Jean Charest saura-t-il écouter la société civile ? - Le dialogue renoué
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Le Forum des générations a permis au gouvernement Charest de redorer son image; reste à voir quels seront les résultats

Photo: Agence Reuters
En un an, le premier ministre a changé de ton. Et le Forum des générations laisse présager une reprise du dialogue brisé au cours des 18 premiers mois du règne libéral. Ce sont cependant les priorités d'action à venir du gouvernement qui démontreront si, oui ou non, son attitude a changé elle aussi. Et si Jean Charest, comme ses prédécesseurs tels Robert Bourassa, reconnaît, au delà des mots, qu'une certaine approche consensuelle est incontournable pour diriger le Québec.
Car il ne faut pas se leurrer. L'objectif premier de la démarche des forums régionaux et du Forum des générations, qui a coûté cinq millions de dollars, était clair: le gouvernement voulait redorer son image et se montrer à l'écoute de la population. Interrogé sur l'annonce-surprise de forums au conseil général du PLQ en février dernier, l'entourage de Jean Charest, dont certains membres parvenaient à peine à préciser la démarche, expliquait d'ailleurs que le gouvernement avait sous-estimé la grogne et qu'il devait réagir.
En matière de relations publiques, Jean Charest a gagné quelques points au cours des trois jours du forum, en dépit de l'absence de mesures concrètes immédiates. Jusqu'alors isolé, le gouvernement s'est révélé sous un jour plus rassembleur. Au lieu de donner l'image d'un chef emmuré, Jean Charest s'est montré entouré et attentif.
Or écouter est une chose. Agir en prenant en compte les avis de chacun en est une autre. Les prochains mois seront certainement révélateurs.
De tout pour tous les goûts ?
Les propositions déposées par le gouvernement Charest au terme du Forum des générations embrassent tellement de causes que tous les participants y ont trouvé une raison de se réjouir, d'où l'ambiance consensuelle à la clôture de l'événement. Chaque représentant retourne auprès des membres de son association soit avec une place dau sein d'une équipe de travail, soit avec une initiative gouvernementale, à laquelle aucun budget n'est cependant rattaché. Le gouvernement souhaite que cela suffise à satisfaire la base de chacune des associations et aie un effet d'entraînement.
Cet effet risque cependant d'être limité en l'absence d'engagements financiers. En effet, les annonces spectaculaires et les mesures concrètes immédiates n'ont pas été rendez-vous. Il ne fallait pas s'attendre à autre chose. «Ce n'est pas un sommet», «on n'est pas dans un processus budgétaire» et «le forum ne sert pas à régler des questions à court terme», avait prévenu la coprésidente du Forum des générations, la ministre libérale Line Beauchamp.
Le repositionnement stratégique du gouvernement Charest en laisse plusieurs sur leur appétit. Les étudiants ont claqué la porte du Forum des générations pour protester contre les compressions de 100 millions de dollars dans le régime de prêts et bourses. Il y a également eu au forum des absents importants auxquels le gouvernement devra porter attention. Il s'agit en outre de groupes sociaux qui ne digèrent pas, entre autres, le projet de réforme de l'aide sociale.
D'ailleurs, malgré l'incidence certaine de ce projet de réforme sur les finances publiques, le sujet n'a même pas été abordé au cours du forum, tout comme la lutte contre la pauvreté. Le même silence a prévalu en ce qui concerne les hausses salariales à venir des employés de l'État et la réduction de la dette. Ces deux sujets ont été évacués par Jean Charest malgré leur importance dans le contexte d'un forum sur les finances publiques. Exit également la «réingénierie» de l'État, sujet délicat s'il en est. Le gouvernement ne voulait surtout pas faire de vagues et ruiner l'ambiance consensuelle du forum.
Au cours de ces trois jours d'échanges, une foule d'autres sujets ont été abordés et, ainsi, effleurés. Mais le seul véritable débat a porté sur les baisses d'impôt promises par le gouvernement. Selon des spécialistes comme Pierre Fortin, économiste à l'UQAM, les baisses d'impôt sont difficilement justifiables dans le contexte de la précarité des finances publiques. Pressé par plusieurs participants, Jean Charest a décidé de renoncer à sa promesse et de proposer plutôt un allégement -- encore bien flou -- du fardeau fiscal des familles.
Les véritables débats de fond sont plutôt relégués aux divers comités de travail, comme ceux sur la pérennité du réseau de la santé et sur les services éducatifs. C'est au sein de ces comités que les discussions risquent d'être beaucoup, beaucoup plus corsées. Les comités devront faire rapport au printemps 2005. Le cadre des discussions qui sera choisi par le gouvernement, la place que les groupes pourront prendre au sein de ces comités et le traitement qui sera réservé à leurs conclusions seront déterminants pour connaître la valeur de tout cet exercice auquel Jean Charest convie aujourd'hui la société civile.

