Un nouveau pas vers la faillite? - Ioukos est en défaut de paiement

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Reuters
Édition du mardi 06 juillet 2004

Mots clés : ioukos

Le géant russe du pétrole doit en outre régler d'ici demain soir un arriéré fiscal de 3,4 milliards $US

Moscou -- Le groupe pétrolier russe Ioukos, déjà aux prises avec le fisc russe et l'emprisonnement de son principal actionnaire, a fait savoir hier qu'il avait reçu un document d'un groupe de banques le déclarant en défaut sur un prêt de un milliard $US.

Cette information a suscité de sérieuses inquiétudes sur la poursuite des exportations du géant pétrolier et lourdement pesé dans un premier temps sur ses cours de Bourse, mais l'action Ioukos est parvenue ensuite à réduire ses pertes. Le titre, qui avait perdu jusqu'à plus de 15 % en séance, à 176 roubles, a pu ramener ses pertes en clôture à 9,77 %, à 186,60.

«Le 2 juillet, nous avons reçu notification du défaut de la part des banques qui nous avaient aidés à monter le prêt de un milliard de dollars», a dit Alexandre Chadrine, porte-parole de Ioukos.

Le fisc russe a annoncé la semaine dernière que Ioukos avait un arriéré d'impôt de 3,4 milliards $US sur l'année 2001, en sus des 3,4 milliards réclamés au titre de l'exercice 2000.

Cette offensive contre Ioukos, qui assure le cinquième de l'ensemble de la production pétrolière russe, passe pour être orchestrée en sous-main par le Kremlin, soucieux de mettre un terme définitif aux ambitions politiques de son principal actionnaire et fondateur Mikhaïl Khodorkovski, lequel est en cours de jugement pour escroquerie et évasion fiscale.

La brigade financière a perquisitionné dans les locaux moscovites du pétrolier pendant huit heures samedi. Elle a saisi des documents imprimés et informatisés.

Les bailleurs de fonds ont demandé à Ioukos de régler son ardoise fiscale de 2000 d'ici demain soir mais le groupe pétrolier estime que cela risque de le mener tout droit au dépôt de bilan parce qu'il n'a pas assez de trésorerie et que ses actifs sont gelés par la justice.

Un tribunal moscovite a ordonné la semaine dernière le gel des comptes bancaires de Ioukos. Ce dernier a fait savoir qu'en conséquence il lui serait difficile de poursuivre ses activités commerciales à l'export liées au prêt de un milliard de dollars.

Pas de remboursement immédiat

Ce prêt pré-export a été monté et géré par Citibank, Commerzbank, Société générale, Crédit lyonnais, Deutsche Bank, HSBC, ING Bank, BNP Paribas et la filiale néerlandaise de la japonaise UFJ Bank.

«Les actions menées par les représentants du gouvernement russe ont mené la meilleure des entreprises russe et la plus digne de confiance au bord d'une situation artificielle, qu'elle ne souhaitait pas, d'éventuelle faillite [...] alors que la société enregistre les meilleurs résultats de son histoire», a déploré Bruce Misamore, le directeur financier de Ioukos.

Dans le courant de la journée, la Société générale a précisé que les banques qui ont apporté le crédit de un milliard de dollars à Ioukos avaient avisé Ioukos de sa «situation de défaut», sans pour autant réclamer le remboursement immédiat de ce crédit.

Elles ont fait cette démarche auprès du groupe après le gel par les autorités russes des actifs d'Ioukos et une perquisition de son siège samedi à Moscou.

Pour ce qui est des répercussions des difficultés de Ioukos sur ses exportations, des représentants du groupe interrogés sur ce point ont apporté des réponses relativement divergentes, d'où il ressort essentiellement que c'est le pétrole transporté par d'autres moyens que les oléoducs qui risque d'être touché en premier lieu.

Économie et politique

Le journal Vedomosti a écrit par ailleurs hier qu'un groupe de minoritaires de Ioukos poursuivait les dirigeants, les propriétaires et les commissaires aux comptes, en l'occurence PriceWaterhouseCoopers, du pétrolier.

Il ajoute que le cabinet d'avocats Lerach Coughlin & Robbins a porté plainte à New York vendredi.

L'ambassadeur des États-Unis à Moscou, Alexander Vershbow, a estimé dimanche qu'il y avait à l'évidence un élément politique dans toute cette affaire.

«Je pense que tout le monde admet qu'il y a une dimension économique et politique à cela, a-t-il dit. Espérons seulement qu'un verdict équitable soit rendu.»

Malgré ces interrogations, tous n'envisageaient pas l'avenir du groupe pétrolier avec le même pessimisme.

Ainsi, Merrill Lynch a relevé sa recommandation sur le titre Ioukos, passant de «neutre» à «achat».

«À présent que l'affaire approche de son terme, le choix est simple: soit Ioukos reste en activité -- et nous valorisons l'action suivant plusieurs options --, soit elle disparaît mais nous considérons cette dernière hypothèse comme fort improbable», explique la banque d'investissement. «Nous pensons que l'affaire Ioukos est bien près d'être résolue. De ce fait, même si l'action baisse encore, cela devrait être très momentané.»

En outre, le ministère de l'Énergie a annoncé à Moscou que ChevronTexaco se proposait d'investir jusqu'à 10 milliards $US dans l'industrie pétrolière russe. Or une rumeur persistante voudrait que ce groupe américain cherche à prendre une importante participation dans Ioukos.


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