Québec - L'objectif: recycler 65 % de tous nos déchets d'ici l'an 2008

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Claude Lafleur
Édition du mercredi 06 octobre 2004

Mots clés : recyclage

«Il y aurait environ 85 % des choses qu'on jette qui seraient réutilisables»

La quantité de déchets que les Québécois produisent chaque année est véritablement phénoménale: plus de 11 millions de tonnes, ce qui équivaut à 22 tonnes toutes les minutes, ou à une tonne et demie par personne! Qui plus est, ce tonnage tend à augmenter d'année en année, la production de déchets étant passée de 1,02 à 1,51 tonne par année par personne entre 1988 et 2002.

Depuis 15 ans, d'importants efforts ont été faits pour en recycler le plus possible. C'est ainsi que la quantité totale récupérée pour l'année 2002 correspond à 47 % de l'ensemble des matières résiduelles pouvant être mises en valeur, alors que l'objectif est de 65 % pour l'année 2008.

«Les matières résiduelles, c'est tout ce qui reste après la consommation, explique Robert Lemieux, président-directeur général de Recyc-Québec. C'est évidemment tout ce qu'on met dans nos poubelles et dans nos bacs verts. Mais c'est aussi les produits "post-consommation" tels qu'une vieille télé, un vieux poêle ou un réfrigérateur et dont il faut faire quelque chose...» M. Lemieux dirige la société d'État créée en 1990 afin justement de favoriser la récupération et le recyclage de tout ce qu'on jette.

L'irrécupérable...

En principe, tout serait recyclable! «On calcule qu'il y aurait environ 85 % des choses qu'on jette qui seraient réutilisables, dit-il. Quant au 15 % qui reste, il pourrait être possible de le récupérer et de le recycler mais, ou bien on ne dispose pas pour le moment des technologies nécessaires, ou bien les coûts seraient prohibitifs.»

Un bel exemple de la difficulté de recycler certains matériaux est offert par les appareils électroniques -- les téléphones cellulaires, les ordinateurs, etc. -- qu'on jette de plus en plus fréquemment. Pour l'heure, il est possible d'extraire les métaux précieux des circuits électroniques de ces appareils mais le reste -- en bonne partie du plastique, du verre et des matériaux synthétiques -- est pratiquement irrécupérable.

Il y a en outre des matériaux aussi simples que le styrofoam et les sacs de plastique dont on ne sait que faire. D'une part, on ne dispose pas d'une technologie permettant de recycler le styrofoam alors que les sacs de plastique ne sont que «du vent», c'est-à-dire qu'il faudrait en faire fondre des quantités phénoménales pour obtenir suffisamment de plastique. Par conséquent, ces produits fort abondants se retrouvent tout bonnement dans les sites d'enfouissement.

... et le récupéré

Par contre, relate Robert Lemieux, on parvient à recycler presque entièrement les verres, le papier et l'aluminium. «Le verre a longtemps été un problème, dit-il, puisqu'on ne savait qu'en faire, sinon l'expédier vers l'Italie ou l'Amérique du Sud. Toutefois, aujourd'hui, l'industrie québécoise utilise tout le verre collecté. Les verres colorés sont entre autres transformés en laine minérale alors que les verres transparents servent à faire de nouveaux récipients.»

Quant aux papiers usagés, la situation est encore plus intéressante puisque l'industrie québécoise en manque et doit même en importer. «Les papetières souhaiteraient en avoir davantage, indique M. Lemieux. Le papier et le carton se recyclent facilement, la demande est bonne et les prix sont en hausse.» Nos entreprises en importent même plus de un million de tonnes des États-Unis ou d'ailleurs au Canada.

Quant aux plastiques, tout dépend de leur nature, certains types étant même très en demande, notamment les bouteilles de boisson gazeuse. «Aucun problème non plus pour l'aluminium, indique le p.-d.g. de Recyc-Québec, puisqu'il faut 95 % moins d'énergie pour faire une canette à partir d'aluminium recyclé plutôt qu'avec de l'aluminium d'origine...»

Par contre, si la demande dépasse l'offre pour certains matériaux, la situation pourrait changer le jour où l'on parviendra à tout récupérer ce qu'on jette. «Quand on aura doublé ou triplé la quantité de verre récupéré, aura-t-on toujours un marché pour le recycler?, dit-il. Il faut donc toujours aider le développement de l'industrie et du marché afin d'éviter que, éventuellement, l'offre dépasse les capacités de recycler.» Par conséquent, Recyc-Québec s'applique sans cesse à travailler de concert avec différentes entreprises pour se donner les outils et les technologies nécessaires.

L'objectif visé par la société d'État est de parvenir à recycler 65 % de tous nos déchets d'ici l'an 2008. Or, en 2002, on en recyclait 47 % alors qu'on ignore les progrès réalisés depuis. «On pense que c'est sans doute un peu mieux, avance Robert Lemieux, mais nous n'avons pas de chiffres précis pour le moment. Je pense donc que l'objectif de 65 % pour 2008 est ambitieux. Je ne vous dis pas qu'on ne l'atteindra pas, mais c'est un objectif très ambitieux...»

À nous de jouer

«Un citoyen produit environ une demi-tonne de matières résiduelles par année», indique M. Lemieux; le reste, environ l'équivalent d'une tonne par personne, provient du secteur "ICI" -- industries, commerces et institutions -- et de celui de la construction. Or, ces deux secteurs s'en tirent mieux que nous, les citoyens!»

Ainsi, le taux de récupération du secteur ICI est passé de 50 % en 2000 à 57 % en 2002, alors qu'on rapporte que la quantité des matières résiduelles dirigée vers les filières de mise en valeur s'est accrue de 25,1 % entre 2000 et 2002, une augmentation en bonne partie attribuable au secteur de la construction, de la rénovation et de la démolition. M. Lemieux insiste donc pour dire que chacun d'entre nous a un grand effort à faire puisque, déjà, les entreprises et le monde de la construction enregistrent de meilleurs taux de récupération.

Ainsi, la quantité de matières résiduelles récupérées dans le secteur municipal -- en bonne partie ce que nous jetons -- augmente depuis 1992, en moyenne de 11,8 % par année. Toutefois, ce taux est passé de 16 % en 2000 à 20 % en 2002. La quantité récupérée de papiers et cartons, d'électroménagers et de matières compostables est principalement responsable de cette augmentation. Quant à la collecte sélective des matières recyclables (le bac de récupération), le taux de récupération n'était que de 26 % en 2002.

«Il y a beaucoup de gens qui font des efforts avec leur bac, indique le p.-d.g. de Recyc-Québec, mais il y en a aussi beaucoup d'autres qui ne les font pas. Rappelez-vous simplement que, pendant que nous mettons à la poubelle nos journaux, un million de tonnes sont importées par nos entreprises québécoises!»


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