Sitôt nommée, Liza Frulla rouvre les dossiers CHOI-FM et RAI

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Clairandrée Cauchy , Stéphane Baillargeon
Édition du mercredi 21 juillet 2004

Mots clés : rai

Des Italiens qui réclament leur télévision, CHOI-FM qui demande au gouvernement de renverser la décision du Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC): Liza Frulla, la nouvelle ministre du Patrimoine canadien, n'a pas chômé dans les heures qui ont suivi son assermentation.

Elle s'est engagée à étudier le dossier de la station de télévision italienne RAI, à laquelle le CRTC a refusé jeudi dernier sa retransmission par les câblodistributeurs canadiens. Son ministère demandera également un avis juridique quant à la possibilité que le conseil des ministres renverse la décision du CRTC consistant à ne pas renouveler la licence de la station où sévit l'animateur Jeff Fillion.

«Le premier ministre m'a demandé de lui fournir le plus rapidement possible des recommandations, puisque cette décision [au sujet de RAI] ne peut être renversée par le cabinet. Alors, je rencontre les sous-ministres demain à 10 heures. Nous allons voir ce qu'on peut faire», a-t-elle promis à un représentant de la communauté italienne venu la questionner lors du point de presse qui a suivi l'assermentation du conseil des ministres. «Le hasard fait en sorte que je suis italienne moi-même, la pression est forte sur mes épaules», a lancé la ministre Frulla, avec un clin d'oeil.

Le conseil des ministres pourrait préciser par décret l'interprétation à donner aux différents objectifs de la loi, ce qui équivaudrait à renvoyer l'organisme gouvernemental à ses devoirs. La nouvelle ministre a par ailleurs souligné que le CRTC ouvre lui-même la porte, dans sa décision, à une révision de ses politiques au sujet des télévisions en langue étrangère.

Pendant la campagne électorale, des ténors libéraux du Québec avaient promis aux Italiens qu'ils auraient leur télévision. Hier, environ 500 d'entre eux se sont chargés de le leur rappeler en manifestant devant le Parlement. «Les politiciens doivent prendre leurs responsabilités envers les 1,2 million de Canadiens d'origine italienne, qui, malgré qu'ils soient bien intégrés à la société canadienne, gardent un lien avec la langue et la culture de leur pays d'origine», a déclaré le président du Congrès des Italo-Canadiens, Nino Colavecchio, entouré de centaines de ses membres, pour la plupart assez âgés.

Le porte-parole italien est prêt à donner une chance au coureur, mais il ne faudrait pas que ce soit trop long: «Les gens perdent patience parce que le dossier traîne depuis deux à trois ans», a ajouté M. Colavecchio, qui devait rencontrer la nouvelle ministre dans l'après-midi.

La nouvelle ministre a par ailleurs été interpellée quelques heures après son assermentation par le président de Genex Communications, Patrice Demers, qui l'a sommée de renverser la décision rendue publique la semaine dernière par le CRTC, consistant à ne pas renouveler la licence de la station CHOI-FM à Québec.

«Ce précédent interpelle directement le gouvernement canadien, car il met en cause les principes de la liberté d'expression et de la liberté de presse», a déclaré M. Demers par voie de communiqué.

La nouvelle ministre n'est pas certaine d'avoir ce pouvoir et demandera un avis juridique à ses fonctionnaires. Dans l'entourage de Mme Frulla, on précise néanmoins que la demande d'avis juridique ne signifie pas pour autant que la ministre a l'intention de revoir le dossier. La ministre, qui connaît bien le domaine de la radiodiffusion pour avoir dirigé CKAC à la fin des années 1980, a d'ailleurs pris la défense de l'organisme. «Quand le CRTC fait des recommandations, il faut s'y soumettre aussi. C'est un privilège d'administrer le bien public que sont les ondes et surtout d'en faire un profit. Mais, cela dit, je vais demander un avis légal [sic] là-dessus.»

«Le rêve d'une vie»

Si son mandat démarre sur les chapeaux de roue, ce n'est rien pour gâcher le plaisir de la ministre, qui avoue réaliser «le rêve d'une vie» en atterrissant au ministère du Patrimoine canadien.

Elle entend doter le Canada d'une politique culturelle en bonne et due forme, à l'instar de ce qu'elle a accompli au Québec lors de son passage au ministère de la Culture, sous Robert Bourassa. «La culture, c'est un outil de souveraineté canadienne et québécoise, par rapport aux autres pays, notamment les États-Unis», a-t-elle déclaré, promettant de hisser la culture au-dessus de la liste des priorités de son gouvernement.

Sa nomination a été applaudie par les plus importantes associations de professionnels des arts et de la culture, qui souhaitent qu'elle soit à la hauteur de sa réputation d'«excellente gestionnaire consensuelle» et de «passionnée des dossiers artistiques et culturels».

«Nous sommes très contents», résume en entrevue Jean Malavoy, le nouveau directeur général de la Conférence canadienne des arts (CCA), le plus ancien et le plus important groupe de pression du secteur culturel au pays. «Un journaliste de [l'Ouest] me demandait tout à l'heure si Mme Frulla n'allait pas d'abord et avant tout défendre les intérêts du Québec. Je réponds au contraire que la nouvelle ministre va peut-être enfin faire profiter tout le Canada de la tradition québécoise d'une politique culturelle forte.»

L'optimisme demeure le même du côté de l'Alliance des artistes canadiens du cinéma, de la télévision et de la radio (ACTRA). «Elle possède une expérience impressionnante en matière culturelle et a prouvé son dévouement envers les arts. Nous accueillons sa nomination comme un signe de la volonté du nouveau gouvernement de prendre les enjeux culturels au sérieux.»

Le Mouvement pour les arts et les lettres (MAL) en rajoute. «Nous attendions la nomination de Liza Frulla et on pourrait même dire que nous l'espérions, vu son expérience dans la province la plus culturelle du Canada», dit Bastien Gilbert, porte-parole du mouvement qui regroupe presque toutes les grandes associations professionnelles d'artistes au Québec et qui prétend représenter environ 15 000 personnes. Il se prend à rêver qu'elle réussisse à livrer une politique culturelle canadienne.

Le MAL maintient sa revendication concernant la culbute du budget annuel du Conseil des arts du Canada, qui devrait donc passer d'environ 150 à 300 millions. Le MAL a réussi à faire bouger les choses au Québec, où l'enveloppe du CALQ est passé d'environ 45 millions à environ 75 millions en cinq ans.

La CAC appuie aussi cette demande, mais en la situant dans une requête plus large, concernant le programme Un avenir en art, adopté en 2001 par les libéraux. La mesure avait injecté 540 millions, sur trois ans, dans divers volets culturels. La dernière et éphémère ministre du Patrimoine, Hélène Chalifour Scherrer, a annoncé avant les élections la reprise du programme pour un an, jusqu'en mai 2005. «Nous voudrions que le gouvernement s'engage pour cinq nouvelles années, dit Jean Malavoy. De nouveaux fonds permettraient de hausser le budget du Conseil des arts au moins jusqu'à 200 ou 225 millions par année.»


Vos réactions


Mme Frulla se dira-t-elle OUI à elle-même ??? - par Nicolas St-Gilles (mercuriale@moncanoe.com)
Le dimanche 25 juillet 2004 17:00

Liza Frulla: femme de carrière - par STANLEY JR jacques
Le jeudi 22 juillet 2004 10:00

Liza Frulla : fort faible crédibilité ...? - par Marianne Vaucouleurs (vaucouleurs@q-bec.com)
Le mercredi 21 juillet 2004 22:00

Concilier les nationalismes. - par Marie-France Legault
Le mercredi 21 juillet 2004 09:00

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