américains se montrent étonnés par l'approche républicaine, mise au point par Karl Rove, surnommé «la cervelle» de Bush. En radicalisant son discours sur les valeurs, Bush donne une impression de clarté dans ses convictions, mais il prend le risque de faire fuir les modérés. Un sondage récemment publié par Time magazine relativise l'importance des «valeurs» morales dans les priorités des américains: seulement 12 % des Américains les mettent en tête de leurs motivations de vote, derrière l'économie (26 %), le terrorisme (22 %) la situation en Irak (20 %) et la santé (14 %).
Depuis quelques semaines du mois, les journaux américains se prononcent un par un. S'ils votaient, Kerry serait largement élu: 113 d'entre eux soutiennent le démocrate, contre 71 pour Bush. Ce week-end, deux ardents défenseurs de la guerre en Irak, l'hebdomadaire The New Republic et le quotidien le Washington Post ont apporté leur soutien à Kerry. Le sénateur a aussi reçu le soutien inattendu d'un journal courageux sinon suicidaire, l'hebdomadaire de Crawford, village texan où se trouve le ranch présidentiel: le Lone Star Iconoclast porte bien son nom.
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(1) L'Ohio, le Colorado, la Floride, le Nevada, et New Hampshire (qui avaient voté Bush en 2000), l'Iowa, le Michigan, le Minnesota, le Nouveau-Mexique, la Pennsylvanie et le Wisconsin (qui avaient voté Gore).

