Kerry démolit le bilan de Bush
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Le candidat démocrate surfe sur le fiasco irakien et la faible croissance de l'emploi
D'attaque, John Kerry a surfé sur le fiasco irakien et des statistiques fraîches soulignant la faible croissance de l'emploi aux États-Unis pour démolir le bilan du président George Bush, lors du deuxième débat télévisé qui opposait hier soir les deux candidats à la présidence à l'université Washington, à St. Louis, au Missouri.Ce deuxième débat, avec l'économie et l'Irak comme thèmes principaux, se déroulait sur le mode du town hall meeting, en vertu duquel des membres de l'auditoire posaient des questions aux candidats. Environ 140 électeurs ont été triés par la maison Gallup en fonction de leurs hésitations politiques. Leurs questions avaient été soumises à l'avance au modérateur Charles Gibson, chef d'antenne d'ABC, qui en a retenues une vingtaine. Ces partisans «mous» de l'un ou l'autre des candidats n'ont pas été faciles à trouver: selon un sondage Gallup, publié cette semaine, la proportion d'indécis est actuellement proche de zéro, ce qui est de l'ordre du jamais-vu.
Les sondages départageront les tendances, une fois la poussière retombée, mais M. Kerry a paru, comme la semaine dernière à Miami, plus calme et intellectuellement plus habile. Question après question, M. Kerry s'est montré plus sûr de lui, plus articulé face à un président qui, quoique plus mordant, a enfoncé les clous habituels et donné des signes d'exaspération. George Bush tentait visiblement de contrôler ses émotions après avoir été critiqué pour ses grimaces de dépit lors du premier débat.
Les deux hommes se sont affrontés sur la politique fiscale: «Les yeux dans la caméra, oui, je vous le dis: je ne vais pas augmenter les impôts», a assuré M. Kerry. «Ce n'est pas crédible!», s'est exclamé M. Bush dans sa réponse. «Ce n'est tout simplement pas crédible de dire qu'il va continuer à baisser les impôts, et équilibrer le budget», a assuré le président. Prenant le relais des statistiques sur l'emploi rendues publiques hier, M. Kerry a lancé: «Le président Bush sera le premier président en 72 ans à se présenter devant les électeurs en affichant une économie qui a perdu des emplois pendant sa fonction.» Seulement 90 000 emplois ont été créés aux États-Unis en septembre, alors que les analystes tablaient sur au moins 150 000.
Les deux candidats se sont en outre affrontés sur les principales questions de politique intérieure, en particulier le coût de santé, trop élevé pour de plus en plus d'Américains. Au sujet de l'interdiction imposée par le président Bush de réimporter des médicaments du Canada, le président s'est défendu en déclarant: «Je veux être sûr que ces médicaments ne vont pas vous tuer». Réplique de M. Kerry: le Canada «n'est pas un pays du tiers monde. Nous parlons de médicaments qui sont fabriqués ici aux États-Unis».
Le ton est devenu grave lorsque des électeurs ont interrogé les candidats sur la recherche sur les cellules souches embryonnaires et l'avortement, qui divisent les Américains. M. Bush, très religieux, a répété que «l'argent des contribuables» ne devait «pas être consacré à l'avortement». Déclarant également que «la religion a joué un rôle important dans [sa] vie», M. Kerry s'est déclaré favorable au maintien du droit constitutionnel à l'avortement.
Mais c'est encore la question irakienne qui a, comme la semaine dernière, occupé le plus de place, chacun affirmant que l'élection de son rival créerait «un monde plus dangereux».
Qui a gagné la joute verbale? «J'ai fait confiance à mes généraux», a déclaré le président, pour expliquer l'entrée en guerre. Il a répété, parfois avec impatience, avoir épuisé toutes les avenues onusiennes avant de s'attaquer à la «menace exceptionnelle» que représentait Saddam Hussein. Il a qualifié de «naïve et dangereuse» la position de M. Kerry.
Ce dernier a multiplié les répliques assassines: «Le rôle des militaires est de gagner la guerre. Celui du président est de gagner la paix.» Les États-Unis, a-t-il dit, peuvent reformer des alliances internationales sans compromettre leur rôle de leadership dans le monde. Il a raillé la coalition formée par l'administration Bush: «Des pays quittent la coalition, aucun ne l'a rejointe. Si le Missouri participait à la coalition actuelle, ce serait la troisième force derrière les États-Unis et la Grande-Bretagne.» Si les 200 milliards utilisés pour l'Irak l'avaient été pour l'Afghanistan, «Oussama ben Laden serait en prison ou mort», a-t-il dit.
Avez-vous commis des erreurs en Irak? a demandé le modérateur au président. «La question est catégoriquement non», a-t-il répondu. M. Kerry a répliqué: «Je crois que le président a commis une énorme erreur, une erreur catastrophique en ne sachant pas bâtir une vraie coalition, en ne donnant pas de temps aux inspecteurs en désarmement pour finir leur travail et ne choisissant pas la guerre comme un dernier recours.»
M. Kerry a cassé l'élan du président dans les sondages la semaine dernière lors du débat sur la politique étrangère et la sécurité nationale, que se tenait à l'université de Miami, en parvenant à briser l'image du politicien contradictoire et indigne de confiance que les républicains avaient jusque-là réussi à fabriquer autour de lui. Aussi, ayant fort mal paru lors du premier débat, c'était hier au tour de M. Bush, placé sur la défensive, de tenter de remonter la côte.
Un nouveau sondage révélait hier que MM. Bush et Kerry sont au coude à coude dans la course à la Maison-Blanche. Selon Zogby/Reuters, l'avance du président sur son rival démocrate est maintenant de moins de 1 % (45,9 % contre 45,2 %), alors qu'il menait par six points il y a moins de deux semaines. Un autre sondage, publié par le magazine Time, donne tout à coup M. Kerry, qui traîne pourtant une réputation de froideur, plus «sympathique» que M. Bush.
Le sénateur du Massachusetts avait hier soir le choix des armes -- et n'a pas hésité à s'en servir --, non seulement au sujet des chiffres décevants de l'emploi, les derniers à être publiés d'ici la présidentielle du 2 novembre, mais aussi sur la question irakienne. Car le ciel est pour ainsi dire tombé sur la tête de M. Bush, cette semaine, au sujet de l'Irak.
Lundi, l'ancien administrateur américain en Irak, Paul Bremer, affirmait que le nombre de soldats américains déployés en Irak n'avait «jamais» été suffisant pour faire face à l'après-Saddam Hussein. «Nous avons payé le gros prix», a-t-il déclaré. Le même jour, le secrétaire à la Défense, Donald Rumsfeld, nuisait à la cause républicaine en affirmant: «Je n'ai pas vu de preuves solides liant al-Qaïda et Saddam Hussein» -- écorchant l'une des principales lignes de défense du président.
Nouvelle tuile, mercredi: le rapport Duelfer, du nom du chef des inspecteurs américains en désarmement pour l'Irak. Dans un rapport accablant, Charles Duelfer en arrive aux mêmes conclusions que son prédécesseur David Kay, qui a démissionné de façon fracassante il y a neuf mois: à savoir que la première guerre du Golfe, en 1991, et les inspections onusiennes subséquentes avaient réduit à néant les capacités irakiennes de production d'armes de destruction massive et que Saddam Hussein ne disposait pas de telles armes au moment de l'invasion américaine en mars 2003. Ce qui est venu contredire presque toutes les affirmations faites par la Maison-Blanche sur la présence d'ADM pour justifier l'entrée en guerre.
Un troisième et dernier débat a lieu mercredi prochain à Phoenix, en Arizona.
Avec l'agence France-Presse
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