Forum des générations - Charest évite les dossiers épineux

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Tommy Chouinard , Robert Dutrisac
Édition du vendredi 15 octobre 2004

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Le gouvernement crée plusieurs équipes de réflexion et s'engage à respecter deux promesses électorales

Saint-Augustin-de-Desmaures -- Après trois jours d'échanges, le Forum des générations s'est soldé par la création de plusieurs équipes de réflexion et par l'annonce que le gouvernement respectera deux promesses électorales à compter de 2006. Il ajoutera alors une heure et demie d'enseignement par semaine au primaire et portera à deux heures par semaine le temps consacré à l'éducation physique.

Des sujets délicats, comme l'arbitrage entre les baisses d'impôt à court terme et la réduction de la dette au profit des générations futures, étaient complètement absents des conclusions du forum. La problématique à laquelle carburait toute l'opération depuis le lancement des 20 forums régionaux au printemps dernier -- l'état précaire des finances publiques et le vieillissement de la population -- aurait pourtant dû aboutir à quelques échanges sur la dette publique. Mais le gouvernement, qui cherchait à faire dans le dialogue positif, a évité les sujets épineux.

Les participants ont semblé apprécier cette absence de controverse. Même le président de la FTQ, Henri Massé, a jugé que l'exercice était valable.

Au cours de la conférence de presse tenue à l'issue de l'événement, le premier ministre Jean Charest a vanté les vertu du travail d'équipe et de la concertation. «C'est le propre de la société québécoise de fonctionner en mode de concertation comme on l'a fait. Et c'est une force pour nous», a-t-il soutenu. Alors qu'il y a un an M. Charest répondait à toute contestation par le fait qu'il avait obtenu un mandat clair de la population, son point de vue n'est plus le même aujourd'hui. «Je crois beaucoup à une démarche d'équipe même si vous avez un mandat», a-t-il affirmé hier. Entouré de onze de ses ministres et de Pierre Shedleur, coprésident des forums régionaux et premier vice-président aux ventes aux grandes entreprises et au secteur public de Bell Canada, le premier ministre semblait très satisfait des résultats du forum. Son entourage, qui comptait beaucoup sur cette opération mi-politique, mi-relations publiques, rayonnait.

Chapeautée par le ministre des Finances, Yves Séguin, et le ministre de la Santé et des Services sociaux, Philippe Couillard, une équipe de travail poursuivra la réflexion sur la pérennité du réseau de la santé et produira un rapport en juin 2005. M. Couillard dirigera également une équipe de travail sur la prévention en santé à l'intention des jeunes. Il rédigera un rapport intérimaire pour mars 2005 et un rapport final pour juin 2005. Le gouvernement lancera en novembre une campagne de promotion de saines habitudes de vie.

Après les diverses consultations qu'il a menées sur l'avenir de l'enseignement collégial et le financement des universités, le ministre de l'Éducation, Pierre Reid, reprend du service en présidant une équipe de travail «consacrée à l'examen de pistes pour assurer le maintien des services éducatifs de qualité». Le rapport est attendu en mai 2005. Le ministre dirigera une autre équipe de travail sur le développement de l'école communautaire. Il doit remettre un rapport en mai 2005.

Au delà de cette multiplication de rapports, M. Charest a fait la nomenclature d'une série d'actions gouvernementales dont la plupart étaient amorcées et connues. C'est le cas de la politique de conciliation travail-famille, dont on promet l'adoption pour le printemps 2005, soit après le prochain budget. On mentionne l'assurance parentale: les négociations se poursuivent toujours avec le gouvernement fédéral. On annonce une nouveauté mineure: la responsabilité du dossier des aînés passe du ministre de la Santé et des Services sociaux à la ministre déléguée à la Famille, Carole Théberge. Le gouvernement profite de l'occasion pour lui confier la bonne marche d'une autre «équipe de travail pour poursuivre la réflexion» sur les moyens de permettre aux aînés de participer pleinement au développement du Québec.

La nomenclature comprend des mesures de développement économique, la signature d'ententes de régionalisation en immigration, le dévoilement à l'automne d'un document de consultation sur le Plan vert et la mise en oeuvre d'une «stratégie action jeunesse». En matière de main-d'oeuvre, le gouvernement amorce des travaux sur la retraite progressive et signale le début de discussions avec le gouvernement fédéral pour le renouvellement d'un programme d'aide destiné aux travailleurs âgés.

Comme prévu, le gouvernement a signé hier deux protocoles d'entente sur la décentralisation et la régionalisation avec l'Union des municipalités du Québec, la Fédération québécoise des municipalités et les présidents des conférences régionales des élus. Enfin, le Forum des générations enfantera un autre forum, le Forum sur le développement social et économique des nations autochtones, qui aura lieu en 2005.

Des raisons de se réjouir

Les initiatives proposées par le gouvernement Charest au terme du Forum des générations sont à ce point vastes et embrassent tellement de sujets que tous les participants au Forum des générations, du milieu de la santé aux associations régionales, y voient une raison de se réjouir. «Ce genre de grand-messe n'a jamais réglé toutes les questions au Québec, mais, au moins, ça va nous permettre de continuer le dialogue», a expliqué le président de la FTQ, Henri Massé. Il a cependant précisé qu'il aurait «préféré des pistes de solutions plus précises» et le rejet catégorique de toute forme de baisse d'impôt de la part du gouvernement compte tenu de l'état des finances publiques.

«Le dialogue social qui prend forme ne nous satisfait pas complètement, mais c'est un pas dans la bonne direction», a pour sa part affirmé François Vaudreuil, de la Centrale des syndicats démocratique du Québec (CSD). «Un problème qu'on a, c'est que cette démarche-là n'a pas été assez inclusive. Il y a eu beaucoup de groupes absents», a-t-il ajouté.

Le président du Conseil du patronat, Gilles Taillon, s'est dit un «homme heureux», saluant la création d'une équipe de travail sur la compétitivité des entreprises et le marché de l'emploi, en plus de la concrétisation prochaine d'un projet de loi sur la retraite progressive. M. Taillon ne regrette pas le manque de mesures concrètes immédiates. «On a quelques mois pour bien réfléchir. Moi, je trouve que c'est la voie du succès, plutôt que d'y aller avec précipitation et des mesures improvisées», a-t-il expliqué.

Le chef du Parti québécois, Bernard Landry, estime que le gouvernement n'avait pas besoin de tenir un tel forum des générations pour créer plusieurs équipes de travail. «C'est beaucoup d'ouvrage pour arriver à ça, a-t-il lancé. Les gens sont contents de la qualité des débats. Moi aussi. Les gens sont contents qu'on ouvre une voie d'avenir par les comités. Je suis content moi aussi. Mais on n'a encore aucun résultat.» M. Landry a promis que son parti fera un «suivi impitoyable» des conclusions du forum à l'Assemblée nationale.

Selon le chef de l'Action démocratique du Québec, Mario Dumont, le gouvernement a évité les «enjeux difficiles» au cours du Forum des générations. «De nombreux participants voulaient s'attaquer au remboursement de la dette. Mais le gouvernement n'était pas prêt. On parle de forum des générations, et il n'y a pas un mot sur la dette», a-t-il déploré.

Lors d'un entretien téléphonique, la présidente de la CSN, Claudette Carbonneau, qui a boycotté le Forum des générations, a dit ne pas regretter son geste puisque «le gouvernement Charest en a fait un non-événement. Il a servi du réchauffé», a-t-elle dit. La CSN évaluera si elle prendra part aux équipes de travail créées par Québec.

Vingt-quatre heures après que les représentants des fédérations étudiantes des universités et des collèges eurent claqué la porte du Forum des générations, quelque 200 étudiants ont répondu à l'appel de l'Association pour une solidarité syndicale étudiante et ont manifesté à l'extérieur du campus Notre-Dame-de-Foy pour protester contre les compressions de 100 millions de dollars au régime de prêts et bourses. Deux personnes ont été arrêtées et seront accusées de méfaits et de voies de fait. Quelques vitres de l'établissement ont été fracassées.


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