Portrait - Un avenir encourageant pour le sans-fil de Cylis
Mots clés : cylis
L'entreprise compte 35 employés, un bureau de représentation commerciale à Montréal et un autre en Suisse

Photo: Jacques Grenier
Cette activité de recherche fondamentale lui a valu un premier brevet et devait conduire au produit actuel, à savoir une infrastructure logiciel de réseau sans-fil qui permet d'augmenter le volume d'informations dans un réseau existant, c'est-à-dire gérer le flot d'informations pour qu'il soit optimal. La plupart des installations ont été faites pour des modems et le câble. Il faut des adaptations très particulières pour le sans-fil. La technologie de Cilys comporte une partie compression du langage numérique pour éliminer les redondances et une partie optimisation.
En janvier 2001, Innovatech Québec avait suffisamment confiance dans ce projet pour y investir un million et prendre une participation de 20 %. Emploi Québec et le Centre national de recherche du Canada furent aussi de précieux collaborateurs. Cilys a embauché une dizaine d'employés pour développer cette technologie en visant au départ trois types de réseau utilisés par un fournisseur Internet à Québec, Microcell et Rodgers, afin de voir comment ces marchés potentiels allaient réagir. En janvier 2002, la décision était prise de mettre l'accent sur le réseau GPRS et le cellulaire. Ericsson a même prêté son laboratoire pendant un mois pour y effectuer des tests et, en janvier 2002, Innovatech ajoutait un autre million.
En août 2002, une première version du produit devient officiellement disponible pour évaluation par les opérateurs de réseaux cellulaires. Et, fait digne de mention, dans la perspective d'une percée probable sur le plan commercial, les trois jeunes fondateurs décident d'embaucher un patron, Sven Borgström, comme président et chef de la direction.
D'origine suédoise, M. Borgström a 25 ans d'expérience dans le monde du sans-fil. «J'étais dans le sans-fil avant que ce soit une industrie. Je comprends comment ça fonctionne», dit-il. Il a passé une douzaine d'années chez Ericsson dans diverses fonctions sur le plan international aux États-Unis, en Europe, et à Montréal comme directeur général à la recherche. Il a ensuite travaillé chez Télésystème Mobiles International jusqu'aux déboires des entreprises de Charles Sirois. Enfin, entre un retour chez Ericsson et un domicile à Montréal, il a opté pour Montréal. Il a fait de la consultation pendant quelques années et est devenu membre du conseil d'administration de Cilys, avant d'occuper ses fonctions actuelles.
«On savait que le produit était prêt. Il nous fallait un gars d'expérience pour passer à l'étape suivante», expliquent en entrevue MM. Benoît et Larocque. «Il faut avoir beaucoup de maturité pour reconnaître l'expérience des autres», déclare M. Borgström à propos des jeunes fondateurs qui lui ont offert un emploi afin d'aider l'entreprise à franchir une étape importante dans son expansion commerciale. En novembre 2003, Cilys recevait une injection de capital de 5,7 millions provenant de quatre investisseurs institutionnels, à savoir Innovatech, la Caisse de dépôt, Desjardins capital de risque et la Banque de développement du Canada.
Cilys demeure une société privée, mais les fondateurs ont perdu leur statut d'actionnaires majoritaires, puisque les partenaires institutionnels détiennent désormais plus de 50 % des actions de l'entreprise. Ces jeunes qui avaient au plus 25 ans en lançant leur compagnie approchent maintenant de la trentaine et ne semblent aucunement frustrés de voir leur bébé passer sous un contrôle autre que le leur. Deux d'entre eux font partie du conseil d'administration et occupent des fonctions à la haute direction comme vice-président, l'un aux finances, l'autre au marketing. «Nous avons une influence sur les décisions», affirment-ils. En outre, ils détiennent une option de premier refus sur la vente des actions, mais où prendre les millions requis pour le rachat de ces actions?
Quoi qu'il en soit, ces jeunes n'ont aucunement le réflexe de regarder vers l'arrière. Ils constatent que Cilys, qui commence à peine à retirer certains revenus de son produit, a tout juste l'argent pour compléter l'année. D'ores et déjà, il faut examiner les options pour une nouvelle ronde de financement, soit avec les actionnaires actuels, soit avec d'autres investisseurs.
Idéalement, note M. Benoît, il faudrait trouver un partenaire stratégique. «Ce serait intelligent de s'associer à une grosse compagnie pour profiter de sa force de vente», dit-il. Et il semble qu'il y ait des candidats intéressés. «Le marché est favorable et nous sommes au début de la vague», soutient le v.p. finance. On parle ici d'un marché mondial dépassant un milliard $US. La clientèle visée par Cilys est celle des opérateurs de téléphone cellulaire.
Il y en a environ 300 dans le monde, dont cinq aux États-Unis et 115 en Europe, où la pénétration du téléphone cellulaire est la plus forte. En comparaison du Canada où la pénétration n'est que de 35 %, en Italie et dans les pays nordiques, elle est de 95 %. Les réseaux de communication sans-fil sont donc surchargés, surtout avec l'arrivée d'Internet sur le cellulaire. Évidemment, Cilys vise particulièrement le marché européen, d'où la décision d'embaucher un vice-président pour l'Europe, Patrick Allainguillaume, qui est lui aussi un ancien d'Ericsson.
La version finale et commerciale du produit de Cilys n'est disponible que depuis janvier dernier. À ce jour, deux contrats ont été signés, l'un avec Fido au Canada et l'autre avec Orange en République dominicaine, mais Orange a 55 millions d'abonnés dans le monde. Bref, pour les fondateurs de cette petite société trifluvienne, tous les espoirs sont permis. Il n'y aurait que quatre fabricants d'un produit comparable dans le monde.
Cilys a pour sa part 35 employés, la plupart à Trois-Rivières, un bureau à Montréal pour des représentations commerciales et un autre en Suisse; elle a également recours à certains agents pour couvrir l'ensemble du marché européen. L'entreprise a augmenté ses dépenses en matière de commercialisation et accru son personnel affecté à l'installation de serveurs, mais elle continue ses activités en développement au même rythme qu'avant. Selon M. Borgström, le produit offert par Cilys couvre un créneau étroit du marché et il faut chercher à l'étendre à des champs d'application plus larges. Pour y arriver, il faut déceler ce que les gens aimeraient faire avec leur cellulaire, ce qui ne va pas de soi. «Il faut y aller à la pièce, un peu comme on le fait avec les chansons avant de tomber sur un grand succès», mentionne le président.
Les jeunes entrepreneurs qui ont lancé Cilys au moment où la bulle technologique commençait à crever et qui ont obtenu leur premier million alors que cette bulle se dégonflait rapidement considèrent avoir survécu grâce à l'appui de ce premier investisseur. Ayant traversé cette dure période, inutile de dire qu'ils envisagent l'avenir avec confiance. La preuve est faite qu'ils sont prêts à prendre tous les moyens pour y arriver.
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