Laurier-Dorion - Les immigrants n'ont pas voté pour le PQ
Mots clés : immigrants
L'issue de l'élection a donné lieu à une interprétation hâtive
Si le Parti québécois a soutiré aux libéraux la circonscription de Laurier-Dorion lors des élections partielles de lundi, ce n'est pas parce qu'il a réussi une percée auprès des Québécois issus de l'immigration. Les électeurs du quartier multiethnique de Parc Extension ont voté à 83 % pour les libéraux, comparativement à 9 % pour le PQ. L'appui péquiste est plutôt venu de Villeray, la portion francophone de ce comté.Ainsi, les données du Directeur général des élections ne donnent pas raison aux prétentions de Bernard Landry qui, au moment de la victoire de sa collègue Elsie Lefebvre, parlait d'une «avancée certaine» auprès des communautés culturelles. «Après avoir rêvé d'un appui substantiel des immigrants, il est là. Le PQ n'est plus seulement à l'est de la rue Saint-Laurent. C'est la clé de l'avenir et d'une réélection», avait alors commenté M. Landry.
Malgré les faits, la nouvelle députée continuait de marteler hier que le PQ a fait des gains déterminants pour son avenir. «C'est un tournant. On a réussi à ébranler des assises solides chez les Québécois issus de l'immigration. Les principes progressistes du Parti québécois pénètrent maintenant cette faction de l'électorat qui, auparavant, restait froide à nos idées», a soutenu Mme Lefebvre.
Le directeur de campagne de la jeune députée de 25 ans, Nicolas Brisson, a également fait valoir que les résultats du PQ ont triplé dans Parc Extension depuis les dernières élections générales, en avril 2003, passant de 2,47 % à 9 %. Or le nombre d'électeurs qui s'étaient prévalus de leur droit de vote en 2003 était beaucoup plus élevé, faussant peut-être ainsi l'interprétation péquiste. Lundi, les électeurs de Laurier-Dorion se sont rendus aux urnes dans une proportion de 35 %, comparativement à 64 % au scrutin général d'il y a 18 mois. Et dans le seul quartier Parc Extension, le taux de participation s'est établi à 27 % lundi.
«L'onde de vote est encore inférieure à ce qu'on pouvait penser dans Parc Extension, mais ça s'en vient. On a trois ans pour consolider ces appuis et les transposer en votes pour les prochaines élections», a précisé M. Brisson, qui croit que les enfants de la loi 101 peuvent faire la différence.
Toujours sur l'adrénaline des dernières semaines, M. Brisson a ajouté, de façon quelque peu enflammée: «Les immigrants ont besoin d'une députée social-démocrate qui pense que c'est important que les immigrants aient leur place au Québec, qu'il y ait des cours de francisation pour se trouver un emploi et que leurs compétences soient reconnues. Les libéraux ne font rien. Depuis un an, ils ont coupé 45 classes en francisation et il y a 900 immigrants qui sont sur le carreau. Ces gens-là votaient libéral massivement et ils se faisaient fourrer. C'est ça qu'on est allés leur dire.»
De son côté, l'organisateur en chef des libéraux, Benoît Savard, ne croit pas qu'il faille voir un vote de mécontentement derrière les résultats. Mais il est conscient que «le vote d'appui au gouvernement ne s'est pas manifesté non plus».
Si M. Savard reconnaît que la machine péquiste a mobilisé ses partisans et fait «sortir le vote» dans Villeray, il ne voit pas d'ouverture du côté des immigrants. «Il n'y a pas eu de gros virage. Chez les communautés culturelles, on a toujours la cote. Le problème, c'est qu'elles ne sont pas allées voter en aussi grand nombre qu'on l'aurait souhaité. [...] Le message péquiste [selon lequel] les libéraux tiennent pour acquis les immigrants n'a pas eu nécessairement d'effet pour inciter à voter pour le PQ, mais ç'a peut-être encouragé une certaine abstention», a avancé M. Savard.
Pour la députée de Laurier-Dorion, l'abstention de beaucoup d'immigrants est un signal important. «Ils ne sont pas encore prêts à voter pour le Parti québécois mais ils sont réceptifs à nos idées. On les a ébranlés assez pour qu'ils n'aillent plus voter automatiquement pour le Parti libéral. Le vrai travail commence aujourd'hui», a lancé Elsie Lefebvre.
La nouvelle députée a aussi affirmé que les libéraux ont été complètement balayés du coeur de Villeray. Mme Lefebvre et son organisateur croient que les élections fédérales de juin dernier ont donné un élan aux souverainistes pour aller voter. Après avoir réduit la majorité du libéral Pierre Pettigrew à moins de 500 voix, «ils ont réalisé qu'il est possible de changer les choses», a laissé tomber M. Brisson.
C'est une hypothèse, sans plus, selon Benoît Savard. Tout comme il se montre sceptique devant un certain ressac consécutif au départ, en juin, du libéral Christos Sirros. Après 23 ans comme député, M. Sirros, identifié à l'aile gauche du PLQ, n'avait pas été invité à se joindre au conseil des ministres. Qu'il y ait eu une certaine déception dans la circonscription n'explique pas la victoire péquiste, selon M. Savard. «On assume le verdict. On ne se défile pas: ça ne peut pas être la faute de tout le monde autour. Mais une partielle, ce n'est jamais un moment agréable pour un gouvernement», conclut-il.
Vos réactions
Pas étonnant qu'on leur fasse peur. - par Marie-France Legault (mfy.legault@videotron.ca)
Le lundi 04 octobre 2004 12:00
Enfin! - par Dominic Claveau (claveaudominic@yahoo.com)
Le mercredi 22 septembre 2004 11:00

