La Régie renvoie le problème au gouvernement
Mots clés :
Un projet «pas indispensable», mais «souhaitable»
La Régie de l'énergie a renvoyé le problème du Suroît à Québec hier en statuant dans son «avis» demandé en février par le gouvernement que ce projet n'est «pas indispensable à la sécurité des approvisionnements en électricité», ce qui ouvre la porte à un débat sur les moyens de le remplacer, que les ministériels ont aussitôt accepté de faire à l'automne.Les recommandations de la Régie ne sont cependant pas centrées sur le Suroît mais sur tout ce qui détermine la sécurité énergétique du Québec, ce qui l'amène à qualifier «d'essentielle» pour répondre aux besoins de court terme l'approbation du projet de Bécancour, pourtant refusée par le BAPE. Elle estime que les projets qu'elle a approuvés ne devraient pas être bloqués en vertu de la Loi de l'environnement sous peine de compromettre la «crédibilité» de son processus d'appel d'offres.
C'est aussi pour assurer la sécurité énergétique qu'elle propose un renforcement des modalités de gestion des réserves hydriques, dont elle confirme l'insuffisance mais sans préciser le rôle que les exportations antérieures ont pu ajouter à la rareté croissante de la pluie. La Régie propose désormais une gestion publique des niveaux des barrages, estimant que les désavantages pour Hydro ne font pas le poids à côté des besoins de transparence et de sécurité.
La Régie propose aussi un virage majeur dans le dossier éolien en fixant un objectif additionnel de 2000 à 3000 MW répartis sur tout le territoire et non plus confinés à une seule région. Elle propose aussi à Québec de mettre en place un Plan national d'efficacité énergétique en même temps qu'elle juge inefficace la séparation fonctionnelle d'Hydro-Québec en cinq grandes divisions, une structure qui déforme la planification durable de l'énergie par un système de fausse concurrence au profit de la filière thermique. Le système actuel a été remis en question par la plupart des organismes, qui ont déposé 51 mémoires durant les audiences. La Régie, qui ne souscrit «pas entièrement» à ces critiques, note cependant qu'en raison de la vocation commerciale que Québec lui a imposée, «Hydro-Québec vit, aux yeux de la population, une crise de confiance».
«Le cadre législatif actuel de l'approvisionnement post-patrimonial en électricité des Québécois, écrivent les régisseurs, repose sur l'hypothèse d'un marché libre de concurrence. Or, sa mise en oeuvre mène présentement et inexorablement à la filière thermique ou à la filière de la grande hydraulique, dont le producteur a le monopole. La Régie constate que le marché voulu par le législateur ne s'est pas matérialisé, ni qu'il se matérialisera dans les conditions actuelles. Le marché n'est pas neutre à l'égard du choix des filières.»
À moins de revoir l'orientation d'Hydro-Québec dans le cadre d'un véritable «choix de société», «les Québécois doivent dans le futur s'attendre à accueillir d'autres centrales semblables à celle du Suroît, et le Québec doit s'attendre à de nombreuses autres expressions de l'insatisfaction populaire».
Après avoir ainsi précisé le contexte de son propre jugement favorable au Suroît, la Régie montre clairement les autres voies possibles.
Compte tenu de la faiblesse d'Hydro-Québec à limiter la croissance de la demande en électricité, la Régie invite Québec à définir précisément, en termes de TWh, des objectifs globaux d'efficacité énergétique avec échéancier précis, dans le cadre d'un Plan national. Le fonctionnement de l'Agence de l'efficacité énergétique doit être revu pour qu'elle puisse oeuvrer avec la Régie. Minimalement, les régisseurs estiment qu'Hydro-Québec devrait pouvoir réduire la demande de 2,1 TWh d'ici 2010, soit environ le tiers de ce que certains experts américains ont jugé possible d'ici 2008. Enfin, le Plan national d'efficacité énergétique devrait cibler le rendement des bâtiments et véhicules et permettre au Québec de rattraper son retard en matière de normes d'isolation des maisons neuves.
Toujours afin de réduire la demande, la Régie propose à Québec d'éviter de promettre aux entreprises énergivores des blocs d'énergie qu'elle leur vendrait environ la moitié du prix qu'ils lui coûtent. Mais la Régie ne fait aucune recommandation en ce qui a trait à la possibilité de réduire l'étalement urbain et son cortège de construction résidentielle, la deuxième cause de l'augmentation importante de la consommation des dernières années, selon son analyse.
L'avis de la Régie demeurera un jalon important dans le développement de l'énergie éolienne au Québec parce qu'il propose d'ajouter aux 1000 MW déjà prévus pour la Gaspésie entre 2000 et 3000 MW. Un groupe d'experts devrait être formé dès cet été, ajoutent les régisseurs, pour évaluer dans quelle mesure ces 2000 à 3000 MW peuvent contribuer aux besoins du Québec en énergie et en puissance. Les projets éoliens seraient alors distribués partout pour que les meilleurs gisements puissent être rapidement exploités avec profit et que leur éparpillement fournisse un maximum de puissance permanente, en complémentarité avec les barrages. Dans plusieurs cas, comme à la Baie James, la Régie estime que les projets éoliens pourraient être immédiatement jumelés à la production des barrages pour augmenter leurs réserves, une invitation à peine voilée à Hydro-Québec de s'impliquer activement dans l'éolien. Le «plan de développement» de l'énergie éolienne «devrait être présenté à une commission parlementaire à l'automne 2004» où il pourrait dans les faits devenir une alternative au Suroît pour consolider autrement la sécurité énergétique du Québec.
L'avis de la Régie demeurera un jalon important dans le développement de l'énergie éolienne au Québec parce qu'il propose d'ajouter aux 1000 MW déjà prévus pour la Gaspésie entre 2000 et 3000 MW. Un groupe d'experts devrait être formé dès cet été, ajoutent les régisseurs, pour évaluer dans quelle mesure ces 2000 à 3000 MW peuvent contribuer aux besoins du Québec en énergie et en puissance. Les projets éoliens seraient alors distribués partout pour que les meilleurs gisements puissent être rapidement exploités avec profit et que leur éparpillement fournisse un maximum de puissance permanente, en complémentarité avec les barrages. Dans plusieurs cas, comme à la Baie James, la Régie estime que les projets éoliens pourraient être immédiatement jumelés à la production des barrages pour augmenter leurs réserves, une invitation à peine voilée à Hydro-Québec de s'impliquer activement dans l'éolien. Le «plan de développement» de l'énergie éolienne «devrait être présenté à une commission parlementaire à l'automne 2004» où il pourrait dans les faits devenir une alternative au Suroît pour consolider autrement la sécurité énergétique du Québec.
Vos réactions
Aucun commentaire ... soyez le premier !

