L'île Tremblant
Mots clés : construction
Près de 100 millions de dollars en fonds publics serviront à la construction des infrastructures pour les deux prochaines phases du gigantesque projet récréotouristique de la multinationale Intrawest, à Mont-Tremblant. C'est beaucoup d'argent versé à une société aussi rentable dont les activités créent surtout des emplois saisonniers peu spécialisés.
Devant une aide aussi considérable, n'importe qui est en droit de se demander si les fonds publics sont dépensés de façon responsable par nos gouvernements. En décembre dernier, l'actuel ministre des Finances, Yves Séguin, s'était prononcé contre toute aide financière de son gouvernement à une entreprise aussi rentable qu'Intrawest. Bien des municipalités ont des demandes plus importantes, avait-il expliqué. Pourtant, voilà que son collègue au Développement économique, Michel Audet, annonce que son gouvernement est fier d'allonger 45,5 millions pour Intrawest.
À la défense de ce dernier, rappelons que le gouvernement du Parti québécois avait promis presque deux fois plus d'argent pour le même projet. Comme dans le cas d'Alcoa, les libéraux ont voulu réduire la mise. Les élections passées, Ottawa a fait le reste en ajoutant un montant équivalent à celui du Québec et en exigeant que les infrastructures construites avec son argent soient cédées à la municipalité. Fort bien, après tout, ce ne sont pas les nouveaux propriétaires qui les auront payées.
Depuis qu'Intrawest s'est installée à Tremblant, l'industrie de la construction de la région a connu un boom significatif, mais les résidants du secteur ont aussi souffert de l'augmentation des prix de plusieurs produits et services, en commençant par ceux des loyers qui ont explosé. L'emploi a crû rapidement, mais on rapporte une aggravation du décrochage scolaire parmi les adolescents attirés par l'abondance d'emplois non spécialisés.
À Tremblant, comme sur ces îlots balnéaires du Sud, la vie se déroule en vase clos à l'intérieur d'un décor de cinéma conçu pour faire vivre une expérience sensitive si intense qu'on se sent forcé d'y acquérir une propriété à prix tout aussi cinématographique. Attention, même les meilleurs films ont une fin! Après tout, Tremblant n'est pas Hollywood!
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La troisième phase du projet qui doit débuter cette semaine sera consacrée aux gens d'affaires, qu'on tentera d'attirer grâce à la construction de 1500 unités de condo-hôtels, d'un petit centre de congrès, l'ajout de remontées mécaniques, de restaurants et de boutiques. Quant à la quatrième phase prévue pour 2007, elle devrait ajouter 500 unités résidentielles et 1000 unités de condo-hôtels d'allure rustique destinées au tourisme familial de plein air. Ma cabane au Canada, en somme, version haut de gamme. Pour cette dernière phase, on souhaite profiter pleinement de la proximité du parc du Mont-Tremblant... qu'Intrawest trouvera bien le moyen d'exploiter à peu de frais, on s'en doute.
Comme l'avait exprimé le ministre Yves Séguin, nos gouvernements ne devraient pas injecter de fonds publics dans de tels projets. Après tout, l'essentiel des activités d'Intrawest consiste à construire des immeubles revendus en unités de condominiums à de riches particuliers. Depuis quand les constructeurs de condos ont-ils droit à l'aide des gouvernements pour des infrastructures qui font normalement partie du coût d'achat d'une propriété? Pourquoi venir en aide à la construction de condos de luxe en cette période spéculative où le prix des propriétés neuves est, de toute façon, supérieur à leur coût de construction? Puis, pourquoi subventionner les condos d'Intrawest et non ceux de Bromont, de Mont-Saint-Sauveur ou de Mont Sainte-Anne? Oups! Ne parlons pas trop fort, il y a risque d'épidémie à l'horizon...
Vrai, Tremblant attire 2,3 millions de visiteurs chaque année, dont 40 % proviennent de l'extérieur du pays. Et si les prévisions d'Intrawest s'avèrent, le centre devrait attirer autant de touristes étrangers chaque année dans 10 ans que le nombre total de visiteurs aujourd'hui. En soi cela justifie certainement qu'on s'intéresse au développement des activités touristiques à la base du projet, voire que l'on fasse la promotion du site à l'étranger, mais voilà qui ne représente que quelques dizaines de millions du milliard prévu dont la presque totalité ne sera même pas assumée par Intrawest, mais par les futurs acheteurs de condos.
Yves Séguin, qui n'était pas présent lors de l'annonce du projet, avait bien raison: le Québec a d'autres priorités. Mais visiblement, son chef n'est pas d'accord avec lui, sur cette question comme sur d'autres.
jrsansfacon@ledevoir.ca
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