Les règles du jeu

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Jean-Robert Sansfaçon
Édition du jeudi 29 juillet 2004

Mots clés : crtc

Au lendemain de la décision du CRTC de retirer la licence aux propriétaires de la station de radio CHOI-FM, on avait peu entendu nos politiciens. Or, depuis la manifestation de jeudi dernier, voilà que les élus de Québec, y compris le premier ministre, trouvent tous un petit quelque chose de bien à cette station prisée des amateurs de hard rock et de radio-poubelle. Le maire Jean-Paul L'Allier a raison de parler de «récupération politique».

La question se pose: puisque des élections partielles auront lieu bientôt dans Vanier, le comté de l'ex-ministre Marc Bellemare où habitent une frange non négligeable d'auditeurs de CHOI, cela n'explique-t-il pas les sorties publiques des politiciens de la région de Québec depuis le début de la semaine?

À Ottawa, la ministre du Patrimoine, Liza Frulla, attend une opinion juridique de ses conseillers lui indiquant la marche à suivre. Heureusement que les élections fédérales sont passées: les pressions seront moins fortes pour inciter le cabinet Martin à renverser la décision du CRTC.

Ce qui ne veut pas dire que le conseil des ministres ne doit pas se pencher sur la question, comme la loi l'y autorise. Après tout, les propriétaires de la station et leur clientèle sont en droit d'utiliser tous les recours à leur disposition, y compris la filière politique. Mais ils doivent comprendre, ces propriétaires, qu'un tel recours devant le conseil des ministres est autorisé par la même loi qu'ils ont enfreinte sans scrupule depuis des années. C'est le non-respect des engagements pris qui vient de leur coûter leur licence, rien d'autre. Dans les circonstances, on ne voit donc pas ce qui pourrait inciter le conseil des ministres à renverser la décision du CRTC.

Le non-renouvellement de licence de CHOI ne constitue d'aucune façon une atteinte à la liberté d'expression reconnue par les chartes, mais est la conséquence d'une infractiongrave et répétée à la loi de la radiodiffusion qui oblige les stations de radio à respecter les individus et les groupes de personnes, sans discrimination. En outre, la disponibilité des fréquences d'ondes radiophoniques étant limitée, il n'est que normal que l'attribution des rares licences disponibles soit confiée à un organisme public et que chacune d'elles soit accompagnée d'engagements à respecter un mandat précis et des règles communes, connues de tous. Depuis sa création, le CRTC est souvent intervenu pour rappeler des propriétaires à l'ordre, ce que la presque totalité d'entre eux ont accepté de bonne grâce, comme il sied à tout citoyen corporatif soucieux de protéger son investissement. Certains ont demandé des modifications à leur mandat pour des motifs divers, demandes qui ont été étudiées au mérite, en conformité avec la loi et les besoins de leur région d'origine. Et s'il est une chose dont on ne peut pas accuser le CRTC, c'est de s'être montré trop pointilleux en matière de qualité du produit, ça non!

***

Comme tous les propriétaires, ceux de CHOI-FM s'étaient aussi engagés à respecter les règles et les promesses faites lors de l'obtention de leur licence. Il y a deux ans, en guise d'avertissement, le CRTC décidait de ne renouveler la licence que pour une période de 24 mois. Malheureusement, au lieu de corriger la situation, les propriétaires de CHOI ont permis qu'elle continue de se dégrader. Pourquoi cela, sinon parce qu'ils ont choisi de jouer au plus fin avec le CRTC en évaluant que le risque d'une sanction fatale était minime au regard du succès financier explosif de l'entreprise de salissage?

Ce ne sont donc pas les opinions des propriétaires de CHOI qui ont été sanctionnées par le CRTC, mais leur capacité à gérer une entreprise dans un secteur protégé, régi par une loi. En demandant une licence de radio, un investisseur accepte de se conformer à des règles simples en échange de quoi il accède à un groupe très sélect d'entrepreneurs qui tiennent entre leurs mains une petite mine d'or. En radio, la licence et les animateurs constituent l'essentiel de l'actif. Sans l'un ou l'autre de ces deux éléments, la station ne vaut plus rien. Les propriétaires de CHOI ont joué quitte ou double en ne misant que sur leur animateur. Ils ont perdu. Ce n'est pas la première fois que le manque de jugement et la mauvaise évaluation du risque viennent à bout d'investisseurs téméraires.

Quant à Jeff Filion, gageons qu'il ne lui faudra pas beaucoup de temps avant de trouver un autre micro où cracher son mépris. Preuve s'il en est que le retrait de la licence par le CRTC n'est pas un geste de censure, mais une sanction administrative exceptionnelle à l'endroit d'entrepreneurs qui n'ont pas su comprendre que pour survivre, ils avaient tout intérêt à suivre les règles d'un jeu pourtant tout ce qu'il y a de plus capitaliste. À qui la chance?

jrsansfacon@ledevoir.ca


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