Un Québec autonome dans un Canada uni

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Édition du vendredi 24 septembre 2004

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Mario Dumont dévoile la nouvelle position constitutionnelle de l'ADQ

Mario Dumont

Québec -- L'Action démocratique du Québec (ADQ) propose de faire du Québec un État autonome, doté d'une constitution et exerçant les pleins pouvoirs en matière de perception des impôts.

Dévoilée hier en prévision du congrès des membres du parti cette fin de semaine à Drummondville, la nouvelle position constitutionnelle de l'ADQ reprend la longue liste des revendications du rapport Allaire, document que les libéraux avaient mis sur les tablettes au début des années 1990, le jugeant trop ambitieux.

Avec cette orientation, l'ADQ prétend corriger les erreurs du passé, en levant toute ambiguïté sur sa vision de l'avenir du Québec, a expliqué le chef Mario Dumont, en conférence de presse hier à Québec.

Il s'agit d'une «position forte, qui n'est ni la rupture ni la soumission au Canada de 1982», a-t-il dit.

La souveraineté du PQ et le fédéralisme à tout crin des libéraux ne sont plus une option, a plaidé le leader de l'ADQ. La voie de l'autonomie apparaît, selon lui, comme la seule solution de rechange rassembleuse. «Le PQ se nourrit de l'échec du système, alors que les libéraux présentent le statu quo comme un triomphe. Un gouvernement autonomiste pourra obtenir plus que ça», estime-t-il.

La position constitutionnelle de l'ADQ, exprimée dans un document intitulé Voir grand pour le Québec, est que le Québec exerce pleinement sa souveraineté dans les domaines relevant de sa compétence, amorce des discussions avec Ottawa pour obtenir des pouvoirs accrus et soit le seul percepteur d'impôts sur son territoire. «Les Québécois n'auraient qu'une seule déclaration de revenus à remplir et ensuite nous ferions ce que nous avons à faire, c'est-à-dire verser au fédéral sa juste part.»

Le gouvernement fédéral devra prendre acte de l'orientation autonomiste du Québec, pense Mario Dumont, mais si Ottawa se fait tirer l'oreille, l'ADQ n'aura aucune réticence à faire des gestes unilatéraux. «On n'hésiterait pas à donner l'ordre à Hydro-Québec de lancer des grands projets de développement, même si on n'a pas les autorisations fédérales, parce qu'on est convaincus que le Québec a un processus d'évaluation environnementale légitime et respectueux des normes internationales», a illustré le chef de l'ADQ.

Préparée sous la houlette de Me Jacques Gauthier, la nouvelle orientation de l'ADQ comporte, comme plat de résistance, la rédaction d'une constitution, qui regrouperait entre autres la Charte des droits et libertés, la Charte de la langue française et un volet sur la responsabilité des citoyens.

Aussi, pour marquer cette nouvelle ère d'autonomie, l'ADQ irait jusqu'à changer la désignation officielle du Québec, qui de province deviendrait l'État autonome du Québec.

«Cette proposition a une valeur importante, a mentionné M. Dumont. Pour nous définir, mais aussi pour désigner les aspirations d'autonomie qui existent au Québec et pour nous présenter partout dans le monde.»

Aussitôt rendue publique, la position constitutionnelle de l'ADQ a été mise à mal par libéraux et péquistes. «Le terrain de l'affirmation du Québec, c'est nous qui l'occupons», a fait valoir le ministre des Affaires intergouvernementales canadiennes, Benoît Pelletier. Selon lui, la formation de Mario Dumont continue de cultiver une ambiguïté qui dessert les intérêts du Québec. «Tout en se disant non souverainistes, ils se disent non fédéralistes. Est-ce que ça veut dire que, lorsque l'occasion va se présenter, ils seront les deux en même temps? Ce n'est pas une position réfléchie», a-t-il dénoncé.

De son côté, la leader parlementaire de l'opposition officielle, Diane Lemieux, a soutenu que l'ADQ ne faisait que recycler de vieilles recettes maintes fois essayées mais qui n'ont jamais porté fruits.

«C'est une chimère, il vend du rêve. Comment peut-il penser faire fléchir Ottawa sans aucun rapport de force?», a-t-elle demandé.


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