Opinion

La mise en scène de la mort du FFM

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Rock Demers, Producteur*

Édition du mercredi 22 septembre 2004

Mots clés :

Lettre adressée à Liza Frulla, ministre du Patrimoine canadien, et à Line Beauchamp, ministre de la Culture et des Communications du Québec

Mesdames les ministres,

Nous, signataires de la présente lettre, faisons partie du milieu cinématographique depuis cinq ans, dix ans, vingt ans, quarante ans et plus. Nous exerçons la profession de réalisation, production, distribution, interprétation.

Au cours de notre carrière, nous avons à quelques reprises été témoins de dissensions, de sévères remises en question dans notre milieu, mais rarement de la gravité de celle dont le Festival des films du monde (FFM) vient d'être victime.

Cette mise en scène du «rapport Secor» est tellement grossière, tellement arrangée avec le «gars des vues», que, dès les premiers échos, les intentions étaient évidentes: nuire le plus possible au FFM. Quel jeu de vouloir se cacher derrière une étude objective des quatre grands festivals canadiens pour mieux tenter de détruire le seul FFM! Ces quatre festivals sont des milieux géographiques si différents de vocation et de portée si différente qu'on ne peut en aucune façon les comparer. Et pourquoi la SODEC aurait-elle besoin d'investir de l'argent dans une étude comprenant les festivals de Halifax, de Toronto, de Vancouver?

La grossièreté de la mise en scène est surprenante: annonce du contenu partiel du «commandité rapport Secor» un mois avant le FFM et tout juste au moment de la conférence de presse annonçant la programmation (alors que la direction à cette étape doit consacrer toutes ses énergies à la tenue de la manifestation); annonce du film d'ouverture du Festival «dit» du nouveau cinéma le jour de l'ouverture du FFM; annonce du film de clôture du Festival «dit» du nouveau cinéma le jour de clôture du FFM; annonce de l'échéancier de présentation du «cahier de charges» le lendemain du jour de clôture du FFM avec un délai ridiculement court de prise de décision (alors que l'équipe de direction sort épuisée de l'événement qui se termine) mais en permettant l'annonce de l'heureux élu vers la période de la tenue du Festival «dit» du nouveau cinéma. Que de coïncidences! Comment s'empêcher de penser que les dés sont pipés?

«Cahier de charges»! Quel bureaucrate a eu l'idée d'une expression si inappropriée? Pourquoi demanderait-on aux organisateurs d'un festival de remplir un «cahier de charges»... où que ce soit dans le reste du Canada ou ailleurs dans le monde? Va-t-on demander à un musée, à un orchestre symphonique, à une cinémathèque, existant depuis 10, 20, 30, 40 ans, de remplir un «cahier de charges»? Et de se mettre en ligne avec des «aspirants»? Va-t-on soumettre des institutions culturelles bien implantées et connues au même processus décisionnel que s'il s'agissait d'accorder un contrat pour la construction d'un pont ou d'un bout de route? Va-t-on sous peu demander à ceux qui requièrent l'aide d'une institution gouvernementale pour créer un film, un roman, une symphonie, de remplir un «cahier de charges»?

27 ans d'opacité?

Le FFM est un organisme créé de toutes pièces il y a 28 ans et qui a évolué (et continue d'évoluer) en fonction du développement international de notre industrie, de la multiplication effarante des festivals en tout genre, même en un endroit géographique aussi exigu que Montréal, qui compte maintenant plus d'une dizaine de festivals de cinéma, chacun recherchant des exclusivités.

Et cette question de «transparence»... Téléfilm et SODEC seraient-elles coupables d'avoir attendu 27 ans pour se rendre compte qu'elles subventionnaient un événement dont les organisateurs étaient «opaques»? La firme de vérification Raymond Chabot Grant Thornton, laquelle produit les bilans financiers du FFM depuis 23 ans, serait-elle complice de bilans faux ou incomplets? Et Pierre Goyette, le président du festival depuis les tout débuts, ne jouit-il pas d'une excellente réputation?

Depuis quand peut-on oser affirmer qu'un festival qui incarnerait une «autre façon de penser et de faire» serait nécessairement innovateur? Franchement!

Puissiez-vous, Mmes les ministres, faire en sorte que l'organisme dont vous êtes chacune responsable continue d'appuyer financièrement et généreusement le plus important événement cinématographique québécois qu'est le Festival des films du monde.

Heureusement que le maire Gérald Tremblay, lors de sa réception habituelle en plein milieu du festival, a déclaré sans ambages qu'il appuyait et allait continuer d'appuyer cette manifestation d'envergure internationale, si précieuse pour le public québécois.

Et nous, les signataires de cette lettre, nous engageons à travailler avec la direction du FFM pour faire en sorte que s'atténuent les principaux irritants ou malentendus en ce qui concerne l'accueil et la relation avec certains intervenants de notre milieu et des médias.

En toute sincérité et amour du cinéma.

* Lettre appuyée par:

Céline Bonnier, comédienne

Daniel Bouchard, distributeur

Roy Dupuis, comédien

Mario Fortin, cinéma Beaubien

Claude Fournier, réalisateur

Jean Gagné, cinéaste

Serge Gagné, cinéaste et producteur

André Lafond, distributeur

André Link

Marie-Josée Raymond, productrice

Nicole Robert, productrice


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