Réaction mitigée face à un rapport sur l'informatisation des PME
Mots clés : pme
Ce rapport, que les esprits cyniques pourraient qualifier d'alarmiste, ne laissait subsister aucun doute hier: la moitié seulement des entreprises canadiennes de 20 à 500 employés utilisent des «solutions d'affaires Internet», ce qui entraînerait un retard face à leurs consoeurs internationales depuis deux ans et priverait l'économie d'un facteur de croissance non négligeable.
Or, si les spécialistes consultés hier ne niaient pas les bienfaits que peut dans certains cas procurer un système d'informatisation intégré, ils ne ressentaient pas la même urgence que l'ICCE, composée d'universitaires et de hauts fonctionnaires provinciaux mais aussi, fait à noter, de représentants du secteur technologique issus entre autres des filiales canadiennes de Cisco Systems et IBM.
Le sondage de l'ICCE a été mené en mars dernier auprès de 952 entreprises des secteurs du commerce de détail, du commerce de gros et de la fabrication. Environ 450 d'entre elles avaient adopté des solutions d'affaires Internet. L'ICCE s'inquiète car, dit-elle, l'économie canadienne ne peut se permettre que les PME de la taille de celles interrogées, qui auraient créé 36 % des nouveaux emplois nets en 2002-03, prennent du retard face aux États-Unis et à l'Europe. «Une réponse tiède des PME [...] pourrait miner toute stratégie nationale visant à stimuler la compétitivité internationale du Canada», peut-on lire dans le rapport.
L'ICCE affirme que les PME les plus modestes sont difficiles à convaincre de ces avantages. Ceux-ci dépendraient notamment du secteur dans lequel oeuvre une PME donnée, disent les experts. En effet, si un manufacturier de 500 employés a des clients partout dans le monde, le petit commerce de détail de 20 personnes et à portée locale a peut-être d'autres préoccupations.
«Il n'y a pas lieu de paniquer, mais il faut tout de même être conscient de ces possibilités, plus particulièrement en ce qui concerne les entreprises qui visent le marché américain. Avec la remontée du dollar canadien, dont la relative faiblesse offrait parfois une marge de profit artificielle, il faut qu'une entreprise s'assure d'être plus productive», dit Éric Lacroix, directeur de la veille stratégique et des enquêtes au Centre francophone d'informatisation des organisations.
Bien qu'elle soit en faveur de l'informatisation des sociétés, la Fédération canadienne de l'entreprise indépendante (FCEI) parle d'une évolution normale. «Il faut voir qu'il y a un rythme d'adoption naturelle qui vient avec les besoins sectoriels», dit Pierre Emmanuel Paradis, économiste principal à la FCEI. «Parfois, même à l'intérieur d'un même secteur, les compagnies sont très différentes.»
«Prenons deux exemples», dit pour sa part José Jacome, vice-président au développement et aux communications des Manufacturiers et exportateurs du Québec. «Vous avez une petite entreprise très importante dans son secteur, elle fonctionne avec un système X et est intégrée dans une chaîne d'approvisionnement mondiale. L'autre compagnie, à côté, n'occupe pas une position de leadership, mais son produit fait partie d'une chaîne très simple. Elle n'a peut-être pas besoin d'un système très sophistiqué. C'est très variable.»
«Chose certaine, si vous n'avez pas les outils informatiques que vous devriez avoir, c'est un frein à votre productivité. Ça vous reviendra dans la figure un jour ou l'autre», ajoute-t-il.
L'ICCE déplore que certaines PME n'aient pas dépassé l'étape du site Internet, mais le CEFRIO se rassure quant à lui du fait que la très grande majorité des PME québécoises sont aujourd'hui branchées à Internet, ce qui n'était pas le cas il y a quelques années à peine.
«Par contre, en matière d'intégration des systèmes, comme pour la productivité, réduire les coûts ou hausser les ventes grâce à une meilleure relation avec le client, c'est là qu'il y a une certaine lacune», dit M. Lacroix, qui mentionne un exemple qui ne viendrait pas à l'idée de tous: le salon de coiffure.
«Il y a quatre ans, certains disaient que tout le monde devait vendre en ligne alors qu'aujourd'hui, je ne suis pas certain que ce soit le cas pour beaucoup. Mais je reste persuadé qu'en levant le capot d'une entreprise, on peut trouver des endroits où Internet lui permettrait d'être plus efficace. Même pour un salon de coiffure. Pensons à sa façon de s'approvisionner: passe-t-il par deux intermédiaires? Et pourquoi ne pas construire une base de données pour envoyer un courriel à la dame qui n'est pas venue pour une teinture depuis trois mois alors qu'elle venait jadis aux trois semaines?»
Vos réactions
Aucun commentaire ... soyez le premier !

