Ottawa lance l'opération dégraissage
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Première étape: la vente d'immeubles fédéraux pour trois milliards
Ottawa -- Le gouvernement fédéral a beau afficher d'importants surplus budgétaires année après année, Ottawa a tout de même concrètement lancé hier son opération de dégraissage, soit un vaste plan qui vise à économiser 12 milliards de dollars d'ici cinq ans. Première étape: la vente d'éléments d'actif. Le gouvernement du Canada entend se départir de la majorité de ses 365 édifices pour une somme maximale d'environ trois milliards de dollars. Le Devoir a appris que le ministre des Travaux publics, Scott Brison, sera d'ailleurs à Montréal aujourd'hui pour expliquer ce plan à des hommes d'affaires triés sur le volet lors d'une allocution privée au chic Club Saint-James.«Le ministère [des Travaux publics] gère les locaux de bureaux d'environ 250 000 fonctionnaires, soit l'un des portefeuilles immobiliers les plus importants et les plus diversifiés du pays, explique Scott Brison. Le gouvernement fédéral est le plus grand administrateur de bureaux au Canada, avec plus de 6,7 millions de mètres carrés. Je ne sais pas exactement ce que cela représente, mais c'est probablement trop.»
Il reste encore des analyses à mener, dit-il, puisqu'il veut «prendre le temps de consulter les fonctionnaires et les entreprises privées», mais son idée semble déjà faite. «En vérité, la mission première du gouvernement n'est pas d'être propriétaire foncier, ce n'est pas son rôle de toute façon, soutient-il. Des études démontrent que nous dépensons plus d'argent pour l'exploitation de nos immeubles et que nous disposons de plus d'espace par employé que la moyenne des entreprises privées. Nous ne sommes tout simplement pas aussi efficaces. Il serait possible d'économiser dans ce domaine auquel nous consacrons trois milliards de dollars chaque année. Pourquoi ne pas tenter d'économiser 10 % par année en revoyant nos méthodes?»
Une source près du dossier a confirmé que la vente de propriétés ne concerne que les immeubles de bureaux et que les édifices de grande valeur ou stratégiques, comme les bâtiments du Parlement et les bases militaires, ne sont pas visés par ce plan. Par contre, toutes les provinces sont concernées, ce qui représente 49 bâtiments au Québec.
Plusieurs hommes d'affaires québécois auront d'ailleurs la chance d'entendre le ministre Brison en privé à ce sujet aujourd'hui au très exclusif Club Saint-James, au centre-ville de Montréal. Les médias et le public ne sont pas invités, a-t-on précisé au bureau du ministre. Celui-ci doit expliquer les grandes lignes de son plan, et il y a fort à parier que d'éventuels investisseurs immobiliers seront au rendez-vous.
Le gouvernement dit s'inspirer d'autres pays, comme les États-Unis et l'Australie, qui ont emprunté le même chemin il y a quelques années. Même dans le secteur privé, la mode est à la vente des immeubles alors que de grandes entreprises comme Bell et la Banque Royale se départent de leurs édifices pour se concentrer sur leur mission première.
D'ailleurs, tant le gouvernement que les nouveaux acheteurs seront gagnants dans ces transactions, estime Louis Burgos, vice-président principal chez le courtier immobilier Royal Lepage. «L'argent que tu possèdes dans l'immobilier, tu ne peux pas l'utiliser ailleurs, il est gelé, souligne-t-il. Il y a un moyen plus souple d'en profiter, et c'est en vendant les édifices.»
Selon lui, le gouvernement n'aura aucun mal à trouver preneur. «Parmi ces 365 immeubles, certains sont en meilleur état que d'autres, mais en général, on peut dire que c'est très attrayant pour les investisseurs. La demande sera forte puisque c'est un investissement sans risque. Les baux à long terme que signera le gouvernement vont garantir un loyer fixe pendant 15 ou 20 ans. Et le gouvernement ne devrait pas payer trop cher puisque ces baux sont stables et que le prix des loyers est avantageux quand c'est à long terme.»
Le Bloc québécois et le NPD n'en sont pas si sûrs, critiquant la hâte du gouvernement alors qu'il nage dans les surplus. «Dans un contexte où le Conference Board du Canada lui-même nous parle de surplus qui pourraient s'élever à quelque 166 milliards d'ici 2014-15, le ministre [Brison] doit nous expliquer en quoi une telle démarche est nécessaire et surtout en quoi l'intérêt public sera servi à moyen et long terme avec une telle vente», a soutenu la députée bloquiste Louise Thibault, critique de son parti en matière de travaux publics.
Trouver 12 milliards en cinq ans
La vente de plusieurs édifices gouvernementaux n'est pourtant que le début d'un vaste programme de contrôle des dépenses. Ottawa cherche activement à économiser près de 12 milliards d'ici cinq ans, soit plus de deux milliards par année qui seront réinvestis dans les priorités du gouvernement. Scott Brison n'a d'ailleurs pas manqué de souligner que l'argent ainsi récupéré pourrait servir dans d'autres domaines, notamment la santé.
Le conseil des ministres en a fait une priorité au point de créer deux comités pour étudier les endroits et les façons de couper. Le plus important de ces deux comités est dirigé par le ministre du Revenu, John McCallum, et l'autre est chapeauté par la vice-première ministre, Anne McLellan.
Près de 30 ministères et agences ont reçu une lettre leur enjoignant de définir leurs priorités de dépenses, en plus d'indiquer les montants qui peuvent être économisés dans les autres secteurs non prioritaires.
En entrevue au Devoir, John McCallum confirme que le gouvernement a besoin de ces milliards pour réaliser les promesses électorales de Paul Martin. «On a fait des promesses en santé, pour les villes, pour les garderies, et ça nous prend de l'argent pour les réaliser», a-t-il souligné. L'entente sur la santé avec les provinces a d'ailleurs coûté plusieurs milliards de plus que prévu et force la main du gouvernement, dit-il.
La vente des immeubles fédéraux est qualifiée d'«innovatrice» par le ministre McCallum, qui avoue que ce plan du ministère des Travaux publics est la première étape d'un long processus déjà en marche. D'autres mesures suivront, et John McCallum ne rejette rien, y compris des partenariats public-privé. «C'est certainement possible, je n'applique pas une idéologie particulière, lance-t-il. Si on peut donner plus de services en partenariat avec le privé, on va le faire. Si c'est efficace et que les coûts sont inférieurs, peu importe qui donne le service.»
Évidemment, l'opération de dégraissage ne fait pas que des heureux. Plusieurs fonctionnaires grincent des dents et avouent que «ça va faire mal dans certains secteurs». John McCallum en convient, mais il ne reculera pas. «Je veux insister sur une chose: ce ne sont pas des coupes nettes comme en 1995, chaque dollar épargné ira ailleurs, soutient-il. Mais c'est vrai que certains services devront réduire leurs dépenses et que ce n'est pas nécessairement populaire. Ils devront quand même coopérer car nous sommes déterminés à aller de l'avant.»
Les deux comités du conseil des ministres veulent «agir rapidement» et avoir les plans de réduction de dépenses avant Noël. «On a besoin de l'argent pour le prochain budget, en février», souligne John McCallum.
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Quoi! - par Marc-André Morency
Le mercredi 22 septembre 2004 22:00

