Les secours seront difficiles à acheminer aux Gonaïves

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AFP
Édition du mercredi 22 septembre 2004

Mots clés : ouragan, karl, jeanne

Jeanne a fait plus de 700 morts en Haïti

Sur cette photo satellite prise hier, on aperçoit l'ouragan Jeanne qui s'éloigne d'Haïti tandis que la tempête tropicale Karl s'avance.   Localisée à quelque 1700 kilomètres à l'est des petites Antilles, Karl devrait se diriger vers le nord-est, épargnant les terres.

Photo: Agence Reuters

Le bilan catastrophique provoqué par la tempête tropicale Jeanne à Haïti a dépassé hier les 700 morts, dont 600 aux Gonaïves, suscitant la mobilisation de la communauté internationale pour venir en aide aux 170 000 personnes touchées par les inondations. «Je crains que ces chiffres ne continuent d'augmenter alors que des zones restent encore inaccessibles», a déclaré Hans Havic, de la Fédération internationale des Croix-Rouges. «Il y a beaucoup de villages que nous ne pouvons pas atteindre, et je crains de mauvaises surprises dans les jours et les semaines qui viennent», a-t-il dit à l'AFP.

Port-au-Prince -- En temps ordinaire, la ville des Gonaïves peut être atteinte de Port-au-Prince après une journée de mauvaise route. Depuis le week-end dernier, les inondations ont encore accru la difficulté, coupant en plusieurs endroits la voie.

L'acheminement des secours aux dizaines de milliers de personnes victimes des pluies torrentielles ayant accompagné la tempête tropicale Jeanne risque d'être particulièrement ardu pour les organisations humanitaires. Sans parler des conditions de sécurité qui se sont dégradées au cours des derniers mois en dépit du déploiement d'une force de près de 3000 Casques bleus.

«De nombreuses personnes sont exposées aujourd'hui à la famine et aux épidémies», a déclaré le responsable du Programme alimentaire mondial, Guy Gauvreau.

La ville des Gonaïves, qui compte 200 000 habitants et est située à 170 km au nord de Port-au-Prince, est depuis trois jours sous les eaux. Selon des témoins, même les constructions de plus de trois mètres de haut sont inondées. Tout a été emporté par les eaux en furie et de nombreux habitants n'ont dû leur salut qu'en se hissant sur le toit de ce qui reste de leurs maisons.

Depuis le week-end dernier, ils y dorment à la belle étoile.

Luc Saint-Fleur, un fonctionnaire du ministère haïtien des Affaires étrangères, déplore la disparition de cinq membres de sa famille, notamment son père et l'une de ses soeurs. Sa mère, emportée par les eaux, a été sauvée de justesse. Elle bénéficie actuellement de soins dans un hôpital de la ville voisine de Saint-Marc.

Quand il a témoigné, des sanglots dans la voix, sur une radio de Port-au-Prince, Luc Saint-Fleur a prié les responsables gouvernementaux et les organisations non gouvernementales d'aider directement les personnes sinistrées et d'éviter les complications d'une distribution de l'aide trop bureaucratique.

«La population ne peut pas attendre», a-t-il dit, à l'instar de nombreux autres témoins ou proches de victimes ayant lancé des cris d'alarme et des appels à l'aide.

Lundi, le premier ministre haïtien Gérard Latortue, lui-même originaire des Gonaïves, a déclaré la ville zone sinistrée, comme toute la région nord d'Haïti. Il a pu survoler lundi les Gonaïves à bord d'un hélicoptère de l'ONU.

Selon la Protection civile, plus de 167 000 personnes sont dans une situation difficile, sans eau, sans électricité, sans nourriture.

Les organisations humanitaires qui tentent de secourir les sinistrés parlent de catastrophe pire que des tremblements de terre.

De New York, où il participe à l'Assemblée générale de l'ONU, le président provisoire haïtien Boniface Alexandre a lancé un appel à l'aide internationale, invitant les Haïtiens à la solidarité envers les nombreuses victimes. Trois journées de deuil national ont été décrétées par les autorités.

Le dernier bilan provisoire des victimes fait état d'au moins 709 morts, dont 600 dans la seule ville des Gonaïves. Un bilan forcément incomplet en raison des difficultés d'accès aux zones touchées.

Joint par téléphone, un fonctionnaire de la morgue des Gonaïves parle d'une abondance de cadavres en décomposition. L'air est devenu irrespirable, les morgues publiques comme privées sont pleines et ne savent plus où entreposer les corps, indique-t-il.

D'autres villes du nord et du nord-ouest sont aussi sévèrement touchées par les inondations. Cinquante-six morts ont ainsi été recensés à Port-de-Paix (nord-ouest).


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