Santé: Seulement une question d'argent?
Mots clés : financement
II faut plus d'argent pour la santé (la santé, êtes-vous sûrs?). On a donc discuté de millions, de millions de millions. C'est présumer que nous réglerons nos problèmes avec de l'argent. Ce n'est jamais faux, remarquez. Mais on n'aura jamais assez d'argent. On pourrait essayer de changer de perspective, se mettre à penser à prévenir les maladies pour en avoir moins à soigner... C'est simpliste, vous dites? Mais l'autre approche, vous la trouvez efficace? Le système hospitalier est en crise, et pas seulement au Québec. Les hôpitaux étouffent, tout le monde le dit, ce ne serait donc qu'une question d'argent. My, que cela me soulage!
Allez revoir le rapport Erasmus-Dussault pour vous rafraîchir la mémoire (www.ainc-inac.gc.ca/ch/rcap/rpt/
index_f.html). Entendre dire que leurs problèmes de santé sont intolérables... quoi, c'est nouveau? J'ai surtout eu le sentiment qu'on se donnait bonne conscience. Bon, ça va avec quelques millions, la bonne conscience, parce qu'on est là pour discuter d'argent. Je sais qu'ils ont tous travaillé fort, ces hommes qui parlent pour nous. J'ai beau me gronder, je n'arrive pas à croire qu'ils veulent autre chose que de l'argent et que leurs luttes de pouvoir ont mon bien-être pour finalité.
Subordonner la santé à l'argent, c'est être concret, pratique, n'est-ce pas? Il faut bien calculer; c'est beau, les idées, mais ça s'incarne. Alors, des chiffres, ils en ont tellement donné qu'on ne peut pas leur reprocher de ne pas être réalistes... Mais ne pensez-vous pas comme moi qu'ils vont toujours se plaindre de l'énormité des besoins -- et les besoins, est-ce vous et moi? Est-ce la gourmandise de l'industrie pharmaceutique? Est-ce l'engouement pour des machines dispendieuses? Bon, on pourrait continuer, ajouter le béton, les salaires, et on ne finirait jamais, mais parle-t-on encore de santé? Expliquez-moi pourquoi on dit «santé» quand on parle de maladies! Parfois, je pense que c'est moi qui n'ai pas le bon dictionnaire...
Non, ce n'est ni trivial ni innocent, comme remarque. Pensez-y une seconde: si on se met à parler de la santé... on a partout des machines distributrices d'omégas 3, de fruits et de légumes, on invite Servan-Schreiber, qui était de passage ici cette semaine, à venir à l'école répandre ses idées, ou encore Daniel Dufour, qui viendra bientôt donner une conférence-midi au bureau... Il n'y a jamais d'argent pour ça, c'est bizarre...
Toute la concentration des efforts étant orientée vers la cure, l'argent file. On dit que la population vieillit, sous-entendant qu'il est inévitable qu'elle soit davantage malade. Et ils ne voient pas le moyen de faire autre chose qu'une campagne de pub pour nous reprocher notre sédentarité! Deux millions de dollars, quel gaspillage! L'école nous assoit pendant douze ans minimum, le bureau nous garde assis, et c'est à moi qu'on dit: «Tu ne bouges pas assez, ma vieille!» Il ne leur passerait pas par l'esprit que l'école pourrait m'apprendre la santé par l'exemple? Que le monde du travail -- et le gouvernement lui-même -- pourrait intégrer de manière novatrice une conception de l'hygiène qui gouvernerait la santé?
La santé, pas la maladie pour laquelle ils paient des sommes considérables chaque année. «Un bon patron préfère perdre de l'argent que donner de l'argent», selon le bon mot du dessinateur Wolinski (dans Les Socialos). Donner de l'argent pour la santé (pas perdre de l'argent avec la caisse d'assurance ou les jours de maladie!), mission impossible?
Puisque l'hôpital est la quintessence du système de santé, le lieu qui cristallise notre philosophie de soins, examinons-le un instant. L'hôpital est un endroit dangereux et malsain où, malgré la meilleure compétence et la meilleure volonté du monde, on mange des mets rethermalisés. Il n'y a pas de limites à l'absurdité, quand je pense que les diététistes cautionnent ça! Au nom de l'argent, toujours! À l'hôpital, on meurt dans l'indignité, on est tué par des maladies contagieuses, on pollue l'environnement.
À l'ère des boîtes vocales et des courriels, la communication entre intervenants d'un établissement à l'autre est déficiente. Le personnel hospitalier est malmené: les médecins font du surmenage professionnel, les infirmières désertent ou font des heures supplémentaires. En 2001, le ministère de la Santé estimait que 41 % des heures d'absence du personnel étaient attribuables à des troubles de santé mentale.
Vous êtes sûrs que c'est seulement une question d'argent? Vous me dites qu'on a besoin de nouveaux hôpitaux spécialisés et que c'est très cher, plus de un milliard de dollars par hôpital? Les nouveaux hôpitaux effaceront les problèmes des hôpitaux d'aujourd'hui? Heureusement que le gouvernement s'en occupe! Moi, je vais continuer de payer. Et je vais payer aussi pour ma santé, je ne sais plus à quelle vitesse je suis rendue, mais je ferai mon possible pour la garder...
***
Reçu: Nous sommes toutes des déesses, Sophie d'Oriona, Éditions de l'Homme, 22,95 $. Un portrait succinct des déesses de la mythologie pour en trouver une à notre image, dans une perspective jungienne... Le bon Carl doit se bidonner là-haut mais, pour nous, cela n'est pas sans intérêt et, en plus, c'est divertissant.
vallieca@hotmail.com
Vos réactions
Aucun commentaire ... soyez le premier !

