Les centrales syndicales s'entredéchirent
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La CSN renonce à une grève de 24 heures cet automne
Québec -- Le gouvernement Charest peut souffler un peu: il n'y aura pas de grève générale illégale de 24 heures cet automne puisque les centrales syndicales s'entredéchirent au sujet de la pertinence de ce moyen de pression. La stratégie commune des syndicats contre les politiques du gouvernement est sérieusement entamée.«La grève sociale devait s'exercer en intersyndicale pour garder la portée sociale d'un tel geste de protestation. C'est évident, on ne pourra pas l'exercer [cet automne] car les conditions ne sont pas réunies. D'autres organisations syndicales n'ont pas pris la même direction que nous», a affirmé Claudette Carbonneau lors d'une conférence de presse en marge de l'ouverture du conseil confédéral de la CSN, hier.
La FTQ avait annoncé en juin dernier son intention de tenir une grève générale de seulement 24 heures si le gouvernement Charest procédait à une nouvelle «attaque frontale contre l'ensemble ou une partie des membres de la FTQ». La CSN aurait voulu déclencher une grève sociale dès cet automne afin de protester contre les lois «antisyndicales» déjà adoptées, en décembre 2003.
Claudette Carbonneau n'a pas mâché ses mots au sujet de la décision d'Henri Massé. «Je déplore amèrement qu'une occasion historique de combattre les politiques de droite ait été échappée. Et ce que je regrette, c'est d'avoir entendu des propos durs en juin dernier par le président de la FTQ, qui décriait la stratégie mise de l'avant par la CSN, sans être clair en regard de la population. Où est-ce qu'il se place, lui, concernant les politiques de droite du gouvernement Charest? C'est plus facile de décrier une stratégie mise de l'avant par une organisation, encore est-il souhaitable de savoir où l'organisation qui se fait donneuse de leçons loge par rapport aux problèmes de fond.»
Henri Massé s'est emporté hier lorsqu'il a été mis au courant des propos de Claudette Carbonneau. «Qu'ils nous laissent donc tranquilles! On n'a pas achalé personne, on n'a pas agressé personne et on ne se laissera pas dire n'importe quoi», a-t-il affirmé. Selon lui, Mme Carbonneau s'est «peinturée dans le coin» avec un mandat de grève qu'elle ne veut pas exercer. Elle cherche à ses yeux une sortie de secours en utilisant la FTQ comme bouc émissaire. «Qu'ils assument leurs décisions au lieu de chercher à mettre la faute sur le dos des autres, a pesté M. Massé. Je trouve ça passablement bas.»
Le climat actuel ne justifie pas le déclenchement d'une grève générale, estime la FTQ. La CSN, elle, croit le contraire. Bref, les centrales syndicales ne sont plus aussi unies qu'elles l'étaient au moment des manifestations de l'automne et du printemps derniers.
Le déclenchement d'une grève générale est ainsi repoussé. Les négociations dans les secteurs public et parapublic, qui s'annoncent difficiles, pourraient cependant mener les syndicats à s'entendre pour recourir à ce moyen de pression à l'hiver ou au printemps prochains.
La CSN entend d'ailleurs demander de nouveau à ses membres de lui accorder un mandat de grève sociale de 24 heures. À son conseil confédéral, la centrale adoptera un plan d'action afin de maintenir de la pression sur le gouvernement Charest. «Ce n'est pas parce qu'on n'est pas capable d'exercer un moyen de pression qu'il faut croire à l'à-plat-ventrisme. Jamais la CSN ne va lâcher la serviette», a dit Mme Carbonneau.
La CSQ souhaite pour sa part étudier la pertinence d'une grève sociale de 24 heures lors de son conseil général, qui aura lieu la semaine prochaine.
La CSN au Forum national
Après avoir envisagé le boycottage du Forum national du premier ministre Jean Charest, qui aura lieu en octobre, le comité exécutif de la CSN entend maintenant y participer. Les délégués du conseil confédéral doivent toutefois entériner cette proposition aujourd'hui. «Je pense qu'il y a à ce forum une occasion de démasquer le vrai Jean Charest», a expliqué Claudette Carbonneau.
La présidente de la CSN a prévenu qu'elle ne participera pas «de n'importe quelle façon» à ce forum. «Ce n'est pas vrai qu'on va rester prisonniers du discours simpliste du gouvernement. C'est une décision qu'en tout temps on pourra reconsidérer si on s'aperçoit que les conditions de fonctionnement démocratique ne sont pas réunies, qu'il n'y a pas d'espace pour les débats. Et en cours de forum, si ça tournait à la foire, ma foi, personne n'est attaché là jusqu'à la fin de ses jours», a-t-elle expliqué.
La FTQ a annoncé le mois dernier son intention de participer au Forum national du gouvernement Charest. Les centrales syndicales ont cependant boycotté les forums régionaux qui se sont déroulés aux quatre coins du Québec.
Claudette Carbonneau déplore que le gouvernement divulgue peu de détails sur le déroulement du Forum national jusqu'à maintenant. Et comme celui-ci pourrait se passer à huis clos, a-t-on appris hier, la CSN pourrait finalement décider de ne pas y participer.
Par ailleurs, la CSN se retire du comité consultatif sur les finances publiques, créé fin août par le gouvernement Charest en vue du forum. Les discussions ne se déroulent pas comme le syndicat le souhaite, a-t-elle précisé.
Avec la Presse canadienne

