S.O.S. langues autochtones - Vers une loi 101 des Premières Nations?
Mots clés :
Des 170 langues qui existaient à l'arrivée des colons, 50 demeurent vivantes aujourd'hui, dont 47 sont toutefois menacées de disparition

Photo: Agence Reuters
Reléguée aux oubliettes du gouvernement fédéral depuis vingt ans, cette demande de législation constitue toutefois «l'un des moyens» envisagés pour protéger et encourager l'utilisation des langues autochtones. Qu'en est-il des autres? «C'est enseigné depuis 30 ans dans les écoles. Mais il faut faire plus.» M. Picard pense aux jeunes qui ont de plus en plus accès à l'ordinateur et à Internet. «On doit s'adapter à leur environnement, y inscrire des initiatives qui impliquent l'utilisation plus courante des langues.» Pour le reste, c'est aux participants de la conférence, pour la plupart actifs sur le terrain, de le définir. Après la première conférence de 1998, où l'on avait émis des recommandations, il s'agit maintenant de «voir les initiatives nationales et internationales existantes et de dégager un plan d'action pour que le gouvernement reconnaisse la nécessité de préserver les langues autochtones», explique Lise Bastien, directrice du Conseil en éducation qui organise l'événement.
Langues menacées
Au cours de son allocution, M. Picard a raconté la brève période de son enfance où, à la suite d'un séjour prolongé en sanatorium, il est rentré dans sa communauté betsiamite et ne parlait plus l'innu. «À l'époque, c'était rare d'entendre une autre langue que l'innu.» Aujourd'hui, c'est plutôt l'inverse. Au Québec vivent 10 communautés autochtones dont huit parlent encore leur langue d'origine (Mohawks, Micmacs, Nascapis, Cris, Algonquins, Innus, Aticamecs, Abénaquis). Le huron et le malécite ont pour ainsi dire disparu.
Au pays, des 170 langues qui existaient à l'arrivée des colons, 50 demeurent vivantes aujourd'hui, dont 47 sont toutefois menacées de disparition. L'inuktitut, le cri et l'ojibwa sont épargnées pour l'instant. Mais ces deux dernières, considérées pourtant comme les plus «sûres», affichent un déclin respectivement de 5 % et 8 %. Dans l'ensemble, selon les chiffres de Statistique Canada et ceux compilés par l'APN, la proportion d'autochtones du pays parlant leur langue maternelle est passé de 23 % en 1996 à 19 % en 2001.
État d'urgence
L'état d'urgence a été décrété en 1998 par l'APN qui a alors demandé au gouvernement fédéral de reconnaître la situation critique et de mettre sur pied une Fondation sur les langues des PN. À cette fin l'APN a ratifié une loi en 2000, qu'elle souhaite présenter sous peu au groupe de travail sur les langues et les cultures autochtones.
N'est-il pas normal de voir des langues supplantées par d'autres? Y a-t-il lieu de s'alarmer? Oui et oui, répond Arpi Hamalian, de la Commission canadienne pour l'UNESCO. «La source de la diversité culturelle se trouve dans les langues. C'est à travers elles qu'on peut explorer d'autres façon de voir le monde. En les perdant, on perd des connaissances et des compétences.»

