UE: l'Italie échappe au carton jaune
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Silvio Berlusconi s'engage à superviser la mise en oeuvre d'un programme destiné à ramener le déficit du pays sous la barre des 3 % du PIB en 2004
Bruxelles -- Silvio Berlusconi s'est engagé hier à superviser lui-même la mise en oeuvre d'un programme de réduction des dépenses publiques italiennes afin de ramener le déficit du pays sous la barre des 3 % du PIB en 2004.«Berlusconi a donné sa parole que les décisions nécessaires seraient prises dans les dix jours par le gouvernement», a déclaré l'Allemand Hans Eichel en renvoyant l'ascenseur à un pays qui avait fait preuve de compréhension pour sa situation.
En 2002, l'Allemagne avait en effet battu le rappel de ses alliés pour éviter l'«avertissement» que la Commission européenne souhaitait lui envoyer en prenant des engagements qui n'ont pas été tenus, puisque le déficit allemand dépassera le seuil fatidique pour la troisième fois consécutive en 2004.
Le programme italien porte sur 7,5 milliards d'euros, soit 0,6 % du PIB italien, dont deux milliards pour la vente de biens immobiliers appartenant à l'État et 5,5 milliards de réductions de dépenses ou d'accroissement des recettes fiscales.
«L'Eurogroupe a pris acte de ces efforts et essaie d'aider les pays qui font des efforts plutôt que leur compliquer la tâche», a déclaré le ministre français de l'Économie, Nicolas Sarkozy.
La Commission désavouée
Même son homologue néerlandais, le très orthodoxe Gerrit Zalm, qui préside l'Eurogroupe pour six mois, s'est déclaré satisfait de l'engagement du chef de la majorité italienne. «Il est encourageant de constater que le premier ministre Berlusconi veillera personnellement à la mise en oeuvre des mesures», a-t-il expliqué après la réunion.
À l'unanimité, les 25 pays de l'Union européenne ont ensuite entériné la décision de l'Eurogroupe et la procédure ouverte par l'exécutif européen a été clôturée.
«À la lumière [des] engagements du gouvernement italien, le Conseil considère que l'Italie a répondu aux préoccupations exprimées dans la recommandation de la Commission concernant le risque de dépasser la valeur de référence de 3 % du PIB pour le déficit en 2004», peut-on lire dans un communiqué de l'ECOFIN.
«C'est un bon résultat», a estimé Silvio Berlusconi en indiquant que son programme de réduction des impôts, qui reste programmée, devrait être accompagné de réductions de dépenses équivalentes afin d'en annuler l'impact sur le déficit.
La Commission européenne a donc une nouvelle fois été désavouée par les ministres des Finances de la zone euro dans l'application concrète du pacte de stabilité. En avril dernier, elle avait estimé qu'un «avertissement précoce» devait être envoyé à l'Italie qui, selon elle, laissait dériver ses déficits au-delà de la limite prévue de 3 % du PIB.
Elle prévoyait en effet que le déficit public italien atteindrait 3,2 % du PIB en 2004, contre 2,2 % escomptés dans le programme de stabilité présenté par l'Italie dans le cadre du pacte du même nom, puis 4 % en 2005, contre 2,4 % en 2003.
La Commission critiquait un programme de stabilité italien basé «sur des hypothèses de croissance exagérément optimistes» et «l'interruption projetée du processus de réduction de la dette, qui, à 106 % du PIB, est la plus élevée de la zone euro».
À l'arrivée, le commissaire chargé des Affaires économiques et monétaires, Joaquin Almunia, a dû faire contre mauvaise fortune bon coeur: les engagements pris par l'Italie, a-t-il dit, correspondent aux efforts demandés par la Commission.
Seule la Cour de justice de l'UE, qui se prononcera le 13 juillet sur la décision prise en novembre dernier par l'Eurogroupe de mettre le pacte de stabilité entre parenthèses pour permettre à la France et à l'Allemagne d'échapper à des sanctions, pourrait restaurer l'autorité de la Commission.
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L'idée d'un véritable «Monsieur Euro» fait son chemin
Reuters
Bruxelles -- L'idée de nommer avant la fin de l'année un «Monsieur Euro», président stable de l'Eurogroupe chargé de piloter la politique économique de la zone, fait son chemin au sein de l'Union européenne.
Les ministres des Finances de ce forum informel créé en 1997 ont débattu hier de la proposition présentée notamment par la France et l'Allemagne d'en finir avec la rotation semestrielle de la présidence de ce groupe, qui présente des inconvénients importants lorsqu'il s'agit de travailler dans la durée.
Aucune décision n'a été prise mais plusieurs pays, dont la France, veulent un vote en septembre prochain. «Une grande majorité de membres de l'euro acceptent l'élection d'un président de l'Eurogroupe pour deux ans et demi», a expliqué le ministre français de l'Économie et des Finances, Nicolas Sarkozy, lors d'une conférence de presse.
La France a de grandes ambitions pour ce personnage.
«Dans mon esprit, le président de l'Eurogroupe doit être porteur d'une véritable stratégie économique, par exemple pour définir ce que doivent être nos réformes de l'assurance-maladie, nos réformes des retraites», a-t-il déclaré.
Cette proposition consiste en fait à anticiper un développement accepté dans le cadre de la Constitution européenne, mais qui n'entrera en vigueur que dans deux ans au plus tôt, si elle passe le cap des ratifications.
Elle s'accompagne, côté français, d'une série de suggestions pour harmoniser le pilotage des politiques économiques, assouplir la mise en oeuvre du pacte de stabilité de l'euro et améliorer la coordination budgétaire.
L'élargissement a changé la donne
La nomination d'un véritable «Monsieur Euro» se justifie par la nécessité de tenir compte de la diversité accrue de l'Union européenne avec l'élargissement: actuellement, 13 pays membres de l'UE ne font pas partie de la monnaie unique.
«C'est une situation complètement différente de ce qui se passait quand nous n'avions que trois pays extérieurs [à la zone euro] dans l'UE des Quinze», a souligné le ministre allemand des Finances, Hans Eichel, lors d'une conférence de presse.
La Commission et la Banque centrale européenne (BCE) sont également favorables à cette initiative.
Il reste cependant à convaincre certains pays.
Les réticences des pays extérieurs à l'euro face au renforcement d'un organe où ils ne sont pas représentés -- le Royaume-Uni estime que les 25 pays de l'UE doivent se prononcer sur l'anticipation de la Constitution sur ce point -- sont balayées par la plupart des membres de la zone, qui s'estiment libres de s'organiser comme ils le souhaitent de manière informelle.
Certains petits pays membres de la zone euro, comme l'Autriche, la Finlande et l'Irlande, se posent également des questions.
Ils craignent que les grands pays, qui représentent l'essentiel du PIB de l'Euroland, n'imposent ainsi leurs vues.
Cette inquiétude pourrait tomber si le président de l'Eurogroupe est Jean-Claude Juncker, premier ministre et ministre des Finances du tout petit Luxembourg.
Souvent cité comme le candidat parfait pour la fonction, l'intéressé n'a pas exclu d'accepter cette charge, alors qu'il a refusé de devenir le président de la Commission européenne.
En attendant la décision, c'est la présidence néerlandaise de l'UE qui assume aussi la présidence de l'Eurogroupe.

