Cannabis: deux fois plus de fumeurs depuis 1989

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Malorie Beauchemin
Édition du jeudi 22 juillet 2004

Mots clés : cannabis, statistique, fumeurs

La proportion de gens affirmant avoir consommé du cannabis a doublé en 13 ans, selon une analyse de Statistique Canada. Trois millions de Canadiens de plus de 15 ans ont déclaré avoir pris de la marijuana ou du haschich au moins une fois en 2002, soit 12,2 % de la population. En 1989, seulement 6,5 % des personnes sondées avaient affirmé avoir consommé du cannabis.

Deux raisons peuvent expliquer cette hausse importante, selon le Dr Edward Adlaf, chercheur principal au Centre de toxicomanie et de santé mentale à Toronto. «Premièrement, on observe une forte croissance dans la consommation chez les adolescents des écoles secondaires, et ce, depuis les années 90, soutient le Dr Adlaf. Ensuite, dans une moindre mesure, il y a les baby-boomers, qui ont été habitués à cette consommation pendant les années 60-70 et qui parfois continuent à en prendre.»

L'analyse de Statistique Canada, rendue publique hier, démontre en effet que les hausses de consommation les plus significatives impliquent les jeunes de 18 à 24 ans. Une donnée qui inquiète plusieurs spécialistes. «C'est inquiétant particulièrement pour les jeunes qui sont en croissance, au moment où les habitudes de vie sont acquises, où les jeunes sont influençables et ont besoin de toute leur énergie et de leur concentration soit pour étudier, soit pour commencer à structurer et organiser leur vie», explique le président du Comité permanent de lutte à la toxicomanie (CPLT), Rodrigue Paré.

Selon l'analyse, 38 % des personnes âgées de 18 et 19 ans ont affirmé avoir consommé du cannabis dans les douze mois précédant l'enquête.

Pour certains, la banalisation des drogues douces serait la cause de la plus grande consommation chez les jeunes. «Il y a un flou dans la perception des gens, un phénomène de banalisation chez les jeunes, souligne la criminologue et professeur à l'Université d'Ottawa, Line Beauchesne. Parce qu'on parle beaucoup de décriminalisation, les gens ont l'impression que c'est moins grave», ajoute-t-elle.

Actif sur le terrain de la prévention et de l'intervention, Rodrigue Paré abonde dans ce sens. «Les baby-boomers, qui étaient de bons consommateurs de "pot", sont les parents actuels, donc il y a une moins grande notion de danger face à ces produits-là. De plus, il y a toute cette tendance actuelle à la décriminalisation et à la légalisation, beaucoup discutées en ce moment. Finalement, la peur de commettre un geste illégal est devenue inexistante», soutient le président du CPLT.

Par contre, les données révèlent que, globalement, près de la moitié (47 %) des Canadiens ayant affirmé avoir consommé de la marijuana ou du haschich en 2002 l'ont fait à une fréquence de moins d'une fois par mois, ce qui n'est pas très inquiétant pour certains. «On ne parle pas encore de dépendance. Ce n'est pas parce que quelqu'un consomme une fois [de cette drogue] qu'il y a un problème», déclare Line Beauchesne.

«L'importance dans ces nouveaux chiffres, c'est l'implication pour la santé, rétorque le Dr Adlaf. On sait qu'environ 5 à 10 % de ces consommateurs vont développer des problèmes de santé, de dépendance, de consommation non contrôlée. Alors, si le groupe de consommateurs double, il y a beaucoup plus de gens qui développeront des problèmes.»

Drogues dures

Une augmentation se fait aussi sentir dans la consommation de drogues dures (cocaïne, ecstasy, LSD, amphétamines, héroïne), qui passe d'une proportion de 1,6 % en 1994 à 2,4 % en 2002.

«C'est la consommation de drogues comme phénomène global qui a augmenté. C'est plus facile pour un consommateur de cannabis d'essayer la cocaïne ou l'ecstasy que pour quelqu'un qui n'a jamais pris de drogue, alors c'est certain qu'il y a une augmentation pour l'ensemble des drogues», soutient Rodrigue Paré.

«Un consommateur de cannabis n'ira pas nécessairement vers d'autres drogues, mais le milieu qu'il côtoie, le marché noir, crée une vulnérabilité, et quelqu'un va finir par lui offrir d'autres types de produits», ajoute pour sa part Line Beauchesne.

Les données utilisées pour l'analyse proviennent de l'Enquête sur la santé dans les collectivités canadiennes, qui a recueilli en 2002 les témoignages de plus de 28 000 Canadiens de plus de 15 ans, provenant des dix provinces du pays.

Les analystes de Statistique Canada apportent toutefois un bémol aux chiffres publiés. «Il y a un phénomène d'augmentation de la consommation, mais jumelé à une plus grande volonté de répondre à cette question; les gens sont plus ouverts à en parler qu'avant», explique l'analyste principal en matière de santé chez Statistique Canada, Marc Hamel. Line Beauchesne soutient aussi qu'une donnée importante manque à l'analyse, c'est-à-dire les consommateurs de moins de 15 ans. «La vulnérabilité est grande chez les consommateurs précoces», explique-t-elle.

Le Québec ne fait pas bonne figure dans cette enquête, se trouvant au-dessus de la moyenne nationale avec la Colombie-Britannique et la Nouvelle-Écosse, ce qui pourrait être causé notamment par une plus grande accessibilité du cannabis dans ces provinces, selon Line Beauchesne.

Décriminalisation

Dans sa première déclaration sur le sujet depuis son élection le 28 juin dernier, le premier ministre Paul Martin a annoncé hier qu'il entendait réintroduire le controversé projet de loi sur la décriminalisation de la marijuana.

Les intervenants du milieu n'approuvent pas tous cette idée. «Quand tu décriminalises, c'est que tu peux consommer une substance qui est illégale mais tu ne peux pas en vendre et tu ne peux pas en acheter», soutient Rodrigue Paré. «C'est dire aux jeunes: du "pot", tu peux en prendre, mais celui qui t'en vend, il ne peut pas t'en vendre. Il y a un illogisme aberrant là-dedans.»

Auteur du livre Légaliser les drogues pour mieux en prévenir les abus (1991), Line Beauchesne n'approuve pas du tout ce projet de loi. «Les gens ne veulent pas payer d'amende, ils continueront à se cacher, et si on est plus sévères avec les cultures privées, ça obligera plus de gens à aller sur le marché noir», explique la professeur Beauchesne.

«De plus, les peines sont moins grandes, mais il reste toujours un dossier criminel si vous vous faites prendre; tout ça ne rend pas le travail de prévention plus aisé», souligne celle qui milite pour une légalisation totale, mais avec un meilleur contrôle de la qualité et de la prévention.


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Le cannabis remplacerait-il le tabac ? - par Alain Dubois (citoyen@alaindubois.com)
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Le jeudi 22 juillet 2004 05:00

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