Graham appuie le projet de bouclier antimissile

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Alec Castonguay
Édition du vendredi 24 septembre 2004

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«Je pense que le Canada le regrettera s'il n'y participe pas»

Ottawa -- À quelques semaines d'une décision du Canada dans le controversé dossier du bouclier antimissile, le ministre de la Défense, Bill Graham, pèse de tout son poids en faveur d'une participation du pays aux côtés des Américains. Peu importe les critiques envers le projet, le Canada «le regrettera» s'il ne rejoint pas les États-Unis puisqu'un refus entraînerait «une diminution significative de notre souveraineté», selon le ministre.

Lors d'une allocution prononcée mercredi soir devant l'Institut militaire royal canadien, à Toronto, Bill Graham a rappelé que le Canada négociait toujours avec le gouvernement américain sur une éventuelle participation au bouclier antimissile. Une décision du premier ministre est attendue cet automne puisque les Américains commencent à s'impatienter et ont toujours l'intention de lancer les premières phases du système de défense dans quelques semaines.

Par contre, le ministre Graham a été clair sur la position personnelle qu'il défendra auprès du premier ministre. «Nous avons la responsabilité fondamentale de protéger les Canadiens, a-t-il soutenu. Nous avons aussi la responsabilité fondamentale de contribuer à la défense de notre continent. Le bouclier antimissile pourrait nous aider à faire cela. Une chose est certaine, nos collègues américains sont déterminés à aller de l'avant et à faire du bouclier une partie intégrante de l'architecture de défense nord-américaine, que nous participions ou non.»

Dans une entrevue accordée au quotidien Ottawa Citizen mercredi, le ministre Graham a poussé un cran plus loin son appui au bouclier antimissile. «Ce n'est pas l'Irak ou un engagement ailleurs [dans le monde], c'est à propos de l'Amérique du Nord, a-t-il insisté. Je pense que c'est vraiment important pour nous d'être associés à n'importe quel programme de défense qui concerne l'Amérique du Nord. Je pense que le Canada le regrettera s'il n'y participe pas.»

Au mois d'août dernier, le Canada avait fait un premier pas vers son adhésion au bouclier antimissile en acceptant de modifier la charte du Commandement de la défense aérospatiale de l'Amérique du Nord (NORAD) afin que l'organisme dirigé par les deux pays puisse contribuer au fonctionnement du bouclier. Dorénavant, le NORAD pourra donc fournir des renseignements au futur organisme qui dirigera le système de défense.

Pour ne pas que le NORAD devienne caduc et que le Canada perde en partie le contrôle de son espace aérien, il faut aller plus loin et suivre les Américains jusqu'au bout, estime Bill Graham. «À mon avis, ne pas participer diminuerait significativement notre souveraineté», a-t-il dit.

Le ministre rejette les critiques unanimes des spécialistes militaires indépendants qui affirment que le bouclier antimissile est complètement inefficace à l'heure actuelle et qu'il le sera peut-être toujours. «Il y a un débat important chez les experts sur l'efficacité du système, a-t-il dit. Mais selon moi, quand on parle de défense continentale, nous devrions être associés aux Américains quand ils choisissent quelque chose. Nous devrions travailler avec eux là-dessus. Vous pouvez utiliser l'argument que ça ne fonctionne pas aujourd'hui, mais nous ne savons pas ce qui se passera d'ici dix ans.»

Des missiles dans l'espace?

À Toronto mercredi soir, le ministre de la Défense a toutefois prévenu l'auditoire que la position canadienne sur la militarisation de l'espace n'a pas changé. «Cela ne signifie pas que nous allons compromettre nos intérêts et nos valeurs avec ce projet, a-t-il soutenu. Par exemple, nous n'allons pas rejoindre un système si celui comprend un volet de militarisation de l'espace. Le premier ministre et moi avons été très clairs sur ce point, et je peux vous dire que les États-Unis comprennent notre position.»

À la sortie du conseil des ministres hier, Bill Graham a néanmoins reconnu que le Canada ne peut pas prévoir ce que les Américains feront dans quelques années. «Je ne peux pas garantir ce que feront les Américains d'ici 50 ans, vous non plus, mais ce programme n'a rien à voir avec le [déploiement] d'armes dans l'espace, a-t-il dit. C'est basé sur terre et possiblement sur mer, et c'est tout.»

Or, de l'aveu même de la Missile Defense Agency, l'organisme responsable de la création du bouclier à Washington, la militarisation de l'espace figure toujours dans les plans, même si ce n'est plus aussi élaboré que le premier projet de bouclier, imaginé par l'administration Reagan dans les années 80.

Mais l'objectif demeure semblable: déployer si possible en 2012 une batterie de 24 missiles au laser dans l'espace. «Le volet spatial est en veilleuse car le financement que nous avons obtenu est seulement suffisant pour soutenir les intercepteurs au sol et en mer, pas ceux dans l'espace. La recherche se poursuit quand même car elle dure depuis longtemps, et on ne va pas tout abandonner comme ça», a expliqué au Devoir Rick Lehner, porte-parole de la Missile Defense Agency, à Washington.

«Les responsables canadiens peuvent bien dire ce qu'ils veulent, la Maison-Blanche n'a pas changé d'avis, il y aura des armes dans l'espace quand la technologie le permettra», a affirmé Victoria Samson, analyste principale au Center for Defense Information, jointe par Le Devoir à Washington il y a deux semaines.

Malgré tout, la position officielle du Canada n'a pas changé. «M. Graham n'a rien dit qu'il n'a pas déjà dit par le passé», a soutenu le premier ministre Paul Martin à la sortie du conseil des ministres hier. «Il y a des discussions en cours [avec les Américains] et il y aura une décision du cabinet éventuellement.» Mais la décision de suivre les Américains n'aurait-elle pas déjà été prise en coulisses? «Tout va dépendre des négociations, a répondu Paul Martin. Le Canada a certainement ses conditions, mais, éventuellement, il va y avoir une décision au cabinet.»

Bill Graham pense que le pays doit voir à long terme et anticiper les dangers à venir dans quelques années. Mais d'où viendrait cette menace? Le ministre de la Défense a semblé pris de court par cette question. «Comme vous le savez, cela vient de... la Corée du Nord ou un autre État voyou qui peut se développer dans cinq ou dix ans, a-t-il dit, hésitant. Ou encore d'une autre source, comme les organisations terroristes qui pourraient contrôler des missiles. C'est ce que font les analystes militaires, ils regardent dans cinq ans. Nous ne serions alors pas capables de mettre en place un système en si peu de temps, et c'est ce que disent les Américains.»

Le Bloc québécois et le NPD sont farouchement opposés à la participation du Canada au bouclier antimissile, comme plusieurs députés libéraux d'ailleurs. Le nouveau Parti conservateur n'a pas encore pris position sur le sujet depuis la fusion de l'Alliance et de l'ancien PC. Mais l'Alliance canadienne était très favorable au projet l'hiver dernier.


Vos réactions


La clôture du ministre. - par Richard Vaillancourt (r_vaillancourt@videotron.ca)
Le vendredi 24 septembre 2004 22:00

Un bouclier ou un pont? - par Gabriel RACLE (gracle@rogers.com)
Le vendredi 24 septembre 2004 06:00

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