Robert Gillet, le repenti

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Tommy Chouinard
Édition du mercredi 08 septembre 2004

Mots clés : radio

L'animateur de radio se désiste de l'appel du verdict qu'il avait inscrit et il renonce à une poursuite civile

Robert Gillet

Photo: Presse canadienne

Des regrets, des regrets et encore des regrets. L'animateur de radio Robert Gillet a amorcé son retour sur les ondes en voulant se faire pardonner. Et retrouver du même coup les auditeurs que la station de radio de Québec a perdus depuis son arrestation, il y a 21 mois.

Québec -- L'animateur de radio Robert Gillet renonce à interjeter appel du verdict de culpabilité qui a été rendu contre lui et il abandonne la poursuite au civil qu'il avait intentée contre une jeune plaignante à l'origine des deux chefs d'accusation pour lesquels il a été acquitté.

«Je tourne la page et je vous demande de la tourner avec moi», a affirmé Robert Gillet, hier matin, lors d'un retour sur les ondes du 93,3 qui avait été annoncé à grands renforts de publicité. Or la page n'est pas tout à fait tournée. Robert Gillet maintient ses poursuites de trois millions de dollars contre des médias -- dont CHOI-FM -- et de 3,2 millions contre le procureur général, la procureure de la Couronne chargée du dossier, Geneviève Lacroix, et la police de Québec, qui, selon lui, ne l'ont pas «traité équitablement».

La station de radio de Québec, qui a mené une campagne de promotion imposante au cours des derniers jours pour annoncer le retour de Robert Gillet, commence à subir les contrecoups de sa décision. Au moins un annonceur a retiré ses publicités des ondes du 93,3, hier, après avoir reçu des plaintes de citoyens.

En finir

Au cours d'une longue déclaration qu'il a lue sur les ondes, Robert Gillet a annoncé qu'il met un terme aux procédures d'appel du verdict de culpabilité prononcé contre lui en mars dernier. L'animateur de radio a été reconnu coupable d'avoir obtenu les services sexuels d'une personne d'âge mineure moyennant rétribution. Il a été condamné à une année de probation et à 40 heures de travaux communautaires, qu'il a effectués cet été à la Fraternité Saint-Alphonse de Beauport. «Je veux en finir une fois pour toutes», a affirmé M. Gillet pour expliquer son refus de porter le jugement en appel.

Le morning-man a reconnu qu'il s'était «extrêmement mal comporté». «J'en ai honte. Je vous l'avoue: j'ai fait une erreur que je regrette amèrement. Je suis profondément désolé. Quand une personnalité publique envoie un message comme je l'ai fait, c'est inacceptable et épouvantable. J'ai vécu des remords, et ce n'est pas fini», a-t-il affirmé. Robert Gillet estime cependant qu'il a «payé plus sévèrement que quiconque ce manque de jugement».

L'animateur de radio a martelé le fait qu'il avait été «blanchi» des deux autres accusations déposées contre lui, dont celle d'agression sexuelle à l'endroit d'une jeune fille qui était âgée de 15 ans. «Il n'y a jamais eu agression sexuelle ni même relation. Cette histoire n'a jamais existé. Mais le mal est fait et le doute persistera toujours dans l'esprit de plusieurs», a-t-il dit. Quoi qu'il en soit, Robert Gillet laisse tomber sa poursuite au civil contre le père de cette jeune fille -- elle est toujours d'âge mineur -- qui a témoigné contre lui. «Puisque je vous demande de me pardonner, j'ai décidé moi-même de [lui] pardonner», a-t-il expliqué. Le pardon de Robert Gillet s'arrête cependant ici, puisque toutes les autres poursuites au civil qu'il a intentées sont maintenues.

Robert Gillet reprend le micro après 21 mois d'absence, c'est-à-dire depuis son arrestation devant les bureaux de la station, le 17 décembre 2002, dans le cadre de l'Opération Scorpion sur la prostitution juvénile.

Retrait de publicité

Ce retour de Robert Gillet a toutefois amené au moins un annonceur de la station à retirer ses publicités des ondes du 93,3, après que des citoyens se furent plaints. Il s'agit du concessionnaire automobile Langlois Volkswagen, qui a reçu une vingtaine d'appels téléphoniques et de courriels hier avant-midi seulement. «Ils pensent que notre commerce endosse ce que Robert Gillet a fait. Ce n'est pas ça du tout. Mais quand j'ai vu que ça soulevait une controverse, j'ai décidé de ne plus annoncer», a affirmé Pierre Langlois, propriétaire du commerce. Son contrat publicitaire avait été conclu en août, c'est-à-dire avant que ne soit annoncé le retour de Robert Gillet.

Au terme de sa déclaration, l'animateur de radio a diffusé une chanson de Georges Brassens, Chanson pour l'Auvergnat. Ce choix n'est certainement pas le fruit du hasard, si l'on s'attarde aux paroles: «Elle est à toi cette chanson / Toi l'étranger qui sans façon / D'un air malheureux m'as souri / Lorsque les gendarmes m'ont pris / Toi qui n'as pas applaudi quand / Les croquantes et les croquants / Tous les gens bien intentionnés / Riaient de me voir emmener.»


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