Reid veut des ententes locales
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Le ministre de l'Éducation vise d'abord le réseau primaire et secondaire
Le ministre de l'Éducation pose un jalon de plus à la lutte patronale pour une organisation du travail plus souple: ouvrant la porte à des ententes locales, Pierre Reid souhaite que la négociation avec les enseignants permette d'activer une clause favorisant les ententes entre syndicats locaux et commissions scolaires, en dehors des balises nationales.Elle stipule que «lorsque les enseignants croient qu'on pourrait faire les choses différemment, on leur permet de le faire». Mais elle «est devenue inopérante parce qu'elle dit que pour [faire les choses différemment], il faut la permission du syndicat local et de la commission scolaire, ce qui a toujours été refusé par les syndicats».
Par ailleurs, les collèges, qui bénéficient de cette même autonomie depuis 1985 sans jamais l'avoir utilisée, seraient désireux d'activer une disposition similaire dans le cadre de leur négociation, pour favoriser les pourparlers locaux en dehors d'une convention nationale. Le projet de loi 30, adopté sous le bâillon par les libéraux en décembre et qui fait l'objet d'une contestation juridique dans le secteur de la santé, ouvre la porte à des ententes locales et à l'intervention d'un arbitre au bout de 24 mois de tentatives infructueuses entre les deux parties. Les cégeps seraient intéressés par un tel modèle.
«Je ne peux pas commenter cet élément en particulier, sauf en vous disant qu'évidemment on regarde tous les aspects», répond le ministre en entrevue.
Du côté patronal, l'heure est à la quête d'autonomie dans le réseau scolaire. Alors que le secteur public est en pleine négociation, les organisations commencent à indiquer qu'une plus grande liberté ne pourra éviter de passer par une organisation du travail plus flexible. Pendant ce temps, les syndicats s'échauffent et organisent leur riposte.
Très prudent dans ses commentaires, le ministre Pierre Reid reconnaît que si les commissions scolaires et les écoles ont gagné avec la décentralisation, «au niveau de l'organisation du travail, il faut bien se rendre à l'évidence que l'autonomie n'a pas eu un parallèle aussi évident». «Nous souhaitons, et c'est une demande au niveau des négociations, que ça change», explique-t-il, ajoutant dans un même élan que la souplesse «n'est pas qu'une question de convention collective», mais aussi de plus grande liberté administrative.
Alors que la grogne atteint des sommets dans le secteur collégial, que les étudiants fulminent contre de récentes décisions de sabrer les bourses pour gonfler l'endettement, que les enseignants prédisent qu'ils ne laisseront pas passer le train de l'autonomie sans rugir, le ministre de l'Éducation fait la tournée des médias pour souligner la rentrée. Mais il est sur ses gardes.
«Je ne peux pas commenter publiquement», répète-t-il maintes fois au cours de l'entrevue, fermant la porte à nombre de questions sur les certifications intermédiaires, la formation générale différenciée, l'habilitation des diplômes, et la négociation en cours au collégial. «Tant que je ne serai pas prêt, je ne donnerai pas d'indication de l'endroit où je veux aller», explique-t-il au sujet de son plan d'action en matière de collèges, qui alimente beaucoup les rumeurs et l'insatisfaction.
«Je sais qu'il y a un malaise [dans le réseau], une confusion. Mais c'est bien pire une confusion dans l'action qu'une confusion dans l'expectative», ajoute Pierre Reid, précisant que ses intentions ne seront sans doute pas dévoilées avant le forum national prévu pour octobre.
Au terme du Forum sur l'avenir de l'enseignement collégial -- dont il reverrait une partie de la formule, si c'était à refaire --, M. Reid a livré un discours touffu. «J'ai fermé beaucoup de portes avec ça, par exemple sur l'abolition des cégeps, et j'ai donné des balises qui encadrent la réflexion.»
Bombardé de toutes parts depuis le début de la rentrée, essentiellement en raison de son silence, le ministre affirme qu'il n'a pas à batailler ferme pour convaincre ses collègues du conseil des ministres que l'éducation est une priorité. «J'ai autant d'amis qu'il y a de ministres autour de la table, et ce n'est pas une boutade», affirme-t-il, interrogé sur son poids dans le gouvernement, dans un contexte budgétaire jugé difficile.
Sabrer 100 millions dans l'aide financière a été une décision «très très difficile à prendre». Ayant à répondre à un engouement sans pareil des Québécois pour les études universitaires, le ministère n'avait d'autre choix que de piger dans la poche des étudiants, affirme-t-il. «Ne rien faire aurait signifié une perte de la qualité du diplôme», explique Pierre Reid, évoquant à mots couverts le spectre des compressions. «De l'autre côté, on savait qu'on augmentait l'endettement, mais sans toucher à l'accessibilité.»
L'équation budgétaire qui s'annonce au printemps ne sera pas plus facile, affirme-t-il, refusant de faire des conjectures sur les sommes prévues pour l'éducation. «Évidemment, ce n'est déjà pas facile pour le gouvernement du Québec et, dans le secteur universitaire, l'engouement pour les études vient compliquer les choses», dit-il, précisant qu'il n'était plus question de toucher à l'aide financière pour l'heure.
Le ministre a par ailleurs confirmé que son chef de cabinet, François Grenon, quitterait son équipe sous peu. Son successeur sera choisi au cours du prochain mois. Il s'agira du troisième chef de cabinet du ministre depuis sa nomination comme ministre, lors de l'arrivée des libéraux au pouvoir. Marie-Claude Champoux avait plus tôt quitté son cabinet pour devenir attachée de presse du premier ministre.
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