Un plafond?
Mots clés :
Le ministre de l'Éducation, Pierre Reid, aura beau dire que l'achat obligatoire de dictionnaires par les parents «doit cesser immédiatement»; il aura beau imposer un plafond aux frais exigés des parents, ses bonnes intentions resteront lettre morte. Ce n'est pas pur cynisme que de le dire, c'est la réalité objective à laquelle s'est buté le gouvernement péquiste qui avait adopté le même type de politique.
Que les parents du Québec qui ont couru les magasins ces derniers jours pour se procurer l'un de ces articles, dûment prescrit par leur école, lèvent la main! Et qui, dans cette mer de mains levées, savait qu'il n'avait pas à se plier à cette demande? En fait, on peut croire que même les parents siégeant aux conseils d'établissement l'ignoraient aussi.
M. Reid vient de reconduire les balises ministérielles de 1999 et celles-ci seront distribuées sous peu aux nouveaux conseils d'établissement. Mais qui veillera à ce que les conseils les respectent? Décentralisation oblige, personne. Et quel parent «ordinaire» sera assez informé de la situation pour remettre en question la liste des effets scolaires telle qu'établie par son conseil d'établissement? Pas grand monde non plus.
De toutes manières, les conseils ne semblent guère impressionnés par les directives qu'on leur soumet. Ainsi, en 2000, François Legault avait dégagé 15 millions de dollars pour réduire les frais exigés des parents. Toutes sortes de méthodes étaient possibles pour ce faire: crédit aux parents, achat de matériel par l'école elle-même, etc.
En fait, une seule méthode était déconseillée: l'envoi direct de chèques aux parents, vu son coût élevé. Mais, en dépit de toutes les mises en garde, des écoles ont opté pour cette solution. Un cauchemar pour plusieurs commissions scolaires, car les frais administratifs pour émettre ces chèques ont été plus élevés que les montants à distribuer!
Ce sont là les effets pervers de la décentralisation -- qui explique aussi l'extrême disparité entre les écoles du Québec en matière de frais --, qu'accentue une exaspération légitime au sujet des immenses besoins du réseau public. Que faire si l'école n'a pas d'argent pour les grammaires ou les dictionnaires, qui, il faut le savoir, ne relèvent pas du programme ministériel d'acquisition du matériel scolaire? On s'en passe ou on demande aux parents de fournir?
Le système repose en fait sur beaucoup d'hypocrisie. La gratuité n'existe pas, tous les parents le savent, et un plafond de principe n'y changera pas grand-chose tant que l'État ne sera pas en mesure de faire respecter ses balises et surtout tant qu'il ne financera pas adéquatement l'équipement de base de l'école publique.
jboileau@ledevoir.ca

