Couche-Tard prépare d'autres acquisitions

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Claude Turcotte
Édition du jeudi 09 septembre 2004

Mots clés :

Les deux grandes priorités du groupe sont l'intégration et le développement, surtout aux États-Unis

Alimentation Couche-Tard n'a pas encore complètement digéré l'énorme acquisition de plus de 2200 magasins du Groupe américain Circle K pour un milliard de dollars canadiens que ses dirigeants sont déjà en train de considérer plusieurs autres projets d'acquisition, qui sont toutefois pour l'instant d'une ampleur nettement plus modeste.

Photo: Jacques Nadeau

Alimentation Couche-Tard n'a pas encore complètement digéré l'énorme acquisition de plus de 2200 magasins du Groupe américain Circle K pour un milliard de dollars canadiens, que ses dirigeants sont déjà en train de considérer plusieurs autres projets d'acquisition, qui sont toutefois pour l'instant d'une ampleur nettement plus modeste. «Rien de plus gros que 100 magasins», a précisé Alain Bouchard, président du conseil et chef de la direction de cette chaîne, dont il est le fondateur.

«Mais nous nous sentons assez confortables pour envisager une acquisition beaucoup plus grosse», s'est-il empressé d'ajouter devant les journalistes, à l'issue de l'assemblée annuelle des actionnaires. Les deux grandes priorités de Couche-Tard sont tout simplement l'intégration et le développement. Et cela se fera surtout aux États-Unis dans l'avenir immédiat, où Couche-Tard est présentement «le seul joueur actif dans le domaine de la consolidation». Il y a 134 000 dépanneurs aux États-Unis et seulement 24 % appartiennent à de grandes chaînes. Le reste appartient à des indépendants ou à des entreprises familiales.

Couche-Tard est également en pourparlers avec de grandes sociétés pétrolières, lesquelles envoient clairement des messages montrant leur intention de se retirer des activités de détail. Or Couche-Tard a de nombreux magasins qui offrent aussi la vente d'essence. Il vient du reste tout juste d'acheter (la semaine dernière) de Shell, en Arizona, 22 sites pour 33 millions $US. Les produits pétroliers comptent présentement pour 17 % de sa marge brute totale. Enfin, il y a des projets de développement dans d'autres pays sous la bannière Circle K.

Avec les 1663 magasins de l'entreprise et les 627 franchisés et affiliés acquis de Circle K, Couche-Tard a pu ainsi doubler la taille de son réseau pour la troisième fois en sept ans. Il regroupe présentement 4920 magasins et 3100 points de vente de carburant. Il y a en outre 4000 magasins sous licence dans sept autres régions, soit au Japon, à Taïwan, à Hong Kong, en Chine, à Guam, en Indonésie et au Mexique. Chaque semaine, 25 millions de clients passent dans les magasins de Couche-Tard.

Des revenus qui triplent

Avec l'acquisition de Circle K, les résultats du premier trimestre de cette année montrent que les revenus et le bénéfice net ont également triplé, «une performance record», affirme Richard Fortin, vice-président exécutif et chef de la direction financière. Le chiffre d'affaires a été de 2,49 milliards, en comparaison de 880 millions au trimestre correspondant de l'an dernier, soit une hausse de 182,8 % ou de 1,61 milliard, dont 1,42 milliard provient de Circle K. En fait, Couche-Tard a obtenu 76,3 % de ses revenus aux États-Unis, comparativement à 40,6 % au premier trimestre de 2003. Le bénéfice net s'est accru de 190 % pour atteindre 66,4 millions, soit 66 cents l'action, comparativement à 22,9 millions ou 27 cents l'action au trimestre correspondant de l'an dernier.

Pendant le trimestre, 26,5 millions ont été investis dans l'ouverture de 12 magasins et de cinq restaurants et dans le déploiement du concept Stratégie 2000 dans 36 magasins. Par ailleurs, la dette portant intérêts a été ramenée à 702,4 millions, en comparaison de 730,5 millions au terme de l'exercice précédent. Les capitaux propres se sont accrus de 8,6 % pour atteindre 808 millions. Le coefficient de la dette totale à intérêts sur la capitalisation totale est passé à 34 %, alors qu'il était de 41 % en avril 2004. «Nous avons rempli notre promesse faite aux milieux financiers», a conclu M. Fortin.

Pour sa part, M. Bouchard, dans son allocution aux actionnaires, s'est montré très cinglant à l'endroit de Stephen Jarislowski, qui avait reproché à Couche-Tard d'avoir eu recours à un financement privé pour financer son acquisition de Circle K. Il accuse carrément M. Jarislowski d'avoir commis une erreur de jugement. Il affirme que toutes les précautions avaient été prises pour que ce soit fait de façon correcte et légale. Il fallait avoir recours à ce placement privé, sans quoi il n'y aurait pas eu de transaction. Aux journalistes, il a fait valoir qu'il valait «mieux obtenir un financement avant la transaction plutôt que de s'en remettre après coup au marché qui nous voit venir».

Depuis l'acquisition, des synergies de 22,7 millions ont été réalisées, dont 15 % provenant de meilleures conditions d'approvisionnement et 85 % de la réduction des coûts d'exploitation. Cette année, l'objectif de synergies de 50 millions sera vraisemblablement dépassé.

Malgré tous ces résultats qui réjouissent les actionnaires, ceux-ci devront encore patienter avant de recevoir un dividende sur leurs actions. Couche-Tard n'en a jamais payé! M. Bouchard a mentionné que le sujet a été discuté récemment au conseil d'administration et qu'il se pourrait que, d'ici quelques années, un dividende soit versé. Mais, en conférence de presse, il a précisé que ce sera certainement un dividende minime, expliquant qu'il est préférable de garder cet argent à des fins de développement. En réalité, les actionnaires ont été comblés par l'accroissement de la valeur du titre, soit un rendement annuel de 36,9 % depuis cinq ans. Une personne qui aurait investi 11 500 $ dans les actions de Couche-Tard le 30 avril 1993 aurait aujourd'hui une valeur de 1,6 million.

Enfin, certains se demandent quand Couche-Tard éliminera son régime de deux catégories d'action, l'une à droit de vote simple, l'autre à droit de votes multiples, détenus essentiellement par les quatre principaux dirigeants. Ce n'est pas demain la veille, puisque ceux-ci ont fait inscrire dans la charte de l'entreprise une clause stipulant qu'il n'y aura une seule catégorie que lorsque le plus jeune d'entre eux aura atteint l'âge de 65 ans, ce qui ne surviendra que dans 17 ans.


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