Opinion

Les dessous de La Grande Jatte

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Michel Hellman
Édition du samedi 21 et du dimanche 22 août 2004

Mots clés :

En mai 1886, Georges Seurat, alors âgé de 26 ans, présentait à la huitième (et dernière) exposition impressionniste une oeuvre qui allait bouleverser le monde de l'art. Ce tableau magistral, intitulé Un dimanche d'été sur l'île de la Grande Jatte, faisait preuve d'une technique innovatrice et d'une approche du sujet inhabituel et allait influencer toute la nouvelle génération de l'avant-garde artistique.

Aujourd'hui, La Grande Jatte fait partie de ces tableaux très célèbres devenus presque des icônes. Reproduit partout, de la carte postale au calendrier en passant par le t-shirt et la tasse à café, le chef-d'oeuvre de Seurat est immédiatement reconnaissable. Il est devenu la fierté du Art Institute de Chicago, qui en fit l'acquisition en 1924.

Cet été, le musée fait honneur à sa «vedette» en lui dédiant toute une exposition. C'est un parcours qui rassemble plus de 130 tableaux et dessins: des esquisses préparatoires aux oeuvres d'artistes qui ont eu une influence sur Seurat, comme Renoir ou Monet. L'exposition nous invite à jeter un regard neuf sur l'oeuvre dans son contexte historique et actuel.

On apprend ainsi ce qui a mené à l'aboutissement de la technique particulière de Seurat, le pointillisme, et l'influence qu'ont exercée sur lui les nouvelles théories de la couleur qui donnent à son tableau cette apparence si singulière. L'exposition nous présente d'ailleurs une reconstitution digitale de La Grande Jatte qui nous montre les couleurs du tableau comme elles auraient apparu à la fin du XIXe siècle.

Ce qui nous frappe dans les nombreuses études et préparations pour l'oeuvre, c'est à quel point rien n'a été laissé au hasard. Nous voyons aussi, au delà de la technique, l'importance du sujet choisi: comment cette scène apparemment anodine est emblématique de la modernité.

Heureusement, l'exposition, qui aurait pu facilement devenir une leçon d'histoire de l'art un peu ennuyeuse, ne verse pas trop dans le théorique et, grâce à un parcours habile, nous plonge au coeur de l'oeuvre pour en faire ressortir son intérêt encore très actuel.


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