Les Beatles à Las Vegas, façon Cirque du Soleil

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Stéphane Baillargeon
Édition du mercredi 08 septembre 2004

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La première du spectacle de Robert Lepage est de nouveau reportée

La fabuleuse affaire est dans la poche: après des années de patientes et laborieuses tractations, le Cirque du Soleil va bel et bien pouvoir créer un spectacle original entièrement organisé autour d'une anthologie des meilleures chansons des Beatles. La production aboutira dans une salle permanente de Las Vegas en 2006.

Par contre, la première du spectacle, dirigé par Robert Lepage à Las Vegas, doit encore une fois être reportée. L'imposante machinerie de scène ne fonctionne toujours pas comme souhaité.

La compagnie montréalaise a avantageusement conclu la négociation des ententes nécessaires avec les deux membres du groupe toujours vivants (Paul McCartney et Ringo Starr), les ayants-droit des deux disparus (John Lennon et George Harrison) et la compagnie de disques Apple. La haute direction de l'entreprise britannique sera d'ailleurs au Québec au cours des prochains jours pour rencontrer l'équipe de production du Beatles Show sur lequel planchent des dizaines d'employés au quartier général, dans le quartier Saint-Michel.

L'accord, arraché après de longs et difficiles marchandages, autorise les créateurs du Cirque du Soleil (CS) à piger dans le très riche catalogue du plus célèbre band de l'histoire du rock. Mieux, toujours selon les informations obtenues par Le Devoir, le CS a également obtenu l'autorisation de remixer à volonté les extraits musicaux. Les Beatles n'avaient jamais autorisé l'échantillonnage de leurs oeuvres jusqu'ici.

Guy Laliberté, fondateur du CS, comptait parmi les amis personnels de George Harrisson. Le projet spectaculaire initial, ébauché au tournant de la décennie, oscillait autour d'une dérive scénique inspirée du seul dessin animé, Yellow Submarine. Les concepteurs veulent au contraire s'éloigner de l'univers psychédélique de cette oeuvre très typée (et datée) au profit d'une production en équilibre entre la nostalgie des années 60 et l'esthétique contemporaine du Cirque du Soleil.

L'hommage circacien est dirigé par le metteur en scène montréalais Dominic Champagne. On lui doit déjà deux spectacles du CS, soit Varekai, toujours en tournée nord-américaine, et Zumanity, une proposition érotico-chic codirigée avec René Richard Cyr.

Après avoir rêvé de le présenter à Londres, où il devait en toute logique aboutir, le CS a finalement décidé de monter sa nouvelle création autour du groupe britannique à Las Vegas, en 2006. L'an prochain, la compagnie lancera une autre création, destinée à la tournée. Celle-ci sera dirigée par le Suisse Daniele Dinzi Pasqua, qui s'est fait la main aux arts de la piste avec les deux dernières productions du Cirque Éloize, l'autre importante compagnie du milieu du cirque canadien.

Selon les informations obtenues, le show musical sera offert dans la salle du casino MGM Mirage, spécialement rénové pour l'occasion, avec l'ajout d'un imposant système de projections visuelles et sonores. Ce complexe a longtemps proposé un spectacle de dressage de tigres (Siegfried & Roy) jusqu'à ce que le dresseur-vedette se fasse défigurer par une des bêtes, il y a deux ans. Le spectacle animalier, à l'ancienne mode, a été retiré de l'affiche immédiatement après le drame.

La relève du Soleil constituera le cinquième spectacle du cirque offert en permanence dans cette ville après O, Mystère, Zumanity et le petit dernier, dirigé par Robert Lepage. Après plusieurs semaines de retard à cause de problèmes techniques, cette création très attendue ne sera finalement pas dévoilée ces jours-ci, comme beaucoup d'observateurs s'y attendaient. Les premières représentations devant public devaient même avoir lieu au milieu de l'été.

Le CS organise un voyage de presse dans deux semaines pour calmer les rumeurs en permettant aux journalistes de constater de visu la taille himalayenne des difficultés techniques à surmonter par l'équipe de création. Le futur spectacle proposera une sorte de cabaret technologique, avec une machinerie scénique qu'un initié interviewé par Le Devoir décrit comme «la production pour la scène la plus ambitieuse de l'histoire du monde». L'affaire oscille autour d'une sorte de gigantesque globe multifonctions soutenu par un bras articulé. La mécanique originale, entièrement conçue pour l'occasion, n'a jamais fonctionné comme prévu. Plusieurs ingénieurs ont été appelés en renfort au cours des dernières semaines pour résoudre le problème.

Selon une source près de l'entreprise, l'annonce portant sur la production du Beatles Show se ferait peu après la conférence de Robert Lepage à Las Vegas. Le CS a d'ailleurs multiplié les embauches de techniciens et de collaborateurs proches du plus célèbre metteur en scène québécois pour développer le projet Beatles.

Le Cirque du Soleil refuse de commenter cette information, comme toutes les autres. En entrevue au Devoir il y a trois mois, le président et chef des opérations du CS, Daniel Lamarre, ne niait cependant pas que Dominic Champagne travaillait sur un spectacle inspiré des Beatles.


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