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Fragilité, oui, mais...
Pourtant, tout ne va pas mal dans le monde de la librairie. Vous citez plusieurs exemples de survie, et même de succès. On peut y ajouter d'autres exemples probants, que vous ne citez pas : notamment, la librairie Clément Morin à Trois-Rivières, avec son concept café-librairie, et aussi celle que je dirige, la Librairie René Martin à Joliette, qui vient de rénover entièrement ses locaux après s'être départie de tout le secteur des produits de bureau pour accorder plus d'espace au livre.
La question qui doit se poser est : pourquoi certaines librairies survivent et d'autres pas ? La taille de la librairie ne semble pas être le facteur déterminant, car vous citez avec raison des cas de succès de petites librairies. Je pense plutôt que la condition de survie tient d'une part à l'adéquation de la librairie avec un marché déterminé, et à la mise en oeuvre d'une gestion serrée des stocks et des ressources financières.
J'ai enseigné plusieurs années les techniques de librairie. J'ai participé depuis 25 ans à de nombreux colloques, de multiples réunions, etc. J'ai constaté que plusieurs personnes se sont lancées dans l'aventure de la librairie avec un enthousiasme évangélique, admirable sans doute, mais voué à l'échec sur le plan commercial. Parce que, malheureusement, plusieurs oublient que la librairie est un commerce, culturel bien sûr, mais un commerce quand même qui doit obéir aux impératifs économiques de tout commerce : équilibre des revenus et des dépenses, rotation acceptable des stocks, développement des ventes, etc. C'est sans doute louable de tenir salon, de faire de l'animation culturelle, mais ça ne crée pas des revenus pour payer les fournisseurs.
Et, bien sûr, la librairie est aussi un commerce culturel. Et c'est à ce titre qu'elle ne peut pas se passer du soutien de l'état pour pouvoir se permettre d'offrir aussi des livres à rotation lente. Les libraires ne demandent pas la charité. Il demandent d'abord que la Loi existante sur le commerce du livre soit tout simplement respectée à tous les échelons de la chaîne. Ils demandent aussi, de concert avec tous les intervenants du milieu scolaire et culturel, que les budgets d'achat de livres par les institutions publiques soient haussés au-dessus du niveau actuel de misère ! Il demandent enfin que soient remis sur pieds des programmes de subventions, même modestes, pour aider les libraires à rester à jour au niveau technologique, et à rafraîchir leurs locaux.
Pierre Martin, directeur général
Librairie René Martin Inc.
N.B. Fondée en 1925, la Librairie René Martin Inc. compte actuellement une vingtaine d'employés et offre à sa clientèle plus de
20 000 titres sur une surface de 5 000 pieds carrés, en plus de disques, de vidéos et de jeux.
