Opinion

Réaction au documentaire Les Enfants de la DPJ - Un dénigrement systématique et partial

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Collectif, Les 16 directeurs et directrices de la protection de la jeunesse des centres jeunesse du Québec*

Édition du mercredi 01 septembre 2004

Mots clés : documentaires

Les personnes qui se dévouent quotidiennement auraient mérité mieux qu'une diatribe dénuée de toutes nuances

Le documentaire présenté le dimanche 29 août, au Canal D, a pu inquiéter la population du Québec en ce qui concerne les services offerts dans les centres jeunesse du Québec dans un contexte de protection de la jeunesse. C'est pourquoi nous tenons à y réagir. Nous considérons qu'on ne peut objectivement juger de la qualité du système de protection québécois juste à travers ses lacunes.

Les cinq jeunes adultes qui ont témoigné dans le document ont eu une vie troublée et il est toujours difficile pour des intervenants de constater des insatisfactions et leurs impacts. Cependant, il est injuste pour tous les enfants du Québec qui ont été aidés par l'application de la Loi sur la protection de la jeunesse depuis les 25 dernières années et pour toutes les personnes qui travaillent au sein de la DPJ et des centres jeunesse de se livrer à un dénigrement systématique et partial du système québécois sur la seule base de quelques témoignages.

Nous regrettons qu'aucun intervenant social, éducateur ou directeur général des centres jeunesse n'ait été interviewé pour expliquer la complexité du travail, les contraintes à l'action et faire état des ressources supplémentaires requises pour sortir les enfants de la détresse.

Il y a des enfants et des parents qui sont reconnaissants de l'aide reçue dans l'épisode difficile de leur besoin de protection. Dommage que les auteurs du film n'aient pas cherché à les entendre également.

Respect et humanisme

Quelques critiques énoncées dans ce film par l'avocat, le pédiatre social ou encore par la narratrice méritent toutefois quelques commentaires.

Les activités légales et cliniques nécessaires pour procéder à l'évaluation d'un signalement, au suivi à faire auprès de l'enfant et de la famille et des autres professionnels qui assument des responsabilités auprès de l'enfant requièrent de la rigueur et de la compassion. Qui plus est, comme on parle d'enfants en détresse, les intervenants se doivent d'agir rapidement et avec doigté. Pour certains, les décisions sont trop hâtives, pour d'autres, trop lentes, ce qui explique les délais souvent critiqués par les protagonistes interrogés dans le documentaire. Cependant, ces actions sont essentielles pour s'assurer que l'enfant soit bien protégé et que toutes les décisions prises le soient dans son intérêt et le respect de ses droits.

Les hommes et les femmes qui interviennent au nom de la DPJ n'ont pas la prétention ni l'intention de remplacer les parents ou de vouloir leur retirer leurs responsabilités. Le mandat est de protéger un enfant des comportements abusifs ou négligents de ses parents ou de soutenir des parents dont les enfants ont des comportements autodestructeurs. Ce mandat est d'autant plus difficile que beaucoup de jeunes et de parents ne souhaitent pas d'emblée recevoir cette aide.

Contrairement à ce que laisse entendre le documentaire, les intervenants de la DPJ interviennent auprès des enfants et des familles avec respect et humanisme. Par contre, ceux-ci sont souvent au coeur de situations familiales conflictuelles et il arrive que le point de vue de l'intervenant s'oppose à celui de l'enfant ou de ses parents et qu'il ne soit alors pas possible de faire consensus autour des décisions à prendre dans le meilleur intérêt de l'enfant.

Mais la Direction de la protection de la jeunesse n'a pas tous les pouvoirs. Les interventions de la DPJ sont encadrées par plusieurs lois. Les différends entre la DPJ, les parents et l'enfant sont alors tranchés par le tribunal où l'enfant est représenté par un avocat et ses parents également.

Familles d'accueil

Pour ce qui est des familles d'accueil dont certaines sont présentées comme abusives, il est important de mentionner que la très grande majorité d'entre elles font un travail remarquable. Toute situation d'abus ou de mauvais traitement, que ce soit dans le milieu naturel ou dans un milieu substitut, est inacceptable.

Par ailleurs, la réalité des enfants déplacés nous préoccupe grandement et nous sommes tout à fait conscients que des ruptures multiples dans la relation des enfants avec des adultes significatifs amènent des séquelles graves dans leur développement. Nous travaillons constamment à apporter des correctifs.

Quant au recours de plus en plus important aux tribunaux dénoncé dans le documentaire, nous y accordons une attention soutenue, mais nous devons préciser que cette augmentation découle de plusieurs causes et il serait injuste de l'attribuer uniquement à une pratique inadéquate du personnel. Ce recours est nécessaire et garant des droits des parents et des enfants afin qu'ils puissent faire valoir leur point de vue quand ils sont en désaccord avec la DPJ.

En terminant, nous réaffirmons que les intervenants de la Direction de la protection de la jeunesse et des centres jeunesse font un travail complexe et exigeant qui requiert de grandes qualités personnelles et professionnelles: ils sont au quotidien mêlés à des tragédies humaines. Ils sont confrontés à la détresse, à l'agression, à l'intimidation, à la révolte et au désespoir autant de la part des enfants et des jeunes que de la part des parents. Ils doivent distinguer le vrai du faux.

Ils vivent continuellement avec les risques que comporte chacune de leurs décisions: laisser un enfant dans sa famille ou le retirer temporairement et le placer dans un milieu sécurisant.

Le système est en constante évolution. D'ailleurs, un plan majeur de développement des pratiques est en cours et des amendements sont souhaités à la Loi sur la protection de la jeunesse. Les personnes qui se dévouent quotidiennement auraient mérité mieux qu'une diatribe dénuée de toutes nuances parce qu'un grand nombre d'enfants auront besoin de leur vigilance et de leur engagement pour mieux les protéger.

*Guy Lord

Gilbert Gagnon

Daniel Côté

Dominique Lafrance

Réjean Dubé,

Jean-Marc Potvin

Michael Godman

Luc Cadieux

Régean Bergeron

Denise Langevin

Lise Bernatchez

Pierre Cloutier

Jean-Pierre Rousseau

Yves Lavoie

Pierre Racette

Sonia Gilbert


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