«En ville sans ma voiture» - Le jour, la rue, sans pollution

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Guillaume Bourgault-Côté
Édition du jeudi 23 septembre 2004

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L'événement prend de l'importance à Montréal mais est en perte de vitesse ailleurs dans le monde

Fermée à la circulation pendant une bonne partie de la journée hier, la rue Sainte-Catherine a permis aux commerçants, piétons et artistes d'envahir un espace autrement réservé aux automobiles. Plutôt que le bruit des voitures, les passants ont donc pu écouter quelques notes improvisées d'une contrebasse... tout aussi improvisée.

Photo: Jacques Nadeau

Le centre-ville de Montréal et le quartier Plateau Mont-Royal ont profité d'un bon répit de pollution auditive et environnementale hier alors que la métropole a connu une deuxième version, plus imposante que la précédente, de la journée «En ville sans ma voiture», que Québec et Gatineau ont aussi vécue. Sous le soleil, les Montréalais ont donc pu arpenter à pied et à vélo des coins d'asphalte ordinairement occupés en plein jour par des milliers d'automobiles et de camions. Mais pour contrebalancer ce succès, l'événement a semblé subir une perte de vitesse et d'intérêt dans les quelque 1500 villes de la quarantaine de pays qui participaient à l'opération à travers le monde.

Rue Sainte-Catherine, un laboratoire mobile du ministère de l'Environnement a donné un premier aperçu des bienfaits de la journée: l'aiguille indiquant le niveau des émanations de monoxyde de carbone et d'azote est restée très près de zéro au cours de la période où le périmètre a été fermé aux voitures. La Ville s'attend à des résultats finaux aussi bons que ceux de l'an dernier, alors qu'on avait noté une baisse générale de 40 % de la pollution au centre-ville.

L'Agence métropolitaine de transport (AMT), organisatrice de l'événement, attendra quelques semaines avant de faire un bilan général (achalandage du métro, relevé du niveau de bruit et de la qualité de l'air, résultat d'un sondage sur l'impact de la journée sur les changements dans les habitudes de déplacement, nombre de véhicules stationnés près du périmètre, etc.). Mais déjà, on parle d'une journée très «positive, qui a attiré des dizaines de milliers de personnes dans la rue».

Il faut dire que le beau temps a remarquablement favorisé l'utilisation du vélo et le recours à la marche hier. À midi sur le Plateau, l'avenue centrale du quartier était entièrement occupée par les passants, nombreux aux terrasses improvisées. Si les ventes trottoir sont courantes dans le coin, la scène était quand même appréciée des habitués. «On est en pleine semaine, c'est particulier», relevait un commerçant qui, à l'instar de beaucoup de ses collègues, avait dressé ses présentoirs sur le trottoir. «Pour nous, c'est toujours plaisant: pas d'autos, moins de bruit, et les gens sont détendus.» Tout près de là, chez Première Moisson, on parlait d'une journée légèrement moins achalandée que lors des ventes trottoir régulières, mais le constat est néanmoins «très positif».

Entre les tables dressées et les tréteaux offrant une ribambelle d'articles à vendre, des artistes animaient la rue, les policiers patrouillaient en voiture électrique et plusieurs groupes environnementaux en profitaient pour vanter les mérites des solutions alternatives aux déplacements polluants. «Le pétrole tue», rappelait l'Action terroriste socialement acceptable. De son côté, Claude Mainville, de Projet Montréal, distribuait des tracs de son parti qui souhaite bâtir une ville axée sur les transports en commun. Les promoteurs de Mont-Royal, avenue verte (qui prônent la transformation de cette avenue en zone réservée aux piétons et aux autobus) étaient aussi présents, contents de profiter de cette vitrine. «Les gens peuvent voir concrètement l'effet qu'aurait notre projet, explique Sébastien Giguère. Une journée comme ça permet de conscientiser plus facilement. On bouscule l'idée que la vie sans voiture est impossible.»

La mairesse de l'arrondissement, Helen Fotopulos, avait le sourire aux lèvres en se promenant dans la rue. «La température est parfaite, les commerçants semblent heureux et c'est plein de monde. C'est beaucoup de logistique et d'argent, mais ça valait la peine de pousser [les organisateurs] pour faire partie du périmètre cette année.» L'an dernier, seul le centre-ville avait été fermé aux voitures entre les heures de pointe.

«On l'entend dans les assemblées de citoyens, dit Mme Fotopulos, les gens veulent réduire la congestion automobile et améliorer la qualité de vie générale. Cette journée est un des exemples de ce que ça peut donner. Il faut maintenant que d'autres arrondissements embarquent.»

Au centre-ville, l'ambiance était semblable: piétons en masse, commerçants dans la rue et kiosques d'information. Une section de la rue Union avait même été «entourbée», créant un petit parc vert momentané. Là-bas, les commerçants, qui s'étaient montrés réticents à la fermeture de la rue Sainte-Catherine l'an dernier, ont dressé un bilan plus favorable cette année. La Société de développement commercial Destination centre-ville a ainsi exprimé sa satisfaction à la fin de la journée, soulignant que les changements apportés au périmètre avaient permis de réduire les inconvénients.

De son côté, le maire Gérald Tremblay était content du déroulement général de l'opération et de la participation des gens. «On vit à l'année dans une forme de conflit auto-vélo-piéton. C'est bien de casser ça, même si c'est évident qu'une seule journée n'est pas assez, note le maire. On gère une transition vers une nouvelle attitude face aux moyens de transport. C'est un long processus, mais ça vaut la peine.»

Succès mitigé en Europe

Si, à Montréal, l'événement est quasi assuré de se reproduire l'an prochain, il risque d'y avoir moins de participants dans un an. Dans le monde, hier, la Journée sans voiture n'a guère mobilisé, la plupart des villes participantes ayant peu fermé leurs rues aux automobilistes, lesquels n'ont de leur côté pas renoncé à leur véhicule. Des villes inscrites, plusieurs n'ont pas vraiment joué le jeu.

En France, où l'événement avait été lancé en 1998, la participation s'est réduite comme peau de chagrin: 50 villes participantes contre 72 en 2003 et 98 en 2002. Et ni le gouvernement français ni les grandes villes n'ont particulièrement soutenu l'initiative. Ainsi, à Paris, seuls quelques quartiers étaient interdits aux voitures.

Même chose au Portugal, où 54 villes, sept de moins qu'en 2003, étaient officiellement concernées par la journée sans voiture. Dans la plupart des grandes villes scandinaves, autrichiennes, grecques, italiennes ou néerlandaises, les résultats ont aussi été très mitigés, par manque d'organisation ou encore de coopération des automobilistes. Moscou, Berlin, Budapest et Amsterdam n'ont même pas participé.

Avec l'Agence France-Presse


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Moteur à explosion - par philippe tempera
Le samedi 19 février 2005 15:00

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